ÉLECTIONS POPULAIRES DIRECTES ET INDIRECTES, ET NOMINATIONS
De grands changements ont été faits dans le mode d'élection des officiers dans un grand nombre d'Etats. Pendant la guerre de l'indépendance et jusqu'à l'adoption de la Constitution des États-Unis en 1788, les membres du Congrès étaient élus par les législatures coloniales ou de l'État, comme nos sénateurs pour le Congrès le sont maintenant.
Sous la première charte du New-England (Nouvelle-Angleterre), les gouverneurs des colonies de Plymouth et de la baie du Massachuset étaient élus annuellement par les freemen de ces pays. Sous la seconde charte, ces colonies furent unies en 1692, et depuis ce moment jusqu'à la révolution, le gouverneur de la colonie fut nommé par le roi d'Angleterre. Les freemen du Connecticut et de la colonie de Rhode Island élisaient chaque année leurs propres gouverneurs, depuis l'époque de leur premier établissement; et n'eurent jamais de gouverneur royal. Les autres colonies eurent d'abord, des gouverneurs patrimoniaux puis des gouverneurs nommés par le Roi, jusqu'à la révolution. Depuis cette époque jusqu'à l'année 1840, les gouverneurs des États de New- Jersey, Maryland, Virginie, Caroline du Nord, Caroline du Sud et Géorgie étaient élus par les législatures de leurs États respectifs. Les gouverneurs des autres États étaient élus par le peuple et sous les dernières Constitutions, les gouverneurs de tous les États sont nommés par le peuple.
Toutes les plus anciennes constitutions des États pourvoyaient à la nomination de juges et d'officiers d'état par les gouverneurs des Etats, par, de l'avis et du consentement du Sénat de l'Etat ; ou à leur élection par la législature ou par bulletin de vote général. Mais cette pratique salutaire a été abandonnée et changée dans presque tous les Etats. Le démagogisme aveuglé par des illusions populaires, a graduellement infusé dans l'esprit du peuple beaucoup d'idées et de maximes fausses et trompeuses, y compris la suivante : Vox populi, voz Dei, (que la voix du peuple est la voix de Dieu parlant par son organe). Que le peuple ne peut faire mal, que la majorité du peuple est toujours dans le vrai, et que pour assurer de bons fonctionnaires et un bon gouvernement, tous les tenant office devraient être élus directement par le peuple pour de courtes périodes , par le suffrage universel des hommes adultes. Semblables illusions (nées en partie parmi les radicaux et les jacobins de France durant la première révolution) ont agi sur l'esprit public pendant les trois quarts d'un siècle et ont graduellement étendu leur influence de temps en temps, à une forte proportion de notre population, jusqu'à ce qu'elles aient produit beaucoup de changements malheureux et de maux dans notre système de gouvernement, et se soient enfin terminées par le suffrage nègre, et de grands efforts pour imposer au pays l'égalité avec le nègre.
Par bonheur, la Constitution des États-Unis ne peut pas être facilement changée ; elle ne peut l'être par une simple majorité de partis; et elle prévoit, pour les petits et les grands États, une règle équi-
table à cet effet, comme pour les élections du Président et du Vice-Président, par le moyen d'électeurs présidentiels, et l'élection de sénateurs au Congrès par l'élection indirecte dans les législatures des États. Heureusement que tous les officiers judiciaires, exécutifs et administratifs des États-Unis, doivent être nommés et appointés par le Président, sur et de l'avis ainsi que du consentement du Sénat, par les chefs des départements ministériels, ou par les juges des cours.
Tels sont les éléments conservateurs qui ont rendu la Constitution fédérale supérieure à toutes les constitutions d'Etats actuellement en vigueur ; et l'ont rendue, dans une forte proportion, le boulevard de la loi et de la justice, ainsi que de la liberté réglée par la loi, qui est la seule liberté d'une grande valeur. Mais on peut bien craindre que le quinzième amendement proposé, s'il est adopté, dépassera tellement les éléments conservateurs des constitutions des États, qu'il rendra le radicalisme et l'absolutisme central triomphants.
Quoique l'exercice du pouvoir de- nomination ait fort augmenté l'importance des fonctions de gouverneur et la difficulté pour le peuple d'élire les meilleurs des hommes pour remplir cet office, il ne se produisit pas une agitation populaire aussi grande, des arrangements, un système d'achat et d'intrigue aussi grands que notre système actuel de désignation des candidats par les conventions de parti et l'élection des juges, ainsi que de tous les officiers exécutifs et administratifs par le peuple.
Par la seconde Constitution de l'État duMississipi,
formée en 1832, on veilla à ce que les juges delà Cour suprême, des Cours de circuit (assises), le chancelier, le secrétaire d'État, l'attorney général, le trésorier d'Etat et l'auditeur des comptes publics, soient tous élus par le peuple. Ce fut une innovation sur la pratique, généralement suivie dans tous les Etats jusqu'à cette époque, de nommer tous ces officiers par le gouverneur, de l'avis et avec le consentement du Sénat, ou de les faire élire par les deux Chambres de la législature.
La convention, qui révisa la Constitution de l'Etat de New-York, en 1846, étant profondément imbue de radicalisme et d'enthousiasme populaire pour l'élection de tous les officiers directement par le peuple, suivit malheureusement l'exemple du Mississipi et déclara que l'élection de tous les juges, de tous les officiers des États et des comtés, des clercs des cours, aurait lieu directement par le peuple; et la plupart des États, qui ont formé ou révisé leurs Constitutions depuis lors, ont commis la même erreur. Le temps montrera les maux d'un semblable système, et suggérera les remèdes convenables.
Parmi un peuple instruit et lisant, la plupart des électeurs acquerront une connaissance suffisante des actes, de l'histoire et du caractère du petit nombre des hommes à la tête de l'État, dont les noms peuvent être présentés pour les fonctions de gouverneur, pour leur permettre de voter avec intelligence pour un homme convenable à cette fonction. Mais il est impossible dans un grand État que la plupart des électeurs possèdent ou acquièrent une connaissance suffisante du caractère, de la capacité