CHAPITRE II
tion ni d'apologie pour la nomination d'hommes incapables et non qualifiés, d'hommes d'un caractère mauvais ou sujet à caution.
Il y a également des exceptions à la règle générale, qu'une administration devrait faire ses nominations parmi ses amis politiques. Les officiers de l'armée et de la marine, les ingénieurs civils et militaires, devraient être nommés par suite de leur savoir, de leur expérience et de leur capacité personnelle, sans tenir grand compte de leurs relations politiques ou de parti. Des hommes d'un haut caractère et d'une grande position, ainsi que d'une capacité éminente pour des postes particuliers, qui ne sont pas des politiques actifs dans un parti, devraient être acceptés par chaque parti. Le bien public serait souvent favorisé par la nomination de pareilles gens, sans tenir compte de leurs affinités avec les partis. Ils font toujours de bons magistrats et exécutent fidèlement les mesures et la politique d'une administration en leur faisant des rapports sincères. C'est pour ce motif que la plupart des employés de bureau les plus expérimentés et les plus fidèles, et les clercs de Washington, sont généralement maintenus en fonction lorsqu'un changement de parti a lieu dans le pouvoir.
Il y a eu une grande clameur contre les nominations de parti et les révocations, afin de faire place à de semblables nominations ; et il y a beaucoup de motifs pour les clameurs contre les abus de parti. Mais le mal ne consiste pas dans de pareilles nominations, lorsque des gens convenables et bons sont nommés pour remplir les vacances. Il consiste dans
la nomination de gens incapables, impropres ou mauvais, parce qu'ils ont été membres du parti, et comme récompense des services de parti.
Le peuple américain ne croit pas à une possession viagère d'une fonction de quelque espèce qu'elle soit; et de là la plupart de nos magistrats fédéraux sont nommés seulement pour quatre années, et à la lin de leur mandat, il n'y a pas d'injustice ni de mal à les remplacer, le plus souvent, par d'autres personnes également capables, excepté en expérience, qu'ils acquerront en quelques mois.
Avoir deux armées de politiques, aspirant presque tous aux offices ou au patronage public, aux contrats, aux agiotages, agissant sur l'esprit public de diverses manières, pendant des semaines et des mois avant une élection disputée, avec l'espoir et l'attente d'être récompensés de leurs services, si leur parti avait le succès, doit nécessairement produire une influence corruptrice, et amener beaucoup de mensonges et de déceptions, d'intrigues et de fraudes pour faire les élections. De là l'influence corruptrice de nommer aux offices des gens comme récompense des services de parti. Les hommes devraient être nommés pour leurs principes politiques, leurs affinités de parti et leur capacité, et non comme récompense de leurs services à un parti. Ils devraient être nommés pour ce qu'ils sont et pour ce qu'ils sont capables de faire pour le public, et non pour ce qu'ils ont fait pour un parti politique. Mais avec le système électoral actuel et l'organisation des partis, le mal ne peut pas être évité. Il est inhérent au système. Nous devrions changer notre système électoral ôl nous débarrasser
des comités et des caucus de parti, des conventions électorales et de tout le mécanisme de parti actuel et laisser le peuple choisir ses candidats pour les offices et élire ses propres chefs, sans subir la dictature des comités de parti, des caucus et des conventions, et alors nous n'aurions pas beaucoup de services de parti à récompenser. Alors viendrait au pouvoir une administration, avec peu de personnes seulement réclamant une nomination, comme récompense de leurs services de parti ; et elle serait libre d'étendre le patronage du gouvernement aux meilleurs et aux plus capables des hommes de son parti. A notre âge d'éducation générale et d'extravagance presque g-énérale, dans lequel la prodig*alité est devenue assez commune pour démoraliser une grande partie de notre population, et pour les induire à agir malhonnêtement, il y a peut-être dix hommes capables pour une charge, sur un seul doué d'une honnêteté rigide et d'un vrai courage moral ; l'un et l'autre sont cependant nécessaires pour rendre l'homme un dépositaire sûr du pouvoir dans les positions importantes. Il n'y a pas grande difficulté à procurer des hommes instruits, doués d'expérience en affaires, qui, avec de la pratique, peuvent bientôt faire des fonctionnaires tolérables, si des hommes, de vertu facile, sont admis et s'il n'est pas tenu compte de l'honnêteté et du caractère moral. La difficulté consiste à unir l'honnêteté, l'énergie et la fermeté de caractère à d'autres capacités, et à une autre expérience. Notre système des élections et des organisations de parti possède une influence défavorable sur le caractère et l'honnêteté des politiques,
qui accroît les difficultés de conférer les fonctions executives et administratives dans le pays, à des hommes bons, honnêtes et capables.
Mais avec tous les maux qui accompagnent notre système actuel et la clameur contre les abus du pouvoir de nomination, on peut dire avec sécurité, que ce pouvoir de nomination est exercé avec plus de précaution et de discrétion, avec plus d'attention quant au caractère, à l'honnêteté et à la capacité des candidats choisis, et plus de souci du bien public, qu'on ne le fait dans les désignations de candidats pour les fonctions électives, et que, comme règle générale, la classe des hommes nommés à un office est presque aussi bonne, et peut être meilleure et presque aussi honnête, que ceux qui sont élus. Lorsque les personnes nommées se montrent incapables ou impuissantes, négligent leurs devoirs, ou sont même suspectes de malhonnêteté, il y a généralement une clameur qui s'élève contre elles de quelque part et elles sont promptement révoquées; mais une élection par le peuple est regardée comme une approbation de l'ignorance et de l'impuissance, de la négligence des devoirs et de l'abus de pouvoir, et de n'importe quelle malhonnêteté que ce puisse être, subornation, vol ou abus des fonds publics.
Quelques-uns attachent une grande importance à un système de concours dans l'examen des candidats aux nominations, au moyen de commissions désignées à cet effet, et en donnant au Sénat le droit d'empêcher les révocations. Mais il ne me parait pas que beaucoup de bien puisse résulter d'un semblable mécanisme et des obstacles posés au pouvoir exécutif;