‹ Le système du gouvernement américain, son caractère & ses effets, ses défauts, l'organisation des partis & leur influence, la prospérité du peuple soumis à sa protectionChapitre 79 sur 211 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

politiques de leur parti, ainsi que la nécessité de son succès, pour la prospérité et le bien-être du pays et de peindre sous de sombres couleurs, les actes et la politique de leurs adversaires, ainsi que les maux qui suivraient leur succès.

Il y a moins de dépendance des partis et plus d'indépendance dans plusieurs des journaux des grandes villes commerçantes qui ont un patronage commercial lucratif que pour les autres journaux du pays. Les hommes du commerce et des affaires sont plus habitués que les fermiers et les industriels à lire les journaux des deux partis, et de patroner comme moyens d'information ceux qui sont les plus entreprenants et ont la circulation la plus étendue. Par ces moyens, les hommes d'affaire et les commerçants deviennent plus libéraux dans leurs vues, leurs opinions et leurs sentiments et sont mieux préparés à apprécier un journal qui apprécie sincèrement et discute publiquement les questions et les credos, les mesures et la politique des deux partis, et exprime son approbation sur certains projets de ses adversaires. Le New-York Times et la Trïbime, le Herald et le Journal du Commerce, le World et le Post ainsi que beaucoup d'autres, comme le Times de Londres, sont tous plus indépendants dans leur caractère et plus sincères en présentant et discutant les deux côtés des questions publiques et politiques que ne peuvent l'être les journaux de parti , dans de petites villes et des villages. Le World, dit :

« Quelle issue y a-t-il pour les hommes qui, agissant avec un parti, peuvent se garder libres de critiquer ses actes? Il n'y a qu'une seule réponse de

possible, et c'est la Presse. Le journalisme seul présente une opportunité pour l'exercice d'une honnête indépendance, appuyée sur une intelligente adhésion à un parti. C'est un fait curieux que, tandis que les politiques purs ont perdu leurs droits vis à vis de leurs associés de parti, en refusant de s'accorder avec eux sur certains points, l'influence des journaux s'est au contraire accrue en proportion de ce qu'ils se sont montrés indépendants des décrets purement arbitraires des partis. M. Greeley fut blâmé fort et ferme par ses confrères du parti, pour être devenu la caution de Jefferson Davis, tandis que les mêmes hommes admiraient secrètement, en même temps, et lisaient avec assiduité la Tribune. Comme politique, M. Greeley n'a pas eu de succès , mais la Tribune, dans laquelle toutes les divagations remarquables de son éditeur ont été retracées, est, de l'aveu unanime, l'organe le plus influent du parti républicain dans ce pays. D'autre part les journaux, qui obéissent à la consigne du parti avec une incontestable docilité, n'exercent que peu d'influence. L'indépendance, qui ruine la politique, fait le journal, pourvu toutefois que celui-ci montre de la capacité en même temps que de l'indépendance. »

Le raisonnement du World s'applique seulement aux journaux des grandes villes, qui ont un patronage commercial lucratif aussi bien qu'une large circulation; mais plus le pays avance en âge et phn les villes augmentent d'étendue, mieux il s'appliquera à un nombre croissant; et si les organisations de parti, les comités de parti et les conventions électorales, les credos de parti et les platforms pouvaient

être abolis, le raisonnement du World s'appliquerait à presque tous les journaux de notre pays, et nous aurions bientôt un état de l'opinion et du sentiment publics, bien plus sain que maintenant.

Les organes de chaque parti politique ont, dans une très grande étendue, été convertis en instruments de calomnie et d'injure pour déshonorer les hommes politiques dirigeant le parti adverse, qui sont, soit en place, soit candidats aux offices ou chefs de parti. Notre système d'élection et d'organisation de parti engendre un esprit de parti si violent et une telle jalousie, ainsi qu'une si grande haine contre le parti opposé et ses chefs, que plusieurs regardent comme une occupation spéciale des journaux du parti, d'injurier et de vilipender leurs adversaires. Le but semble être de faire sensation et d'arriver à certaines fins de parti ou à certains buts personnels, sans tenir compte de la vérité ou de la convenance.

Les organes de parti sont devenus des véhicules pour déverser sur les hommes publics et les candidats aux offices, des torrents d'injures, de basses calomnies par des écrivains anonymes et par des personnes fournissant des informations erronées aux éditeurs et aux gérants, dont le système et l'esprit de parti, et non les éditeurs, sont à vrai dire responsables. Ils se sont faits des instruments pour déverser le déshonneur et l'injure sur les gens en place et sur les candidats, tellement, qu'ils diminuent grandement l'influence de ces organes, en rendant difficile de discerner la vérité et en détruisant la confiance dans leurs assertions.

Semblables calomnies et injures sont presque entièrement inconnues dans les journaux anglais et dans les journaux du continent européen ; elles sont indiquées aux Européens comme la preuve de la corruption de la politique américaine et des tendances de nos institutions vers la corruption et l'anarchie. Il ne peut pas y avoir de doute quant à leur influence démoralisatrice.

Les calomnies et les injures lancées contre les officiers publics et les candidats aux offices, ont des influences pernicieuses de différentes natures. Dans trois cas sur quatre, elles ne sont ni méritées ni justes ; et lorsque les assertions produites ont quelque fondement en fait, les faits sont souvent tellement exagérés, défigurés et colorés, les circonstances justificatives omises, au point de faire de fausses impressions et de produire en réalité plus de mensonges quede vérités. La pratique de l'injure presque générale tend à confondre l'innocent avec le coupable, et à mettre le coupable à même d'échapper dans la confusion générale, à détruire la confiance dans les journaux de parti, à induire beaucoup de personnes à croire qu'il n'y a pas d'honnêteté dans les hommes publics, à détourner beaucoup d'hommes honnêtes et d'un esprit élevé de devenir des candidats aux offices, comme seuls moyens d'échapper aux injures des journaux ; et à jeter le gouvernement de notre pays dans les mains des hommes qui font, de la politique et de la direction des partis, un commerce et leur principale étude.

Une grande partie de la corruption et des maux de la presse, dans les États-Unis, résultent de notre

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