CARACTÈRB ET DIRECTION DE LA FORCE AMIMALR
Comme c'est dans la sensation que réside uniquement h force que nous avons à définir ^ cette définition doit être précédée d'un dénombrement rapide, mais complel^ des divers modes suivant lesquels s'exerce, dans l'animal, la propriété de sentir.
Nous avons dit que la vie organique était insensible par elle-même; elle ne l'est pas moins dans l'animal que dans la plante; seulement, lorsqu'elle est revêtue de l'appareil animal, ses fonctions s'accomplissent dans un plus ou moins grand nombre de cavités intérieures, sur les parois desquelles s'étalent les extrémités de nerfs qui reçoivent le nom particulier de sympalhiqueSy parce (|u'ils ne transmettent que la sensation, et qui ont pour
but d'infonner le centre nerveux des modifications anormales. que peuvent subir les diverses parties de Torganisme avec lesquelles ils sont en contact. — Nous avons vu que de la soutft'ance qui en résulte natt Tébranlement initial qui, à défaut d'autre impression, provoque le jeu de toute la machine. C'est à ce fait général que se borne la sensation intérieure, en tout ce qui touche la vie organique proprement dite. Pour tout ce qui concerne les fonctions dont l'ensemble constitue ce qu'on nomme, depuis Bichat, la vie animale, l'appareil nerveux devient moteur en même temps que sensible, et son expression la plus parfaite nous est fournie par l'embranchement tout entier des vertébrés, dont la structure est trop con* nue pour que j'aie besoin de la décrire.
La sensation extérieure s'étend à toute la surface du corps et constitue ce que Ton nomme le tact. Elle doit évidemment présenter d'autant moins de prise aux impressions venant du dehors, que cette surface est mieux protégée par les téguments insensibles qui la recouvrent. Or, comme ces impressions, —celles du froid en particulier,— sont susceptibles, quand elles atteignent un certain degré d'intensité, de produire une très-vive douleur et même de déterminer la mort du corps, on voit que nul animal n'est à cet égard dans une condition aussi
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désavantageuse que celui dont la surface est^ non-seulement nue^ mais d'une finesse et d'une impressionnabilité extrêmes. Parmi les animaux inférieurs^ la nudité est généralement préservée par l'état tiède et doux de la température^ durant la saison qui suffit à une courte existence, ou par Tabri que donne une demeure souterraine. Dans d'autres cas,— dans celui par exemple des
espèces emplumées qui usent plus, pour se mouvoir, du vol que de la marche, -rune nudité temporaire est indispensable, parce qu'elle confine les petits au nid pendant tout le temps dont les tendons et les muscles de leurs ailes ont besoin pour se fortifier. — Le seul mammifère actuel chez lequel la nudité n'acquière jamais de défense naturelle, c'est-à-dire l'homme, rachète en partie ce désavantage par Fexquise sensibilité du tact dans l'extrémité de ses membres antérieurs.— La perfection du toucher, unie à la plus admirable structure, met ainsi, dans ce cas, à la disposition de l'intelligence, l'instrument le plus propre à façonner d'exceptionnelles ressources pour d'exceptionnels besoins.
