PROBLÈME
Cette vie qui ^ en tout animal, pcfratt indépendante de ht matière et commande à ses mouvementsf, cesse-t-ellï ùu NE CESSE-T-ELLE PAS en même temps que la vie matérielle qui raccompagne et que nous voyons finir?
Tel est le problème que je Tetcc chercher à résoudre.
Me bornant aux éclaircissements qui précèdent, et faisant d*abor(f table rase de toute autre donnée, je vois à ce problème deux solutions possibles, et je suppose que la nature a pu avoir deux buts différents : elle a pu vouloir — OTER à tels êtres— et laisser à tels autres — la faculté de dégager de la matière qui compose httr corps, et de faire survivre à ce eorps, une expression plus haute du phénomène vital, — une individualité immatérielle.
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Dans les êtres auxquels elle a voulu ôler cette faculté, il me semble que, pour atteindre soo but, elle a dû soumettre le mécanisme immatériel de Tintelligence à Faction exclusive d'une /orce destinée à concentrer toute ractirité de ce mécanique sur les intérêts du corps, de manière à Ty retenir, à Fy clore, à en faire son indispensaUe milieu, comme Test le sol pour le mécanisme organique de la plante que la vie abandonne dès qu'elle est arrachée de ce sol, dès que son parasitisme cesse, dès qu'elle ne peut plus tirer de son milieu les principes qui l'alimentent.
Chez les êtres auxquels la nature a voulu laisser la faculté de fadre survivre à leur corps une individualiU immatérielle, elle a dû joindre à la force que nous venons de décrire [i ) une seconde force sollicitant l'intelligence à favoriser l'indépendance et à sauvegarder les intérêts de cette individualité. — La forme animale serait, dans ce dernier cas, une sorte de creuset également capable de développer ou de détruire ce nouveau mode de vie, et la durée de l'existence terrestre serait une période préparatoire à ajoutera celles qui ont fait l'objet de nos études précédentes.
(1 ) Force dans tous les cas nécessaire, pour assurer la tonser* vation de la vie du corps.
Il est presque superflu de dire que le mode vital qui^ pour certains êtres^ succéderait au mode actuel serait^ par son indépendance définitive à Tégard de la matière^ nécessairement soustrait à tous nos procédés d'investigation. Nous ne pouvons étudier, avec quelque rigueur, en fait d'éléments immatériels, que ceux qu'une enveloppe matérielle rapproche de notre examen; et nous avons alors deux champs d'observation, — Tespèce et l'individu.
Rçprésentons-nous donc deux espèces animales, prises ici pour types, en chacune desquelles serait fixé l'un des deux modes dévie immatérielle que nous avons supposés, de telle manière que l'individu appartenante l'une de ces espèces n'apporterait en naissant que la force qui concentre et retient sur la personne matérielle toute sa puissance vitale, — et que tout individu de la seconde espèce posséderait dès sa naissance, outre cette force^ celle qui doit aboutir, s'il lui obéit, à lui donner une individualité indépendante de son corps.
Le premier de ces individus, n'étant mû que par une
seule force, ne pourra évidemment agir que dans une
seule direction; et si ses actes diffèrent entre eux, ce ne
' sera que parce que plusieurs voies lui seront ouvertes
pour être invinciblement poussé vers le but qu'il doit
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remplir^ et^ en même temps^ yers le terme que ce but rempli assigne à la durée de ^n être.
Le second individu^ au contraire^ recomiaitra en luimême im état mixte engendré par le double carrière ^e la vie qui l'anime^ c'est-à-dire par la coexistepce en son être de deux forces contraires, et nécessairement en lutte, s'il ne met au service de l'une d'elles les opérations de son mécanisme intellectuel. Cet état mixte se nonUnera LIBERTÉ. 11 est aisé de voir que le choix, — résultant de cette liberté m^me,^ui se fixera sur Vwe des deux directions, devra hécamiquemknt entraîner l'être qui s'y sera volontairement livré au résultat que la direction choisie détermine, cest-^-dire à la cessation ou à la continuation de la vie.
