DESCARTES. F1 +) RIRES
étude. Pour faciliter notre exposition nous montrerons toutes les opinions de Descartes sur la pensée, à chaque moment de son système, s'orientant et s’acheminant vers cette définition, c’est-à-dire vers une conception de la pensée fortement marquée du caractère de l’idéalisme et même, en un sens, de l’idéalisme subjectif. A vrai dire, la dite conception est présente dès le début du système, et le fait primitif dont part Descartes, le fait de la pensée ramenée, sous la pression du scepticisme (1), à ce qu'il y a de vraiment central et d’irréductible en elle, ce fait n’est que l'expression concrète de la définition cartésienne de la pensée. Mais, quoique le système commence par la même conception de la pensée qu'il formulera plus tard dans une définition élaborée, il est vrai aussi que Descartes entreprend, chemin faisant, de restaurer un réalisme dualiste et, en général, un dogmatisme qui débordent sa conception de la pensée. Nous ferons mieux ressortir, croyons-nous, le sens et l'importance de cette conception en la montrant partout à l'œuvre pour réprimer le réalisme, que si nous nous contentions de montrer que, présente dès le début, elle annule d'avance ou limite singulièrement les entreprises réalistes de Descartes. On pourrait dire que dès le début l'idéalisme est fait et que la définition la plus idéaliste de la pensée est virtuellement acquise. Nous préférons voir cette définition sortir des exigences et des insuffisances du dualisme et du réalisme. Ainsi nous partirons du moment le plus réaliste du système, et nous verrons la conception de la pensée que ce moment implique, ou devrait impliquer, poussée vers la notion
(1) Abrégé des Méd. (C. 229 sq. [120][G. $ 2]) : « Dans la seconde, l'esprit qui, usant de sa propre liberté, suppose que toutes les choses ne sont point de l’existence desquelles il a le moindre doute, reconnaît qu’il est absolument impossible que cependant il n’existe pas lui-même. Ce qui est aussi d’une très grande utilité, d'autant que par ce moyen il fait aisément distinction des choses qui lui appartiennent, c’est-à-dire à la nature intellectuelle, et de celles qui RP au corps. »
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EX pie Re DE LA PENSÉE. 169
tout autre que Descartes se fait proprement de la pensée.
Conformément à ce programme, supposons-nous d’abord
placés en plein dualisme. En face de la pensée il
y a la chose non-pensante. La pensée doit dépendre de la chose non-pensante qui est la cause et l'objet des représentations, et ainsi cest une réalité subordonnée ; mais avant tout, et en vertu du simple énoncé de Ja thèse dualiste, c'est une réalité limitée, une partie de la réalité. Eh bien ! ce premier point lui-même appelle tout aussitôt une remarque qui relève singulièrement l'importance et pour ainsi dire le quantum de réalité
qu'il faut reconnaître à la pensée. Laissons de côté la”
question de savoir si la réalité de la chose non pensante n'est pas illusoire et sans fondement, par cela seul que c'est par la pensée qu'elle est posée : par cela aussi que, enfermés que nous sommes dans la pensée quand commence la construction de la métaphysique, c’est peut-être dans la pensée qu’une réalité quelconque peut se poser. Laissons cela; mettons que la pensée ne soit pas, étant donné le point de départ de la métaphysique cartésienne, le lieu de toute réalité ; à tout le moins la pensée est la mesure de toute réalité. Làa-dessus Descartes ne conserve pas le moindre doute. C'est en vain qu'on chercherait chez lui, dès qu'il est sorti du scepticisme, la trace d’une affirmation de l’inconnaissable, du moins de l'inconnaissable comme chose non-pensante. La pensée, par le moyen de Dieu, est la source de tout, y compris la chose non-pensante. La chose non-pensante ne peut donc contenir aucun fond mystérieux,
‘rien d’analogue à cette contingence que Platon el Aris-
hi. Ta
tote mettaient à la base de leur matière et dont ils avaient tant de peine à se débarrasser. La pensée n’est en aucune façon une réalité d'exception, apparue on ne sait comment au sein d'un monde étranger et hostile. Ce n'est pas par un heureux hasard qu'elle parvient à refléter la chose non-pensante et elle ne risque pas d’en