Ces deux ordres de sensations constituent ce que Ton peut nommer la sensibilité générale; mais c'est là que se montre le moins le merveilleux parti que la nature a su tirer de celle organisation nerveuse, si simple dans
son principe et si variée dans ses eflèts. — Pour certains emplois particuliers, la sensibilité se localise et enrichit l'être de propriétés et de facultés toutes nouvelles.— Aux extrémités d'un petit nombre de nerfs spéciaux se trouvent placés les appareils auxquels se donne plus particulièrement le nom de sens, et sur lesquels se reproduisent toutes les modifications du milieu qui environne l'animal. Au fond de Fun de ces appareils est placé un miroir sur la très-petite surface duquel une réfraction minutieusement calculée dessine, avec une inimitable précision, tous les jeux de la lumière, tous les détails plus ou moins changeants de l'horizon qu'il embrasse;— au milieu d'un autre est tendue une membrane qui répercute et traduit par un frémissement distinct chacune des ondulations sonores qui se propagent dans l'air, quelque multipliées et simultanées qu'elles soient;— sur le tissu humide et délicat d'un autre, les arômes les plus subtils laissent la trace de leurs légers contacte.— Est-ce là tout ? Non, en vérité ; car, qu'importerait à l'animal cette sorte d'identification incessante avec un milieu qui n'est pas lui, puisqu'à chacun de ces sens n'est pas attaché un plaisir?— Pour que ce plaisir existât, il faudrait que l'être fût sensible à des faits extérieurs qui n'ont pas de rapport direct avec lui-même ; iwus verrons que cela
peut arriver en effet , mais ce n'est pas ici le cas; rappe- Icms-nous qu'il ne s*agit ici que des sensations dont la matière est le siège ou l'occasion. Toute matière lubrifiée, vibrante ou polie, peut retenir au passage une émanation, une ondulation, un reflet,— propriétés dénuées d'intérêt pour elle si elle n'en jouit pas. — Aussi, voyez un animal au repos : les sens que nous venons' de décrire, la vue, l'ouïe, l'odorat, subissent chez lui les impressions que chacun d'eux est chargé de traduire, mais seulement comme le ferait une matière insensible.... Tout à coup vous reconnaissez à des signes non équivoques qu'un intérêt évidemment très-vif vient de naître pour chacun de ces sens.... Pourquoi cela? qu'est-ce qui peut expliquer ce changement subit? — C'est que, en d'autres parties du même système nerveux» sont localisés deux autres sens, deux maîtres impérieux, dont les premiers ne sont que les ministres dociles, et que sans doute l'un de ces deux sens vient de ressentir un désir qu'il ordonne de satisfaire.— Et d'où procède le pouvoir absolu de ces deux sens ?— De ce que, s'ils ne perçoivent rien au dehors, s'ils ne produisent de compiunication qu'avec ce qui est amené directement à leur contact, ce contact suffit pour produire des sensations intimes et profondes, dont le renouvellement, favorisé par des intei*valles do douce
détente des muscles inactifs^ ctmsUtue à M seul le genre de bonheur que la nattor a Kbére^mmi dieiribui dan$ tout le règne animal.
En aucun cas peut^tre ne se montré^ d'une manière plus frappante qu'en celui-ci, cette constante économie de moyens toujours si féconde en effets que nous avons eu déjà tant d'occasions d'admirer. Ici, ce sont les conditions de la conserration qui s'identifient avec celles du bonheur ; la nature ayant diq)osé ses bienflaits et ses desseins de telle sorte que les satisfactions données à ces deux sens garantissent, par l'un la conservation de l'individu, par l'autre la conservation de l'espèce. Sous quel charme plus puissant la suprême prévoyance pouvaitelle dissimuler sa îûif A quelle plus infaillible force pouvait-elle avoir recours pour contraindre un orga* nisme à retenir sur lui cette vie qu'il doit y éteindre après l'avoir propagée/^
Étudions de près cette force, et cherchons à la définir en termes précis. Je réclame ici la plus sérieuse attention.
Dès que les sollicitations périodiques de l'un des deux sens qui commandent en maîtres à tous les autres ont tiré l'animal de sa paresseuse quiétude, la réaction nerveuse que la volonté détermine met aussitôt en œuvre utant de facultés puissantes qu'il possédait, l'instant
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auparavant^ de propriétés înactiYes : Fœil qui ne faisait que voir, va regarder; l'oreille qui ne faisait qu'entendre, écoutera; les narines flaireront; ces sens vont attirer él retenir sur un seul coin de l'espace la fidèle représentation, — non plus de tous les phétiomènes qui s'y produisent,— mais seulement de ceux qui ont une significa^ tion exclusivement relative à l'être qui les perçoit; ils feront discerner à cet être les éléments assimilables à la vie qui l'anime, ils l'aideront à diriger ses membres ou son corps tout entier, par la voie la plus sûre, vers ceux de ces éléments qu'il croit pouvoir atteindre et absorber. En déplaçant son corps, cet être ne déplace pas le siège de sa vie, qui est toujours ce corps lui-même. La plus ou moins grande amplitude de ses désirs, le va-et-vient des opérations de son intelligence, les efforts plus ou moins prolongés de sa volonté, pourront le transporter en apparence hors de l'étroit espace où il est contenu ; mais sa pensée restera toujours attachée par d'indissolubles liens à ce corps dont les intérêts divers sont le seul mobile qu'elle connaisse ; toute série de mouvements et d'actes,^qiie la matière en soit ou non directement l'agent,— ramènera toujours l'être, avec tout ce dont il a pu s'accroître, aux limites qu'il ne peut jamais définitivement franchir, au centre unique de sa vie, — Donc, —
que ce soient les sens^ les membres ou la pensée qui agissent^— c'est toujours un transport de la circonférence au centre qui s'opère ; ce phénomène conmience et ter* mine toutes les évolutions de l'activité animale; ce mode de l'être se concentre et se limite sur l'appareil matériel qui manifeste ses effets^ et la force unique à laquelle cet appareil obéit est une force centripète, une force de con^ centration.
