LA DÉFINITION DE LA VÉRITÉ
bien différente de celle de Dieu. Dieu fait les essences ; nous trouvons au contraire les essences constituées. Dire que nous les trouvons constituées est bien l'expression propre. Descartes n'a pas soupçonné qu'il püt y avoir un terme moyen entre ces deux alternatives: créer arbitrairement les essences, les trouver toutes faites. Il ne songe pas, ou du moins il ne songe jamais
sérieusement à se demander si les essences ne pour-
raient pas, au lieu de dominer la pensée comme du dehors, rester nécessaires tout en naissant cependant de la pensée. En un mot, il ne s’avise pas qu'elles pourraient être des créations nécessaires de la pensée, dussent-elles n'être vraiment créées que par Dieu et seulement recréées par nous, recréées et non pas simplement agréées. Les essences, lorsqu'il s’agit de l’homme, sont done devant l’entendement, d’après Descartes, à peu près comme les choses de l’ancien dogmatisme. Aussi Descartes, en tant du moins qu'il se place au point de vue humain, n'apporte-t-il aucune innovation dans la conception de la vérité, il ne cherche nullement à définir la vérité par quelque accord analytique ‘ou synthétique de la pensée avec elle-même. Comme son langage même le prouve, 1! emprunte à la tradition antique et scolastique dont il a été nourri la définition de la vérité par le rapport entre une chose et la représentation de cette chose. C'est surtout dans sa lettre à Mersenne sur le livre de Herbert de Cherbury : De la vérité, qu'il exprime sa pensée à ce sujet: « Il examine ce que c'est que la vérité; et pour moi, je n’en ai jamais douté, me semblant que c'est une notion si transcendantalement claire, qu'il est impossible de l'ignorer : en eflet, on a bien des moyens pour examiner une balance, avant que de s'en servir, Mais On n'en aurait point pour apprendre ce que c'est que la vérité, si on ne la connaissait de nature. Car quelle raison aurions-nous de consentir à ce qui nous l’apprendrait, si nous ne savions qu'il fût vrai, c'est-à-