CHAPITRE III
au produit de sou travail et de son industrie personnels), comme les capacités des hommes ne sont pas égales, les fruits de leur industrie ne le sont pas non plus et leurs droits acquis en propriété sont très inégaux. Si un homme, par des moyens d'une force supérieure, d'activité ou d'adresse, peut et fait en effet deux fois autant pendant une année qu'un autre, et que tous deux dépensent la même somme, le premier peut, dans le cours d'un quart de siècle ou plus, devenir riche, tandis que l'autre restera pauvre. En sorte que si un homme, par raison, par intelligence supérieure, éducation et expérience, peut diriger l'industrie de vingt autres et la rendre aussi productive que le serait celle de trente hommes, s'ils travaillaient isolément ou réunis sous le commandement de l'un d'entre eux, dans le cas supposé, le directeur, par son savoir et sa capacité supérieurs, apporte un accroissement de production égal à celle de dix hommes. Cet accroissement de production est le fruit de son intelligence et de son travail de surveillance comme aussi de son attention; il a honnêtement droit à cet accroissement, comme le travailleur ordinaire a droit au produit de son travail personnel.
Les accidents de fortune, eux aussi, de bonne ou mauvaise santé, d'incendie ou d'inondation, de saisons stériles ou fructueuses, la hausse ou la baisse des denrées et autres biens, rendent les uns riches et les autres pauvres. Les instincts naturels des parents, mis en eux par Dieu, les poussent à donner leurs biens à leurs enfants. Cela n'est pas seulement juste en soi, mais comme règle générale c'est un
devoir, qui est sanctionné par les lois et les coutumes de tous le^ pays des nations civilisées comme des uations barbares. Par là les uns héritent de la richesse, les autres de la pauvreté. De ces causes variées, il résulte que les droits acquis et la propriété des personnes sont très inégaux dans tout pays, quelqu'égaux que puissent être d'ailleurs leurs droits naturels.
SECTION III