LE DOUTE MÉTHODIQUE
Maintenant que nous savons comment, en dépit de certaines objections, la méthode peut être légitimement considérée comme une propédeutique, nous devons arriver à l'étude de la philosophie cartésienne en elle-même, et nous devons commencer par ce qui, selon Descartes, constitue le tronc de la philosophie, par la métaphysique.
Mais en métaphysique tout est incertain. Avant que la pensée entreprenne de s'exercer d'une façon proprement rationnelle, l'expérience nous impose cette constatation. Le spectacle de ce qui se passe dans les écoles et aussi celui de la diversité des opinions et des coutumes nationales nous apprennent, ainsi que l’expose la 1° partie du Discours de la méthode, qu'il n’y a pas de système de pensée, soit individuel, soit collectif, qui ne soit contredit par quelque autre et au besoin par lui-même. Lors done que notre esprit se met à l'œuvre d’une façon réfléchie pour constituer, s'il est possible, une philosophie première ou fondamentale, nous n'avons pas le choix du point de départ, nous ne pouvons partir que du doute : « Des choses que l'on peut révoquer en doute », tel est le titre de la première des Méditations.
Ainsi Descartes débute nécessairement par le doute et notre première tâche, facile d’ailleurs, sera d'exposer
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les raisons de douter qu'il apporte relativement aux choses qu'il entreprend de révoquer en doute. Mais auparavant nous devons nous demander, puisqu'il y a des difficultés sur ces deux points, quelle espèce de doute est celui de Descartes, et d'autre part s'il n’y a pas, à l’intérieur même du domaine de la raison, une région que notre auteur met à part tout d’abord comme ne pouvant pas donner prise au doute.
Le nom classique du doute de Descartes, c’est « doule rnéthodique », et il nous indique avec force que le doute cartésien n'est pas la même chose que le doute des sceptiques. L'indication est même juste, au moins en partie : témoin, sans chercher d’autres preuves, la phrase célèbre du Discours : « Non que j'imitasse pour cela les sceptiques qui ne doutent que pour douter et affectent d’être toujours irrésolus ; car au contraire tout mon dessein ne tendait qu'à m'assurer et à rejeter la terre mouvante et le sable pour trouver le roc ou l’argile. » (3° parte, VI, 29° ![G< 6)). Mais il faut se garder de porter la différence à l'absolu et de voir dans le doute de Descartes un artifice, un procédé comme un autre, car on dénalurerait ainsi complètement la première démarche de la pensée cartésienne. Nous venons de dire que cette première démarche ne peut être que le doute. Puisque le doute est ici indispensable, il faut qu’il soit sincère. il faut qu'il soit le doute en vérité. En un motil faut qu'il soit, tandis qu'il dure, le doute même des sceptiques, et qu'il en diffère seulement en ee qu'il ne dure pas toujours. C'est ce que beaucoup d'adversaires ou d'interprètes n'ont pas Salsi.
D'abord il y a ceux qui sont incapables de comprendre ce que c'est que le doute et le scepticisme. Tel est, au premier chef, l’auteur des 7* objections, le P. Bourdin. Pour lui le doute de Descartes n'existe pas, parce que le doute est un état d'esprit impossible. Toute la série interminable des remarques pointilleuses de Bourdin
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