‹ Le système de Descartes;Chapitre 50 sur 171 · LA PLACE DE LA MÉTHODE · texte numérisé non relu

LA PLACE DE LA MÉTHODE

quicumque exacte servaverit nikil unquam falsum pro vero supponet et nullo mentis conatu inutiliter consumpto, sed, gradatim semper augendo scientiam, perveniet ad veram cognitionem eorum omnium quorum erit capax. » ‘2. IV [ 17] 371 * sq.). Cette définition

comprend, comme on voit, deux parties: d'abord on

sera en mesure de distinguer le vrai du faux ; ensuite on aura des procédés pour atteindre toutes les vérités que l’homme peut connaître. Conformément à cette définition, la Règle 1 des Æegulæ nous dit qu'il faut d’abord nous proposer d'atteindre le vrai (1) et, plus expressé-

ment, la première règle du Discours, que nous ne devons

jamais recevoir aucune chose pour vraie que nous ne la connaissions évidemment être telle ; en un mot elle nous dit que l'évidence est le critérium de la certitude, la marque de la vérité. Mais une remarque, aisée à la fois et frappante, se présente ici. C'est que le critère de l'évidence figure deux fois, et en deux endroits divers, dans la philosophie de Descartes. On le voit au mieux dans le Discours. Il en a été question dans la 2° partie, en tête de la méthode ; il en est question encore dans la 4°, c'est-à-dire dans la métaphysique. Or, il n’y a pas de doute : c'est dans cette seconde fois seulement que le critère est fondé en raison. D'abord c’est ce que déclare le passage même de la 4° partie du Discours (2). Ensuite c'est d’une manière constante que Descartes fait reposer le général sur le particulier. Nous aurons occasion de le redire, et déjà nous avons vu combien il est hostile à la logique en extension des scolastiques, comment il exige que la pensée se ramène toujours à l'intuition, c'est-àdire à l'aperception de quelque chose qui n'ait pas

(1) « Studiorum finis esse debet ingenii directio ad solida et vera, de iis omnibus quæ occurrunt, proferenda judicia. « (359, énoncé).

(2) « Et ayant remarqué qu’il n’y a rien du tout en ceci : Je pense, donc Je suis, qui m’assure que je dis la vérité, sinon que je vois très clai-

rement que pour penser il faut être, je jugeai que je pouvais prendre pour règle générale. », etc. (VI, 331 [G. $ 3).

d'extension, de quelque chose de singulier, Mais, si cela est, ce qui est premier, c’est, semble-t-il, la métaphysique, ce n’est pas la méthode : « Il faut, comme dit l'Jaquisilio, commencer par l'âme de l’homme parce que toutes nos connaissances dépendent d'elle ». Voilà sans doute comment Descartes a été amené à placer la méthode après la métaphysique.

Adopterons-nous donc le texte de l'Zxguisitio comme la véritable et définitive expression de la pensée de Descartes ? Cela semble impossible. D'abord cette manière de placer la méthode semble la faire entrer dans le cadre même de la philosophie, en faire un moment de la pensée philosophique proprement dite et c’est bien violemment contradictoire avec la Préface des Principes et les autres textes et raisons du même ordre. Puis, quand on négligerait celte première remarque, une autre plus grave se présente. Si la méthode vient après la métaphysique, il est clair qu’elle ne peut plus servir à construire la métaphysique, elle ne peut plus servir qu'aux sciences, elle perd son universalité. Cette universalité, nous savons que Descartes y tient. Aux textes. dans ce sens que nous avons déjà rencontrés, s'en ajoute un autre tout à fait formel, que nous fournit l'Épitre dédicatoire des Aéditations : « Et enfin, d’autant que plusieurs personnes ont * désiré cela * de moi, qui ont connaissance que j'ai cultivé une certaine méthode pour résoudre toutes sortes de difficultés dans les sciences,.… de laquelle ils savent que je me suis servi aussi heureusement en d’autres rencontres, j'ai pensé qu'il était de mon devoir d'en faire ainsi l'épreuve sur une matière *si importante *.» (C. 1, 218 [VII,3*][GS3]). Puis donc que laméthode doitconserver son universalité, il faut donc aussi qu’elle demeure en fin de compte antérieure à la métaphysique. |

