LE COGITO EST UN RAISONNEMENT
solution classique de la difficulté est celle que donnait déjà Spinoza dans ses Principia philos. cartes. (Bruder I, p. 24) : «’...hanc orationem : dubito, cogilo, ergo sum, non esse syllogismum in quo major propositio est omissa. Nam, si syllogismus esset, præmissæ clariores et notiores deberent esse quam ipsa conclusio : ergo sum ; adeoque ego sum non esset primum omnis Cogniüonis fundamentum, præterquam quod non esset certa conclusio ; nam eius veritas dependeret ab universalibus præmissis, quas dudum in dubium auctor revocaverat. Ideoque cogilo, ergo sum unica est propositio, quæ huic : ego sum cogilans æquivalet. » — Mais la
solution classique ne va pas sans difficultés. D'abord les
textes qui exposent le cogito ne sont pas supprimés par ceux qui paraissent les contredire, et il reste toujours que Descartes ne manque jamais de donner au cogilo toute l'apparence d’une conclusion. Ensuite le cogilo est le type de la certitude, c’est-à-dire du jugement certain, puisque cette sorte de certitude est seule contestable et intéressante. Si donc le cogito est un jugement, comme tout le monde en convient, quelle sorte de jugement est-il? Si c’est un jugement comparable aux jugements synthétiques de Kant, dans lequel le prédicat et le sujet s’appartiennent et évidemment et sans raison, le type de la certitude va devenir trop étroit, car 1l ne pourra plus servir de modèle aux jugements où le prédicat a sa raison dans le sujet, outre qu'il est douteux que Descartes ait jamais songé à cette sorte de liaison nécessaire. Si au contraire le cogito est un juge-
ment où le sujet soit la raison du prédicat, la question
change de face. Il n’y a plus alors d'intérêt sérieux à contester quil soit un raisonnement en abrégé ; car un jugement analytique est en droit la conclusion d’un raisonnement. On dira que Descartes tend plutôt à ramener le raisonnement au jugement, et celui-ci à l'intuition, qu'il voit dans le raisonnement l'acte primordial de
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# 134 DESCARTES. ST TENNIS pi l'entendement. Mais cela est plus vrai sans doute dw M Descartes de Regulæ que de celui des Méditations, qui * comprend mieux, témoin sa théorie du jugement acte
| volontaire, combien le mouvement est essentiel à l'esprit. 44 D'ailleurs si, d’après les Æegulæ, les vincula sont des : VU natures simples, des idées, ne s’ensuit-il pas de ce rap- 4 prochement que les idées peuvent aussi être des vincula? C'est d'autant plus possible que les natures simpies des #4 Regulæ étaient de l'ordre de la connaissance, et non de l’ordre des choses, qu'elles étaient donc au moins quel- L quefois des actes. — Répétera-t-on que, si le cogilo était un raisonnement, la prémisse : « Ce qui pense est » devrait être antérieure à la conclusion, et plus certaine que la conclusion, et source de la certitude de la conclue: sion ? Mais c'est toute l'opération qui est une intuition et XL. une expérience. La majeure n’est pas une universelle | transcendante au moi : ce qui pense, c'est moi pensant. Le syllogisme se fonde et se justifie dans le cogilo ainsi entendu sans plus de difliculté que le jugement. Ainsi À on s'explique que Descartes présente toujours le cogito | comme une marche, comme une progression, Car c'en est une.
Il y a pourtant chez ceux qui veulent absolument que le cogilo ne soit pas un syllogisme le sentiment d’une vérité importante, mais mal interprétée. Ils ont le sentiment que dans le cogilo il y a une chose de fait, et rien n'est plus juste. Non seulement le cogito est une expérience en ce sens que c'est un processus vécu | c’est encore une expérience en ce sens qu'il y a en lui | | quelque chose de donné. Et il faut qu'il en soit ainsi | pour que le cogito ne soit pas une sorte de preuve onto- | x logique. En effet, pour Descartes, la preuve ontologique | ; c'est le passage de l'essence à l'existence, c'est l’existence en vertu de l'essence. Si donc dans le cogito nous faisions sortir de l'essence de la pensée l'existence de l'être: | D pensant, celui-ci serait sa propre raison à lui-même, ik |
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Ca dau | ' LE COGITO EST UN.
fournit pas la ratio essendi, il ne fournit que la ratio cosgnoscendi de l'être pensant. La pensée implique un
sujet pensant, et, parce que je vois cela en moi, je vois
que j'existe. Seulement, ce qui est posé comme un point de départ, ce n’est pas uniquement l'essence de la pensée, ni même, pour mieux dire, l'essence de moi pensant : c'est moi pensant en fait, c’est le fait de mon doute ou c'e ma pensée. Et c’est ce fait, cette donnée, cet élément empirique qui contient ici l'existence : de sorte que le raisonnement n’a plus qu’à dégager de l'existence de la pensée, l'existence du sujet pensant.
En somme done, le cogilo, première vérité, est la vérité d’un raisonnement plutôt encore que celle d’un jugement. Le cogito est, mais dans l’ordre de la connaissance seulement, un mouvement, une marche de la pensée à l'être. Et, d’autre part, l'être auquel il aboutit en partant de la pensée est d'intention, et légitimement ne peut être qu’un être intérieur à la pensée.
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