LE ROLE DE LA VÉRACITÉ DIVINE
ses fonctions celle de garantir le témoignage des sens-
Cela n'empêche nullement, bien entendu, qu’elle ait. aussi pour rôle de garantir le témoignage de la mémoire. Et peut-être même ce rôle est-il particulièrement intéressant, de sorte qu'on s’expliquerait comment Descartes s’y est attaché presque exclusivement. Rien de plus voisin de la connaissance purement intellectuelle que la connaissance discursive, puisque, comme nous l'avons appris dansle Æeyulæ,notamment eg. X1 [K 67] (X 407%), la déduction est, suivant le point de vue, une intuition ou une connaissance discursive empruntant en quelque façon sa certitude à la mémoire. Par conséquent c’est dans le domaine de la connaissance discursive que le malin génie peut exercer ses premiers ravages, et c est dans ce même domaine qu’apparaît pour la première fois le besoin du se-
‘cond critère, la nécessité de recourir à la véracité divine.
C'est toujours de la connaissance mi-partie de sensibilité. et d'irrationalité qu'il s’agit, mais c'est de cette connaissance en tant qu'elle ne fait que commencer à se séparer de la connaissance intellectuelle et risquerait presque de se confondre avec celle-ci. Comment la connaissance discuisive et aidée de la mémoire est exposée à l’invasion de l'irrationnel, c'est ce qui résulte du fait qu'elle est coupée en morceaux dans le temps. On sait que selon Descartes les moments de la durée sont indépendants les uns des autres : c’est dire que, lorsqu'une fois une sé-
rie de pensées s’est divisée dans le temps, le lien des.
parties est extérieur à la pensée. Nous verrons plus tard comme la substance de Dieu, par la création continuée, rattache les morceaux et comment le lien se retrouve, au fond, lien rationnel. Ce que nous venons de dire suffit pour marquer la parenté de la connaissance discursive avec la connaissance par les sens et pour faire voir comment la réponse de Descartes à ceux qui lui reprochaient un cercle rentre, comme partie capitale il est vrai, dans une réponse plus large.