LE COGITO ERGO SUM
Lorsque nous avons porté le doute jusqu’au plus haut point grâce à l'hypothèse du malin génie, nous sommes tout près de la certitude ; le terme du doute etle com- HR mencement de la certitude se touchent. En effet, comme 1 disent les Principes (1, 7 [ VITE, 1, 7*]), « nous ne saurions «11e supposer... que nous ne sommes point pendant que nous Ÿ: doutons de la vérité de toutes ces choses ; car nous avons tant de répugnance à concevoir que ce qui pense n’est pas véritablement au même temps qu’il pense que,* nonobs- 41 tant toutes les plus extravagantes suppositions*, nous ne 14 saurions nous* empêcher de croire que* cette conclusion : à Je pense, donc je suis ne soil* vraie et par conséquent 3 la première et la plus certaine qui se présente à celui qui conduit ses pensées par ordre ». Ainsi, après avoirtraité du doute méthodique, c'est du cogilo que nous devonsparler aujourd’hui. Nous le devons si nous voulons suivre,
. comme nous en avons annoncé l'intention, la marche lo- A gique de la pensée de Descartes. D'une manière générale “4 nous continuerons denousappliquer à suivre cette marche. |
k C'est dire que nous prendrons pour guide dans le domaine J de la métaphysique cartésienne le plan même des Médi- 1 tations. Nous ne nous en écarterons que sur des points | secondaires et pour des raisons de clarté (4).
La (1) Le passage suivant d’une lettre à Mersenne (seconde moitié de décembre 1640) va faire comprendre à la fois pourquoi il est désirable
Re
4 AY f ET mn AU GP x 4 2
Rien dé 1 clair et de plus facile à suivre que la
marche par laquelle Descartes passe dela f Jéditation à la 2°, du doute à la première vérité certaine. Encore une fois, c’est de l'élévation du doute à sa plus haute puissance que jaillit la première certitude. C'est ce que dit la 2° 4/éditation (1), et les textes correspondants du Discours et des Principes parlent « des plus extravagantes suppositions des sceptiques ». Ainsi, voilà qui est
entendu : de l'excès du mal sort le bien ; par cela même
que je me tromperais toujours, je serais. Cest là, dans l'ordre logique, la première grande découverte de Descartes : celle qui prépare toutes les autres et à l’intérieur
de suivre le plan des Méditations et comment certaines dérogations à ce plan pourront parfois s'imposer à notre exposition : « Et il est à remar quer, en tout ce que j'écris, que je ne suis pas l’ordre des matières, mais seulement celui des raisons : c’est-à-dire que je n’entreprends pointé de dire en un même lieu tout ce qui appartient à une matière, à cause qu’il me serait impossible de le bien prouver, y ayant des raisons qui doivent être tirées de bien plus loin les unes que les autres ; mais, en raisonnant par ordre a facilioribus ad difficiliora, j'en déduis ce que je puis tantôt pour une matière, tantôt pour une autre ; ce qui est, à mon avis, le vrai chemin pour bien trouver et expliquer la vérité. Et pour l’ordre des matières, il n’est bon que pour ceux dont toutes les raisons sont détachées et qui peuvent dire autant d’une difficulté que d’une autre. « (II!, 26616).
(1) « Mais que sais-je s’il n’y a point quelque autre chose différente
de celles que je viens de juger incertaines, de laquelle on ne puisse avoir
le moindre doute ? N’y a-t-il point quelque Dieu * ou quelque autre puissance *, qui me met en esprit ces pensées ? Cela n’est point nécessaire ; Car peut-être que je suis capable de les produire de moi-même. Moi donc, à tout le moins, ne suis-je point quelque chose ? Mais j'ai déjà nié que j’eusse aucun sens ni aucun corps : j'hésite néanmoins ; car que s’ensuit-il de là ? Suis-je tellement dépendant du corps et des sens que je ne puisse être sans eux ? Mais je me suis persuadé qu'il n'y avait rien du tout dans le monde, qu'il n’y avait aucun ciel, aucune terre, aucuns esprits ni aucuns corps : ne me suis-je donc pas aussi persuadé que je n’étais point ? Tant s’en faut : j'étais sans doute, si je me suis persuadé * ou seulement si j’ai pensé * quelque chose. Mais il y a un je ne sais quel trompeur très puissant et très rusé qui emploie toute son industrie à me tromper toujours. Il n'y a donc point de doute que je suis, s’il me trompe : et qu’il me trompe tant qu’il voudra, il ne saura jamais faire que je ne sois rien, tant que je penserai être quelque chose, De sorte que, après y avoir bien pensé et avoir soigneusement examiné toutes choses, enfin il faut conclure et tenir pour constant que cette proposition : Je suis, j’existe est nécessairement vraie, toutes les Jois. que je la prononce ou que je la conçois en mon esprit, » (C. I, 247 sq. [24% sq.] [G. $ 3).