‹ Le système de Descartes;Chapitre 65 sur 171 · LE CRITÉRIUM DE LA CERTITUDE · texte numérisé non relu

LE CRITÉRIUM DE LA CERTITUDE

la connaissance scientifique tout ce qui est clair et distinct et cela seulement : voilà la norme de la pensée cartésienne. Comme éclaircissement immédiat, il convient d'y rattacher la définition des idées claires et distinctes que Descartes donne dans les Principes (1). Une idée claire est celle qui ne peut manquer de se représenter dans un esprit qui se prête et s'ouvre à la représentation ; une idée distincte est celle qui se détache nettement de toutes les autres, qui ne se confond avec

aucune autre. Mais tout n’est pas dit, dès qu'on a dégagé

et même éclairei dans sa lettre le critérium cartésien. Descarles aperçoit tout de suite une grave difliculté, et il l'indique dans les Méditations aussitôt après qu'il a énoncé son critérium. D'une part, il a admis autrefois comme très certaine et très manifeste l'existence hors de lui des choses sensibles. Or, une critique sérieuse lui a montré que ce jugement était injustifié. Voilà donc une certaine évidence, savoir l'évidence sensible qui n'est pas une garantie de vérité (2° Méditation, C. 264 [35*%][G 2}). D'autre part, l'évidence des vérités mathématiques elles-mêmes ne lui a pas paru non plus irrécusable, parce que peut-être un malin génie peut le tromper, toutes les fois par exemple qu'il fait une addition, comme disait la {°° Méditation (C. 241 [24°] [G. $ 8). Et cette raison de douter a beau être « légère » et « métaphysique »

(1) I, 45 : « J’appelle claire celle [l’idée] qui est présente et manifeste à un esprit attentif ; de même que nous disons voir clairement les objets, lorsqu’étant présents à nos yeux ils agissent assez fort sur eux, et qu'ils sont disposés à les regarder : et distincte, celle qui (*) est tellement précise et différente de toutes les autres qu’elle ne comprend en soi que ce qui paraît manifestement * à celui qui la considère comme il faut *. » — 46 : « Par exemple, lorsque quelqu'un sent une douleur cuisante, la connaissance qu’il a de cette douleur est claire à son égard,et n’est pas pour cela toujours distincte, parce qu’il la confond ordinairement avec le* faux* jugement qu’il fait sur la nature de ce qu’il pense être en la partie blessée , qu’il croit être semblable * à l’idée ou * au sentiment de la douleur qui est en sa pensée, encore qu’il n’aperçoive rien clairement que le sentiment * ou la pensée confuse * qui est en lui, Ainsi la connaissance peut quelquefois être claire sans être distincte ; mais ele ne peut jamais être distincte qu’elle ne soit claire* par même moyen*, »

l'évidence comme critère de la certitude : il n’est pas sùr que tout ce qui est conçu clairement et distinctement soit vrai. Sans doute, lorsqu'on rentre en soi-même et qu'on se retrouve en présence de propositions très claires et très distinctes, en présence du cogilo surtout, on se sent invinciblement porté à les croire. N'importe, les raisons de douter qu'on vient de rappeler subsistent. Il faut au critérium de la certitude un garant. Il faut que notre propension à écouter l'évidence sensible et notre penchant à considérer l'évidence mathématique comme irrésistible soient justifiés par la substitution d'un Dieu

incapable de tromper au malin génie, que, livrés à nousmêmes, nous sommes toujours obligés de redouter.

Ainsi cela même que nous avions pris pour règle, à savoir que toutes les propositions claires et distinctes sont vraies, n'est assuré que grâce à l'existence de Dieu (41). Ainsi le critérium par la clarté et la distinction

des idées laissait encore prise au doute. Un second:

critérium, celui de la véracité divine, vient le confirmer. La difficulté semble levée. | Malheureusement, c'est peut-être pour faire place à une difiiculté plus grave encore. Il s’agit dela difficulté célèbre dans l’histoire sous le nom de cercle cartésien. Les auteurs des 2° Ülections disaient déjà : «... puisque vous n'êtes pas encore assuré de l’existence de Dieu, et que vous dites néanmoins que vous ne sauriez être assuré d'aucune chose, ou que vous ne pouvez rien connaître clairement et distinctement si premièrement vous ne connaissez certainement et clairement que Dieu existe, il s'ensuit que vous ne savez pas encore que vous êtes une chose qui pense, puisque, selon vous, cette connais-

sance dépend de la connaissance claire d'un Dieu exis- “

(1) 3e Med. : « Mais lorsque je considérais, etc. » (C: 265 sq., jusqu’au bas de la p. [35%-36#][G. $ 3]) ; Disc, 4° part. : « Enfin, s’il y a encore, etc. » (V1, 3724-3812 [G, $ 7]).

elle n'en existe pas moins. Mais alors c'en est fait de

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