‹ Le système de Descartes;Chapitre 61 sur 171 · LE | COGITO ERGO SUM. HRRR TE - À · texte numérisé non relu

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du Cartésianisme et bien plus loin, dans tout le rationalisme moderne. Descartes la présente ou, surtout pour qui n’a pas bien compris l'objet de la 2° Méditation, parait la présenter avec une rapidité extrême. Il n’y a pas de point dans toute sa philosophie sur lequel l'historien soit plus tenu de s'arrêter ; car non seulement l'importance en est fondamentale dans toute la force du terme, mais il donne lieu à de graves difficultés.

Réglons d'abord un petit point d'histoire. Il est de tradition de dire qu'Arnauld a signalé à Descartes chez saint Augustin un antécédent du cogilo (voyez par exemple Bouillier, PAilos. cart. K, p.71), et de fait on lit dans les 4 objections (celles d’Arnauld) : « La première chose que je trouve ici digne de remarque est de voir que M. Descartes établisse pour fondement et premier principe de toute sa philosophie ce qu'avant lui saint Augustin avait pris pour la base et le soutien de la sienne. Car, dans le livre second du Libre Arbitre, chap. I, Alipius disputant avec Evodius et voulant prouver qu'il y a un Dieu : « Premièrement, dit-il, 7e vous demande, afin que nous commencions par. les choses les plus manifesles, savoir : si vous êtes, ou si peut-être vous ne crai-

gnez point de vous méprendre en répondant à ma

demande, combien qu'à vrai dire, si vous n'éliez point, vous ne pourriez jamais élre trompé. » Auxquelles paroles reviennent celles-ci de notre auteur : « Mais 1l y a un je ne sais quel trompeur très puissant el très rusé qui mel toute son industrie à me tromper toujours. Îles donc sans doute que je suis, s'il me trompe. » Mais poursuivons... » (C. II, 5 [197% sq.}[G. Il. Ç 3)). Mais Arnauld avait, semble:t il, été devancé. En effet, dès décembre 1640, Descartes rappelle à Mersenne(If, 261°) que celui-ci lu: a indique depuis quelque temps déjà le passage d'Augustin De civit. Dei XI, 26 (4). Mieux encore, dans

(1) Le passage d’Augustin est cité dans Bouillier, p. 71, n. 8.

PR: LE COGITO ERGO SUM. 123 une lettre à un ami qui, vraisemblablement réside en Hollande mais dont on n'a pas le nom, lettre dans laquelle Descartes dit que sa « Métaphysique est déjà en chemin pour aller à Paris », Descartes remercie son correspondant de lui avoir signalé le passage de la Cité de Dieu (WI, 247). Enfin ce même passage a peut-être été indiqué à Descartes dès le lendemain du Discours, çar le 25 mai 1637 (1,376) il écrit à Mersenne : «... je ne vous ai rien mandé... du passage de saint Augustin pour ce qu’il ne me semble pas s'en servir à même usage que je fais. » Qui que ce soit qui ait relevé le premier la rencontre de Descartes et de saint Augustin, deux choses sont certaines : d'abord, quand même Descartes aurait emprunté la première idée du cogito à Augustin, cela n'empêcherait pas son originalité, suivant la remarque de Pascal (Æsprit géom., vers la fin, Brun-

sehv. ed. minor, 192 sq. ) ; ensuite il n y a pas eu d'emprunt : Descartes le déclare et défend justement ses droits en montrant dans une certaine mesure le sens et

- la portée du cogito (1). Ainsi le cogito est bien une découverte de Descartes. C’est bien Ini qui a trouvé ce point de départ de la philosophie moderne. Il est temps de le reprendre pour en déterminer le sens et pour examiner les difficultés qui y sont attachées.

Nous considérerons deux questions capitales : 1° quelle sorte d'être est posé et garanti par le cogito ? 2° le cogito

(1) « Vous m'avez obligé de m’avertir du passage de saint Augustin auquel mon je pense, donc je suis a quelque rapport : je l’ai été lire aujourd’hui en la Bibliothèque de cette ville [Leyde] et je trouve véritablement qu'il s’en sert pour prouver la certitude de notre être, et ensuite pour faire voir qu’il y a en nous quelque image de la Trinité, en ce que nous sommes, nous savons que nous sommes, et nous aimons cet être et cette science qui est en nous ; au lieu que je m’en sers pour faire connaître que ce moi qui pense est une substance immatérielle et qui n’a rien de corporel ; qui sont deux choses fort différentes. Et c’est une chose qui de soi est si simple et si naturelle à inférer, qu’on est de ce qu’on doute, qu’elle aurait pu tomber sous la plume de qui que ce soit ; mais je ne laisse pas d’être bien aise d’avoir rencontré avec saint Au-

gustin.. » (111, 247 sq.) : le passage est cité dans Bouillier, p. 72. Cf. Rép. aux 4°s obj. (C. II, 38 [2197] [G. H, $ 2).

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est-il une affirmation immédiate ou un raisonnement ?

