‹ Le système de Descartes;Chapitre 55 sur 171 · LES LES LIMITES DU DOUTE · texte numérisé non relu

LES LES LIMITES DU DOUTE

seté que comportent les idées et de soustraire les idées, dans lesquelles nous sommes si exposés à faillir, à l'épreuve du doute. Il y a là, dans les fondements de son système, une lacune par laquelle il menace de s’'écrouler et de s’écouler tout entier dans le sable. En effet l'opération essentielle et primordiale de lintelligence, c’est pour lui, comme nous le savons, non le rai-

sonnement ou le jugement, mais l'intuition. Il travaille, au moins pour autant qu'il est intellectualiste, à ramener

tout raisonnement et tout jugement à l'intuition, c'est-àdire à l'idée ; car, ne l’oublions pas, non seulement les raisonnements et les jugements se fondent peut-être selon lui sur les définitions, ou, si l'on aime mieux, sur les notions, mais encore les liaisons mêmes entre les idées, les vèncula, sont à leur tour des idées, des objets d’intuition. S'il en est ainsi, la base ultime de tout le système est dans les idées, et c'est sur elles principale-

ment que le doute aurait dû porter. On serait peut-être

mal venu à demander que Descartes se fût représenté les idées comme des synthèses, et eùt compris qu'il fallait les construire avec les chances d’erreur inévitables et les garanties seules permises. Mais il aurait pu aborder la difiiculté sous ‘un autre aspect. La preuve, c’est que ses adversaires l'ont fait, et qu'il l’a fait lui-même dans une certaine mesure à propos de l'idée de Dieu. Il aurait dû apercevoir, comme l’a si bien vu Leibniz, qu'il y à lieu de rechercher à propos de toute notion, au moins de toute notion composée, si c'est une vraie notion ou seulement une pseudo-notion, c'est-à-dire si les éléments que la notion assemble sont ou non compatibles.

Nous venons de caractériser le doute de Descartes et

d'indiquer la portion de la pensée qu'il y soustrait. Il ne nous reste plus qu'à voir le doute cartésien à l'œuvre. Pour cela nous n’aurons qu’à suivre la {°° Méditation, en la complétant parfois à l’aide de la &°.

ns ;

Se souvenant des préceptes sur l'énumération qu'il

avait inscrits dans ses /egul:æ, Descartes réduit à certaines classes les opinions sur lesquelles doit porter le doute. D'une part, il écarte toute question de degré dans l’incertitude des opinions qu'il doit examiner et range dans une seule et même classe toutes celles qui lui offrent quelque occasion de douter. De l’autre, il met à part les opinions fondamentales pour les examiner toutes seules (1). Ajoutons qu'il répartiten somme les connaissances à examiner en connaissances dues aux sens {avec divers degrés) et connaissances dues à l’entendement.

Nous sommes portés à croire que des choses correspondent aux représentations de nos sens. Mais comment y sommes-nous portés ? D'abord par une inclination naturelle, ensuite par cette raison que les représentations des sens s'imposent à nous malgré nous. Mais il ne faut pasprendre une inclination naturelle pour un équivalent de la lumière naturelle. Les inclinations naturelles nous trompent parfois au sujet du bien ; elles peuvent donc aussi nous tromper en matière de vérité. Quant au fait que les représentations de nos sens s'imposent à nous en dépit de notre volonté, il ne constitue pas une preuve inébranlable, parce que les représentations sensibles peuvent être produites par une puissance mystérieuse-ment présente en nous et ignorée de nous. Je n'ar donc, au moment où commence le doute méthodique, aucune raison de croire que des choses correspondent aux

(1) 1re Méd., s. in. (C. 236 sq. [18][G. $ 1]) : « il ne sera pas nécessaire que je montre qu’elles [mes anciennes opinions] sont toutes fausses, de quoi peut-être je ne viendrais jamais à bout. Mais, d'autant que la raison me persuade déjà que je ne dois pas moins soigneusement m’empêcher de donner créance aux choses qui ne sont pas entièrement certaines et indubitables qu’à celles qui me paraissent manifestement être fausses, ce me sera assez pour les rejeter toutes, si je puis trouver en chacune quelque raison de douter. Et pour cela il ne sera pas aussi besoin que je les examine chacune en particulier, ce qui serait d’un travail infini ; mais, parce que la ruine des fondements entraîne nécessairement avec soi tout le reste de l’édifice, je m’attaquerai d’abord aux principes. sur lesquels toutes mes anciennes opinions étaient appuyées, »

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