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qu'elle se propose uniquement d’avérer des faits, la science a besoin d'autre chose que de témoignages queiconques ; il en est ainsi pour l’histoire elle-même, et ce ne saurait être un pur exercice de mémoire. Le principe des idées claires et distinctes trouve aussi à s’y appliquer.
On ne parle.plus aujourd'hui d'un critérium de la cerüitude au sens où l’a entendu Descartes, c’est-à-dire qu'on n'admet guère plus une proposition pleinement certaine en elle-même et hors de son rapport avec les autres. On pense plutôt que toutes les propositions d'une science ou d'un système réagissent les unes sur les autres et se servent mutuellement d'appui, la certitude ne devant être atteinte définitivement que par l'achèvement de la science ou du système. Mais, bien considéré, cela n'est pas une négation du principe des idées claires et distinctes : c'en est une nouvelle application. Car la certitude ainsi entendue est identique avec l'intelligibilité complete.
Les reproches de détail laissent donc subsister la règle de Descartes, et, par conséquent, ce qu'elle a renversé ou posé demeure à terre ou debout.
Ce qu'elle a renversé, c'est l'autorité. C'est, malgré toutes les réserves de l’auteur, quelque sincères qu'elles soient d'ailleurs, l'autorité collective, soit religieuse, soit politique. C'est surtout l'autorité individuelle de tels et tels philosophes, principalement d’Aristote. Aujourd'hui nous ne comprenons plus sans peine l'importance de cette révolution, et Descartes d’ailleurs ne l’a pas soulignée, surtout par un appel à des faits. Mais on se représente pourtant sur quel point cette révolution a porté
son effort et l'intensité de cet effort, si on relit cette
réplique de Descartes qu'est l'Autorité en matière de philosophie de Pascal. On voit, au ton passionné de l'auteur, combien était oppressif le poids de l'autorité des Anciens, c'est-à-dire surtout d’Aristote, et dans quel domaine
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PORTÉE DE LA RÈGLE DE L’'ÉVIDENCE. 151 celte autorité s’exerçait. Ce domaine était celui de la physique, la science müre déjà pour l’affranchissement et non encore vraiment affranchie.
Ce que la règle de Descartes a établi, c’est que le but des sciences et de la philosophie est de constituer des systèmes d'idées claires et distinctes, et que l’intelligibilité de ces systèmes est la vraie mesure de leur positivité. Les protestations n’ont pas manqué et elles sont peutêtre même plus ardentes que jamais. Mais il faut bien voir que les unes ne sont au fond qu'un malentendu, et que les autres conduisent à une abdication absolue de l'esprit. On a protesté contre l'idéal cartésien du savoir au nom du sentiment de la complexité des choses. On a soutenu sous toutes les formes que l'expérience et linduction seules permettent de pénétrer dans la trame serrée du réel. Mais le savoir cartésien a pu être simpliste en fait, sans que tout savoir compris comme ensemble d'idées claires et distinctes soit forcément simpliste. Ensuite Descartes n'aurait pas répugné à faire aussi grande qu'on voudra la place de l'expérience et de l'induction. Il aurait seulement maintenu que, sans l’hypothèse, sans l'idée, il n’y a pas d'interprétation des faits et, par conséquent, pas de savoir. En dehors de cetle protestation, qui se trouve finalement sans objet, il n'y en a plus qu’une autre possible. C'est celle de l’agnosticisme. Mais, soit que, du point de vue matérialiste ou réaliste, on considère l’esprit comme un accident au sein du monde, de sorte que l'esprit ne remporte quelques succès que par miracle et doive finalement être vaincu dans sa double tentative pour comprendre le monde et l'asservir : soit que, d'un point de vue tout opposé, on dissolve l'esprit lui-même pour n’y plus voir que des faits contingents, le résultat est pareil, c'est au bout du compte la renonciation au savoir. Et il ne faut pas moins que celte renonciation pour se placer vraiment en dehors du principe cartésien des idées claires et distinctes.
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