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lesquels de ces genres il y a proprement de la vérité ou de l'erreur. Entre mes pensées quelques-unes sont comme les images des choses, et c'est à celles-là seules que convient proprement le nom d'idée, comme\lorsque je me représente un homme, ou une chimère, ou le ciel, ou un ange, ou Dieu * même *... Maintenant, pour ce qui concerne les idées, si on les considère seulement en ellesmêmes, et qu'on ne les: rapporte point à quelque autre chose, elles ne peuvent, à proprement parler. être fausses :
car, soit que j'imagine une chèvre ou une chimère, il
n’est pas moins vrai que j'inagine l’une que l’autre... Ainsi, il ne reste plus que les seuls jugements dans lesquels je dois prendre garde soigneusement de ne me
point tromper. Or, la principale erreur et la plus ordi-
naire qui S'y puisse rencontrer consiste en ce que je Juge
que les idées qui sont en moi sont semblables ou con-
formes à des choses qui sont hors de moi : car certainement, si je considérais seulement les idées comme de certains modes * ou façons * de ma pensée, sans les vouloir rapporter à quelque autre chose d'extérieur, à peine me pourraient-elles donner occasion de faillir. » (C. 267 sq. [36 * sq,] [G I, & 4-7].
Jusqu'ici les déclarations de Descartes sont à la fois très claires et très traditionnelles. Elles reviennent à dire que l'existence d’un fait de conscience n’est ni contestable ni sujette à erreur ; que la possibilité de se tromper commence seulement avec le jugement, lequel n'intervient que pour faire correspondre à l'idée un objet. — Mais Descartes ajoute autre chose, dont la portée est toute différente. Nous venons de lire ces mots que les idées, à les prendre en elles-mêmes, pourraient 4 peine nous donner occasion de faillir. Ne le pourraient-elles du tout ? Voila ce que nous nous demandons avec inquiétude. Or, plus loin, Descartes nous avoue que les idées pourraient comporter une certaine fausseté matérielle : « Car, encore
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que j'aie remarqué ci-devant qu'il n'y a que dans les jugements que se puisse rencontrer la vraie et formelle fausseté, 1l se peut néanmoins trouver dans les idées une certaine fausseté matérielle, à savoir lorsqu'elles représentent ce qui n’est rien comme si c'était quelque chose. Par exemple les idées que j'ai du froid et de la chaleur sont si peu claires et si peu distinctes, qu’elles ne me sauraient apprendre si le froid est seulement une privation de la chaleur, ou la chaleur une privation du froid ; ou bien si l'une et l’autre sont des qualités réelles, ou si elles ne le sont pas : et, d'autant que *, les idées étant comme des images *, il n’y en peut avoir aucune qui ne nous * semble * représenter quelque chose, s’il est vrai de dire que le froid ne soit autre chose qu'une privation de chaleur, l'idée qui me le représente comme queique chose de réel et de positif ne sera pas mal à propos appelée fausse, et ainsi des autres. » (C. 278 [43 * sq.] [GS 13).
Il est regrettable que Descartes n'insiste pas. La fausseté matérielle dont il parle ici est déjà quelque chose de grave. Mais il y a encore une autre sorte de fausseté que comportent les idées en elles-mêmes. Descartes, se plaçant à un point de vue réaliste, reconnaît qu'il serait fâächeux d'attribuer un idéal à une idée qui n’en a point parce qu'elle est toute négative. IL serait plus fâcheux encore de former une prétendue notion par l'assemblage d'éléments incompatibles entre eux. Cela suflirait à créer une fausseté dont l'importance serait considérable, car Descartes lui-mêmé reconnait, nous le verrons tout à l'heure, que l'esprit spécule parfois, en mathématiques par exemple, sur de pures et simples idées sans s'occuper de savoir si les idées ont ou non des idéats. Or il est évident qu’une notion fausse, introduite dans de telles spéculations, y sera une source indéfinie de faussetés. Descartes a donc eu grand tort de ne pas se rendre mieux compte de tous les genres de faus-