Cependant ce ne peut être au pied de la” lettre et dans n'importe quel sens du mot que cette antériorité

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appartiendra à la méthode. D'abord en effet nous n'avons pas résolu la difficulté née du fait que l'évidence comme. critère suppose le cogito, c’est-à-dire la métaphysique. Ensuite, les règles de la méthode sont forcément des. règles générales. Ce qu’on appelle une méthode, c’est. précisément une manière de procéder arrêtée une fois. pour toutes et applicable toutes les fois que le même. cas se représente, et il semble bien malaisé de concevoir une méthode qui s’appliquerait à une connaissance exclusivement constituée par des cas singuliers et, de plus, non subordonnables les uns aux autres dans.

l’ordre de la complexité croissante ou décroissante, ce

qui rétablirait une sorte de généralité. Quoi qu'il en soit d’ailleurs, il est sûr aue Descartes a considéré la. méthode comme s'appliquant à des cas qui se répètent : car quel est suivant lui le plus beau fruit de sa méthode, ou plutôt la plus belle incarnalion de sa méthode ? C’est

sa géométrie, qui est précisément une géométrie géné-

rale. Mais nous avons rappelé tout à l'heure et nous nepouvons pas oublier maintenant que le général, selon Descartes, doit toujours se fonder sur le singulier. Générale, la méthode suppose donc forcément des connaissances singulières, peut-être par conséquent, et tant qu'on ne s’explique pas, la métaphysique. Enfin, suivant une manière de penser familière aux sceptiques et par. conséquent à Descartes, si la méthode est antérieure à tout le reste; ne tombera-t-elle pas, elle qui prescrit des règles universelles et sans exceptions pour rechercher la vérité, ne tombera-t-elle pas sous une objection qui a préoccupé le cartésien Spinoza (/e intell. emend. VX, 30 déb.) que, pour trouver la méthode, il faut déjà uneméthode ?

Des trois difficultés que nous venons de faire ressortir, la plus malaisée à résoudre est certainement la première, parce que c'est celle pour la solution de laquelle Descartes nous fournit le moins de secours exprès. On ne

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donnerait pas de solution en se bornant à faire une disüinction de sens entre la première règle de la 2° partie du Discours et le passage de la 4°, qui portent tous les deux sur l'évidence. On dirait sans doute : la première règle de la méthode pose le critérium de la certitude sans chercher d’où elle le tient; le passage de la 4° partie indique l'origine et le fondement de ce critère. La distinction est incontestable et manifeste, mais elle ne suffit pas. Car il s’agit précisément de savoir comment la méthode peut être autorisée à poser un critère sans Île fonder, alors qu'elle se présenterait comme antérieure à toutes les connaissances et, par conséquent, comme se suffisant à elle-même. Et la difficulté est aussi de savoir comment une généralité, telle quela première règle du Discours, pourrait précéder l'intuition singulière d'où il faut qu’elle se tire, à savoir le cogilo. La réponse semble être ici que le cas de la règle en question est tout à fait distinct de celui des autres règles, et quelle peut être une supposition, une hypothèse gratuite qu'il n'y à pas d’inconvénient à avancer d’abord comme telle, sauf à la justifier plus tard. Pourquoi faut-il en effet que la méthode se suffise et ne présuppose pas la métaphysique ? parce qu’elle doit pouvoir s'appliquer à la métaphysique, parce qu’elle doit nous apprendre à construire la métaphysique. Maisla première règle n’est pas un procédé pour construire des connaissances, et corrélativement la première vérité est antérieure à la construction de la métaphysique, puisqu'elle en est la base. La méthode r'est pas requise pour la constatation de la première vérité : celle constatation peut donc être en un sens antérieure à la méthole, savoir aux règles de la méthode autres que la première règle. Ou, si l’on préfère prendre les choses sous un aspect un peu différent, mais dont le choix aurait l'avantage de nous faire apercevoir la solution de notre première difficulté dans la même voie que la solution des deux dernières, voici ce que l’on pourrait

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