Le cogito avertainement pour but d'établir que, dans un certain cas, l'être répond à la pensée, malgré tous les efforts des sceptiques pour nous enfermer dans une pensée incapable de saisir l'être. D'abord, ce qui préoccupe avant tout Descartes dans la question de la certitude, c'est, comme on l’a bien dit (Liard, p. 150, n. 5), de savoir si nos idées ont des objets, si elles correspondent à des réalités. Ensuite, dans l'espèce, Descartes s'est nettement expliqué : « Ainsi, en considérant que celui qui veut douter de tout ne peut-toutefois douter qu'il ne soit pendant qu'il doute, et que ce qui raisonne ainsi, en ne pouvant douter de soi-même et doutant néanmoins de tout le reste, n'est pas ce que nous disons être notre corps, mais Ce que nous appelons notre âme ou notre pensée, j'aipris l'être ou l'existence de cette pensée pour le premier principe, duquel j'ai déduit très clairement les suivants... » (Prince. préf., IX, u. 9% sq.). La 2° Méditation disait de même : « Je suis une chose vraie et vraiment existante. » (CG. 251 [27%] [G. & 5)). Quelle sorte d'être est donc posé et garanti par le cogio? Ce qu'il importe tout d'abord de bien comprendre, c’est que l'être posé par le cogilo, qu'il soit au fond non un phénomène mais une forme kantienne, ou, plus encore, un acte, qu'il soit une activité individuelle, qu'il soit même une substance, l'être posé par le cogito est l'être de notre pensée ; c'est l'être qui est requis et supposé par le fait de notre pensée. En d'autres termes, il s’agit, dans le cogilo, non pas d'atteindre la totalité, je ne dis pas de l'être, mais même de notre être ; il s'agit d'atteindre notre être dans la mesure où nous pensons. Et il ne peut s'agir que de cela, puisque, au moment où appa-

rait le cogilo, il n'y a qu'une chose incontestable, le fait

du doute, le fait de la pensée. Ainsi le cogito part de la pensée et de la pensée seule, et corrélativement il n'atteint de l'être que ce qui est supposé par la pensée,

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Jaissant de côté la question de savoir si notre être com-

plet est ou non quelque chose de plus.

Le premier de ces deux points est établi avec une précision toute particulière dans une lettre de mars 1638,

Le passage est d’ailleurs souvent cité: « Lorsqu'on dit:

Je respire, donc je suis, si l’on veut conclure son existence de ce ‘que la respiration ne peut être sans elle, on ne conclut rien, à cause qu'il faudrait auparavant avoir prouvé qu'il est vrai qu'on respire, et cela est impossible, si ce n'est qu'on ait aussi prouvé qu'on existe. Mais, si l'on veut conclure son existence du sentiment ou de l'opinion qu'on a qu'on respire, en sorte qu'encore même que cette opinion ne füt pas vraie, on juge toutefois qu’il est impossible qu'on l'eùt si on n'existait, on conclut fort bien ; à cause que cette pensée de respirer se présente alors à notre esprit avant celle de notre existence et que nous ne pouvons douter que nous ne l'ayons

pendant que nous l'avons {voyez p. 36, I. 22 [Disc

# p., VI, 55" )). Et ce n'est autre chose à dire en ce sens-là : Je respire, donc je suis, sinon Je pense, donc je suis. Et, si l’on y prend garde, on trouvera que toutes les autres propositions desquelles nous pouvons ainsi conclure notre existence reviennent à cela même ; en sorte que, par elles, on ne prouve point l'existence du corps, c'est-à-dire celle d’une nature qui occupe de l'espace ete., mais seulement celle de l'âme, c'est-à-dire d'une nature qui pense, et bien qu'on puisse douter si ce n'est point une même nature qui pense el qui occupe de l'espace, c’està-dire qui est ensemble intellectuelle et corporelle, toutefois on ne la connaît par le chemin que j ai proposé que comme intellectuelle. » (à*** [Mars 1638], 11, 37% sq.). La dernière partie du texte que nous venons de citer touche au second point : savoir que l'être affirmé par le cogio est celui de la pensée, sans plus. Mais Descartes s'explique sur ce second point avec autant ou plus de clarté dans la 2° Méditation : « Je suis, j'existe, cela est

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certain ; mais combien de temps? Autant de temps que je pense ; car peut-être même qu'ilse pourrait faire, si je cessais totalement de penser, que je cesserais en même temps tout à fait d'être. » {C. 251 [27°] [G. Ç 5]). « Mais peut-être est-il vrai que ces mêmes choses-là | des membres, un corys| que je suppose n'être point parce qu'elles me sont inconnues, ne sont point en eflet différentes de moi, que je connais, Je n'en sais rien ; je ne dispute pas maintenant de cela ; je ne puis donner mon jugement que des choses qui me sont connues : je connais que j'existe, et je cherche quel je suis, moi que je connais *être*. » (C. 252 127 #]([G. $ 6}). On se méprend donc du tout au tout quand on pense que le cogitoet la 2° Hédilation visent à établir l'existence d’une substance purement spirituelle, l'existence de l'âme. A vrai dire Descartes, malgré la clarté de ses idées et de ses explications à ce sujet, a donné occasion à l'erreur dont nous parlons, d'abord en disant souvent « âme », quand il aurait dù dire simplement « pensée », ou encore mieux «connaissance »;, ensuite en paraissant prendre à son compte dans le Discours, pour aller plus vite, une si grosse confusion (1). Après cela, 1l ne faut pas être trop surpris que Mersenne même se trompe. Quoi qu'il en soit, Descartes le redresse de la façon la plus expresse :

« Vous ne devez pas aussi trouver étrange que je ne | prouve point, en ma seconde Méditation, que l'âme soit | réellement distincte du corps, et que je me contente de la faire concevoir sans le corps, à cause que je n'ai pas | encore en ce lieu-là les prémisses dont on peut tirer cette | conclusion , mais on la trouve après en la sixième Méditation. » (LIT, 266°). Mêmes déclarations, plus expresses encore, dans l’Abrégé des #éditalions : « Mais, parce qu'il peut arriver que quelques-uns attendront de moi en ce lieu-la des raisons pour prouver l’immortalité de

(1) 4° part. : « en sorte que ce moi, c’est-à-dire l'âme... », etc., VI, 337, [G. 5 21

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