LA CONCEPTION DE LA PENSÉE
à penser, là où toute la nature du corps consiste seule-— ment en ce point, que le corps est une chose étendue et aussi qu'il n’y a rien du tout de commun entre la pensée et l'extension. » (C. IE, 257 [358*1[G. IT Ç 15]). D'autres fois, il dit qu'on peut et qu'on doit nier de la pensée tout ce qui s'affirme du corps, c'est-à-dire avant tout l'étendue : «... non seulement nous concevons qu'il [l'esprit] est sans le corps, mais aussi nous pouvons nier qu'aucune des choses qui appartiennent au corps appartienne à l'esprit. » (Rép. aux 4° Ob7. C.W, 49 1227] [GI 25). Et cette manière de présenter ‘es choses se retrouve, à propos d’un attribut issu de l’attribut fondamental ou de l'étendue, à propos, de la divisibilité, dans la 6° Méditation (4). Lorsque Descartes exclut ainsi l'étendue de la pensée, on peut dire que, d’une part, il caractérise la chose non-pensante par l'étendue et que, de l’autre, il caractérise la pensée par le fait de repousser l'étendue, d’être ce qui n'est pas étendu.
Cette célèbre définition ou sous-définition de la pensée, que Descartes fonde sur le dualisme et qui ne vaut que dans l'hypothèse dualiste, a certainement une solidité relative, et c’est ce qui lui permis de jouer un rôle considérable dans le développement historique de la notion de la pensée chez les philosophes modernes. Elle a une solidité relative parce que, à supposer qu'il y eût des choses, rien ne les caractériserait mieux que l’éten-
(1) (C. 343 sq. [85%] [G. $ 18]) : « je remarque ici, premièrement, qu’il y a une grande différence entre l’esprit et le corps, en ce que le corps de sa nature, est toujours divisible et que l’esprit est entièrement indivisible. Et quoique tout l’esprit semble être uni à tout le corps, toutefois lorsqu'un pied ou un bras ou quelque autre partie vient à en être séparée, je connais fort bien que rien pour cela n’a été retranché de mon esprit. Et les facultés de vouloir, de sentir, de concevoir, etc., ne peuvent pas non plus être dites proprement ses parties ; car c’est le même esprit qui s’emploie tout entier à vouloir, et tout entier à sentir et à concevoir, etc. Mais c’est tout le contraire dans les choses corporelles ou étendues ; car je n’en puis imaginer aucune, * pour petite qu’elle soit, que je ne mette aisément en pièces par ma pensée, ou * que mon
esprit ne divise fort facilement en plusieurs parties, et par conséquent que je ne connaisse être divisible... »
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