‹ Le système du gouvernement américain, son caractère & ses effets, ses défauts, l'organisation des partis & leur influence, la prospérité du peuple soumis à sa protectionChapitre 82 sur 211 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

pagnie, secrètement et sans beaucoup de responsabilité.

2° Par l'unité et le secret de leur action, ils peuvent se servir des revenus et du crédit de la compagnie sans obstacles, peuvent émettre des titres , de nouveaux bulletins d'action et coupons de dividendes presque sans aucune limite dans un but de spéculation, ou autre. Ils peuvent user des fonds de la compagnie pour employer des agents extérieurs afin d'assiéger les corps législatifs , et d'influencer leurs membres par des moyens souvent corrompus — afiu qu'ils votent des actes leur assurant des pouvoirs dangereux ou qui ne conviendraient pas, et sans qu'ils soient entourés de garanties et d'obstacles suffisants ; qui peuvent user de moyens corrupteurs afin de se procurer une action judiciaire et le jugement de quelques magistrats ; et peuvent, de beaucoup de manières différentes tromper et frauder le public, et voler les actionnaires qui ne sont pas dans leurs secrets.

La direction du chemin de fer de l'Erié et une partie de celle du New- York central, pendant ces trois dernières années, ainsi que les opérations d'agiotage et l'action judiciaire intentée pour obtenir et conserver le contrôle de ces sociétés et de quelques autres, comme aussi une partie de la législation qui y est afférente, ont eu un caractère très démoralisateur, tendant à détruire toute confiance dans les officiers de la société, dans- la législation et dans quelques juges de la cité de New-York. Ils se sont enfin terminés par une guerre judiciaire, des séditions et des violences, dans le but d'obtenir le contrôle de la voie

d'Albany et du Susquehaniia, et ont rendu nécessaire la levée par le gouverneur de la milice afin de maintenir la paix et la nomination d'un surintendant afin qu'il prenne soin delà voie jusqu'à ce que la discussion put être jugée ou décidée par les tribunaux.

Le revenu brut du cliemin de fer de l'Erié et de New-York ainsi que de ses embranchements, a été de 14 à 16 millions de dollars par an, il y a quelques années. Le chiffre de son capital a été reproduit dans la Mer chant s Magazine and commercial Review de la manière suivante :

A la fin de 1867, capital général ds. 16,574,300 Id. id. privilégié . 8,536,910

Total. . . 25,111,210

1869, le 11 sept. , capital général. . 70,000,000

Id. id. privilégié . 8,536,910

Total. . . 78,536,910

Accroissement en 2 années . . . 53,425,300

La dette consolidée s'accrut fort peu pendant cette période, étant un peu au-dessous de 23,000,000 en 1867 et les dépassant en septembre 1869. Comment on a disposé d'une telle somme de capital et ce qui a été fait à cet égard, voilà ce que je ne saurais dire. Le public doit le conjecturer pour une grande partie. La direction des affaires de la compagnie, en rapport avec les émissions de nouvelles actions et la disposition du capital ainsi que les agissements à cet égard apparaissent au public comme la plus gigan-

tesque escroquerie que présente l'histoire du monde. L'action de la législature et des cours relativement à cette société semble tout aussi extraordinaire.

Les officiers spéculateurs et escrocs des grandes corporations ayant de forts intérêts et des millions en argent sous leur contrôle ont appris l'art de faire nommer et élire leurs propres amis, pour législateurs et juges, comme avoués et shérifs, et de contrôler à la fois l'action législative et judiciaire par l'emploi de fortes sommes d'argent. Que ne peut-on réaliser par la dépense annuelle de millions en employant des politiques, des jurisconsultes, des agents, des écrivains et des journaux à corrompre les législateurs, les juges, les jurés comme les politiques et les électeurs ! Si de fortes sommes d'argent sont employées en brigues et en corruption, quelles fraudes et quelles escroqueries ne peuvent pas être commises impunément sous une justice élective de parti et sous notre code si large et si défectueux des lois criminelles ! Notre système de désignation des officiers de justice par des conventions de parti et des caucus, et celui d'élection par le suffrage universel, a engendré à New- York une sorte de millenium pour les coquins et les escrocs; et il y a fort à craindre qu'il affaiblira et démoralisera graduellement l'administration de la justice dans la plupart des États.

Il y a un défaut lamentable d'honnêteté dans un grand nombre des officiers directeurs et des employés des voies ferrées, des corporations de banques, des sociétés minières ou manufacturières et dans les autres sociétés incorporées comme dans les officiers des gouvernements nationaux, des États et des villes.

Les officiers qui dirigent sont trop enclins à couvrir et à cacher la condition financière et les actes de semblables compagnies, pour se mettre à môme eux et leurs amis de spéculer sur le capital.

Lorsque les intérêts et l'utilité d'une corporation exigent une législation additionnelle, il est juste que les officiers soient payés de leurs voyage et de leurs dépenses personnelles pour leur comparution devant la législature et les comités législatifs afin de se procurer cette loi. Presque toutes les autres dépenses dans ce but sont corruptrices de leur nature et de leur tendance , et pour ce motif ne sont pas convenables.

La législature semble devoir intervenir pour définir et limiter les pouvoirs et les devoirs des directeurs et autres officiers , pour défendre l'usage des fonds incorporés à des usages inconvenants, pour augmenter la responsabilité vis à vis des actionnaires pour leur défendre d'augmenter le capital, de faire du capital ou des coupons de dividendes, d'émettre des obligations ou de contracter des dettes, sauf pour les dépenses courantes et ordinaires, sans l'action et l'assentiment des actionnaires, pris dans une réunion ou assemblée générale , d'exiger que l'on fasse annuellement ou trimestriellement, des rapports complets et précis, certifiés par serment, sur les opérations et les agissements, le revenu, les dépenses et la situation financière de chaque compagnie , pour punir comme crime, tout acte frauduleux ou violation de la loi, soit par les directeurs, soit par un directeur ou un autre officier d'une société incorporée et d'imposer quelques restrictions aux cours et aux juges,

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