‹ Le système de Descartes;Chapitre 59 sur 171 · ENTER PA · texte numérisé non relu

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n'y a rien de tout ce qu’il croyait autrefois être véritable 3 il ne puisse en quelque façon douter ». (1° Méd.

1,242 G 8))» (150). Mais Descartes a insisté sur ce point que l'hypothèse du malin génie ne repose pas sur la présupposition de l'existence de Dieu : elle est même contradictoire au fond avec l'existence de Dieu, tellement que c'est l'existence de Dieu qui permettra de renverser cette raison ultime de douter (4). Quelle est donc la vraie raison d'être de l'hypothèse, puisqu'il ne faut pas la chercher dans une préoccupation théologique ? Cette raison est manifeste. C'est que nous sommes des êtres contingents et, comme dit l'école cartésienne, des êtres finis. Bornés, nous sommes soumis à des influences étrangères : la pensée en nous n'est pas pure et maitresse d’ellemême, elle est dominée parfois par des circonstances extérieures qui dictent nos jugements, auxquels dès lors il ne reste plus qu'une apparence de rationalité, qui ne les empêche pas d'être irrationnels au fond. Le malin génie n'est pas autre chose qu'une personnification de la violence que fait peut-être subir à l'esprit la nature peut-être irrationnelle de l'univers. Et, pour répondre, il faudra faire disparaître cette nature irrationnelle. Il est vrai que la réponse risquera d’entrainer pour Descartes bien des difficultés. Nous aurons prochainement à nous en occuper ; car elles naissent toutes de ce qu’on appelle le cercle cartésien dans la théorie de la certitude. Mais nous devons remarquer à cette place que l'hypothèse du malin génie, si du moins nous l'interprétons correctement,

(1) Descartes indique ces deux points excellemment dans les Rép. aux 6°8 obj.(C. 11,342 [4281][G. II, $ 7]) : « Pour ce qui regarde la science d’un athée, il est aisé de montrer qu’il ne peut rien savoir avec certitude * et assurance * ; car, comme j'ai déjà dit ci-devant, d’autant moins puissant sera celui qu’il reconnaitra pour l’auteur de son être, d'autant plus aura-t-il l’occasion de douter si sa nature n’est point tellement imparfaite qu'il se trompe, même dans les choses qui lui semblent très évidentes ; et jamais il ne pourra être délivré de ce doute, si premièrement il ne reconnaît qu’il a été créé par un Dieu, * principe de toute * vérité, et qui ne * peut * être trompeur. »

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ne rend pas impossible et contradictoire l'établissement de la certitude. On a dit, peut-être plus d’une fois, que l'hypothèse du malin génie équivalait à celle d’une fausseté essentielle de l'intelligence. Rien de plus inexact, à supposer que notre interprétation soit vraie, et rien de plus contraire aux déclarations mêmes de Descartes. L'hypothèse cu malin génie équivaut si peu à celle d’une fausseté essentielle de l'intelligence qu’elle signifie précisément qu’une pression externe menace sans cesse l'intelligence. L'hypothèse ne peut se concevoir et s’exprimer que si l'on commence par admettre qu'il y à une intelligence à influencer du dehors. Cette intelligence appelle à son aide la volonté, et celle-ci maintient les droits de l'intelligence en refusant de juger. Rappelons nous le passage des Principes que nous citions tout à l'heure (1, 6) : « nous avons un libre arbitre qui fait que nous pouvons nous abstenir de croire les choses douteuses, et ainsi nous empêcher d'être trompés ». De cette façon se pose et s'affirme l'autonomie de l'homme, son indépendance par rapport à toutes les contraintes de la sensation. Vienne une occasion dans laquelle il Juge, sans qu’il soit possible d’attribuer une part quelconque à la contrainte de la sensation dans la production du jugement, alors nous serons en présence d'un premier jugement vrai et certain. Ainsi Descartes ne pouvait pas se dispenser de faire l'hypothèse du malin génie et cette hypothèse, qui porte le scepticisme à son comble, comme il le faut, ne ferme pas à Descartes toute issue vers la certitude.

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