Cette loi^ qui satisfait complètement à la première partie de mon hypothèse fondamentale, peut s'exprimer en termes moins scientifiques, mais non moins exacts; et c'est à dessein que je vais lui donner cette seconde expression, afin d'en faire ressortir. un autre point de vue et une autre dénomination dont nous aurons à nous servir plus fréquemment.
L'animal s'aime et n'aime que lui ; — cela doit être nécessairement ; car, sans cet amour de sot qui constitue l'identité de la personne animale, sans ce consensus de tous les sentiments en un seul sentiment souverain qui sert de règle unique, on ne saurait comprendre comment pourrait être rempli le but que s*est proposé la nature en créant l'individualité indépendante du sol terrestre, en détachant un organisme de tout milieu capable par lui-même d'y entretenir lu vie. Qui s1n-
quiéterait de cet entretien^ si Findividu n'en avait le souci instinctif et incessant? Je dis « instinctif; » car^ dans ce cas^ ce souci est loin d'être raisonné; Tanimal ne se dit point : a Ma vie dépend de telles ou telles nécessités auxquelles je dois pourvoir^ sous peine de périr, d II ne sait rien de tout cela et n'a pas à s'en préoccuper; mais il connaît le contentement très-vif qu'il ressent lorsqu'il accomplit tel ou tel acte; s'il s'en abstient^ c'est qu'il redoute la colère d'un compétiteur plus fort et mieux armé que lui^ et quel autre sentiment que celui de la crainte pourrait lui imposer le sacrifice de son plaisir? — Tout ce qui l'entoure n'a pour lui que deux sens très-distincts^ d'où naissent deux intérêts opposés très-puissants : à quelque degté de l'échelle animale qu'il se trouve placée il ne voit au-dessous de lui que ce dont il peut jouir^ et audessus que ce à quoi il peut lui-même servir de jouissance; il se renferme donc^ avec une tendre sollicitude^ si je puis ainsi parler, dans son monde à lui, dans ce MOI tout personnel, dont il s*efforce de rapprocher tout ce qui le flatte et lui plait, et d'écarter tout ce qui peut lui nuire; rien n'existe à ses yeux, dans le reste du mondCj hormis ces plaisirs qu'il savoure avec délices et CCS dangers par lesquels se traduisent pour lui, sans
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qu'il ait Immnd de le ecmiprendre^ Us à iautrêà. Or^ oemme il est piMinru de moyem de pré- Mwatioa dont k crainte s^ à hil eoseigner Remploi et que la pvéTeyaate nature a d^avance appropriés au genre de dangi^r» qu'il doit courir^ 11 peut Tirre un certain tempa sam an dtare Tictlmo^ et tant que ditfe sa Tle^ elle ne se compose que d'aune continuelle successioii de plaisirs quluterrompent en les ayi^afit qu^ques mch ments de erakile salutaire.
On yoH que^ quels que soient les termes en^ployés pour exprimer la grêmêi M qui régit le inonde animal^ le but érident a été de ftdre du don de la vie un bienfait, puisque, pour Fêtre qui sent, ce don a pour résultat le bonheur. Mais la condition imposée à ce bonheur, que nous avons tonnulée plus haut seus te nom d^me force méecmiquey doit, à ce nouveau pmnl de vue, prendre un autre nom exprimant le naême fait : nous devons l'appeler égolsme.
Ce genre de bonheur^ qui caractérise nettement fun des deux rôles assignés à la terre, puisqu*eHe nous en fournit l'expression complète, est-il le seul que recherchent sans exception toutes les espèces répandues sur le globe? Et d'abord, parmi ces espèces, en est-il une qui, dans la période géologique aetuetlej réunisse, pour réaliser
ce bonheur, moins de conditions favorables que toutes les autres? — C'est ce dernier point que nous allons d'abord éclaircir, en étudiant successivement les deux mobiles de l'animalité, c'est-à-dire le plaisir et la crainte.
CHAPITKE III