LA DOCTRINE DES IDÉES INNÉES
roir. Faut-il donc admettre que Descartes, s’il n’est pas réaliste comme Aristote, surlout comme l’Aristote très sensualiste de la tradition scolastique, l’est du moins comme le Platon des Alexandrins ? — Nous ne voulons pas mer la tendance au réalisme platonicien chez Descartes. Mais cette tendance est tenue en échec par une tendance opposée. Cette seconde tendance fait d’abord sentir ses effets à propos des universaux. L'esprit de la théorie des universaux, chez Descartes, est incontestablement nominaliste. Il déclare que les universaux n'existent point hors de notre pensée, et cela ne veut pas dire seulement qu'ils ne sont pas des choses en soi: cela veut dire qu'ils n'existent en aucune façon, même mentalement, à la manière des choses. Ce ne sont dans la pensée même que des rapports, des actes et non des objets de la pensée (voy. par ex. Princ. I, art. 58 et la première phrase de l’art. 59).Maintenant, il est vrai que Descartes distingue entre les universaux et les essences (voy. Rép, aux 5° Oby., C. 11288, début de l'alinéa [380] [G. I S54]). C’est la même distinction que Spinoza fait entre les abstractions et les essentiæ parliculares affirmativæ ( De intell. em. 95 [les deux premières phrases], \ 99 [3 phrase] et $ 401 [2° phrase]|). L'expression même de natura particularis se trouve chez Descartes (pour Arnauld, 29 juillet 1648, V, 221 *#), Ce sont les idées de ces natures qui ont une réalité objective, cette réalité qui joue un si grand rôle dans la 3° Méditation. Ce sont aussi ces idées qui constituent, en un autre sens du mot « nature », ces natures vraies et immuables dont il a été question dans un texte cité plus haut (p. 175 n. 2). Mais, bien que de telles idées, — sans parler de l'idéat comme eût dit Spinoza, qu'elles requièrent finalement selon Descartes, — bien que de telles idées soient réelles assurément, jamais pourtant Descartes n'en a fait expressément des objets immédiats internes, comme dit et comme veut Leibniz. Bordas-Demoulin, qui tient celte doctrine des idées pour