Disons toute de suite, — pour prévenir toute équivoque et n'avoir plus à y revenir,— que dans une telle espèce il peut se présenter quatre cas où l'intelligence étant absente ou plutôt obscurcie au moment de la mort du corps, eUe semble n'avoir pu déterminer le choix qui importerait à un si haut point à U destinée de l'être. Il se peut que l'âge n'ait pas encore permis à l'intelligence de fonctionner, ou que des dispositions congéniales du corps la condamnent à une incurable inertie; dans ces deux cas, l'incapacité même de l'individu à préserver un intérêt
quelconque de sa vie terrestre paraîtrait être un sAr garant de la préservation latente de cette autre vie dont son espèce lui a conféré le genne.-'^^Ârrivât-il^ au eon* traire^ que les insaisissables attaches qui relient rintdligeoce au corps, usées par un trop long exerejee, fussent devenues inhabiles à continuer leurs fonctions f Le mé? caoîsme immatériel aurait eu, dans ce cas, tout le temp^ d'accomplir son OBuvre destructive ou conservatrice, et de fixer le sort futur de l'être à la vie présente duqud il vie«drait à refuser son aide. — ^Enfln, le développement excessif ou Faction désordonpée d'un rouage peut mo*meqtanément ou définitivement détraquer ce mécanisme ; on devrait observer alors, dans ce quatrième cas, que ce n'est que sous l'influence exorbitante de l'une des deux forces contraires inhérentes à cette espèce que rharmcmie des fcmctions intellectuelles a fini par se trou*bler, et il en faudrait conclure que tant que la force dominante agira sans contre-poids, elle réduira d'autant la liberté de l'individu et Tentralnera plus directement qu'en aucun autre cas à la destinée qu'elle lui assigne.
Je me propose d'examiner si la double hypothèse ->que ces cas exceptionnels n'infirmeraient pas— trouve sa confirmation parmi les espèces animales actyelles, et si elle satisfait aux diverses conditions que réclame une
saine philosophie. Je donnerai à Tune des directions que je viens de supposer le nom de force animale, à l'autre celui de force morale, et je les étudierai séparément, en plaçant^ntre elles l'étude de YinteUigence, ce mécanisme disponible auquel l'une ou Tautre peut également s'appliquer. Mais avant de quitter celle du mécanisme organique dont je viens de donner la description et l'histoire Je dois (aire remarquer, — si le lecteur n'en a déjà fait l'observation lui-même,— que j'ai jusqu'ici complètement négligé une des propriétés essentielles que les fonctions organiques confèrent à la matière et que les fonctions immatérielles peuvent aussi manifester, — c'est cette merveilleuse pro^ priétéde sbntir qui, non moins que la faculté de vouloir, élève l'animal à une si grande hauteur au-dessus de la plante.— Or, qui dit propriéU dit une force attachée à la substance qui la possède ; et si le lecteur observe que cette propriété est la seule qui nous manque encore, au point où en est arrivé ce travail, pour compléter la notion de l'être, il devra pressentir qu'il ne nous reste que le domaine d'ailleurs si varié de la sensation pour y chercher les moyens mécaniques dont la nature a pu faire usage, afin d'atteindre l'un et l'autre des deux buts que nous lui supposons. Les deux forces qu'elle aurait introduites isolément ou concurremment dans l'être ne seraient-elles
que deux degrés — ou plutôt deux points d'application différents —de la propriété de sentir? — C'est ce que la suite de ce travail a principalement pourbut de démontrer. J'ai à peine besoin de dire, — avant de clore cet énoncé du problème capital dont j'entreprends la solution, — que l'apparition d'une force quelconque ne correspondrait pas à l'idée générale que j'ai cherché à donner de la marche progressive de la nature, si cette apparition ne résultait pas, comme tout autre développement vital, d'un enchaînement régulier de causes modificatrices et de transformations subies; si, par exemple, — pour parler plus clairement et nous ramener à notre sujet, — la période géologique pendant laquelle une force nouvelle s'est fixée dans une espèce ne s'était pas inaugurée par la brusque invasion de circonstances évidemment favorables à la production de cette force, et si l'effet produit n'avait pas été préparé pour cette espèce par des dispositions déjà exceptionnelles. Nous aurons donc à faire un retour sur une telle situation quand nous nous trouverons en face de quelque fait qu'elle pourra seule expliquer. Pour le moment, il nous reste encore à ajouter rapidement quelques traits à notre esquisse de la vie organique.