IU
Hervé affecte de le traiter dédaigneusement ; il ne l’appelle plus que : cet homme-là, iste homo.
La théorie de la connaissance, la psychologie, la morale ne sont pas en cause au présent ouvrage ; nous ne dirons donc rien, ni du traité De intellectu et speciebus , ni du traité De voîuntate et intellectu ; notre attention se portera seulement sur les débats qui les précèdent et qui ont, avec la Cosmologie, des liens plus étroits.
Nous nous attacherons, en premier lieu, à la question isolée sur la matière et la forme.
Henri de Gand voulait que l’existence d'une matière première dépouillée de toute forme ne fût pas une absurdité ; Dieu donc eût pu créer et faire subsister une telle matière toute nue. Fidèle aux enseignements du Péripatétisme, Hervé repousse absolument cette pensée. « A cette question, dit-il ’, voici ce que je réponds : Il ne me parait pas que la matière puisse, d’aucune façon, exister en acte et dans la nature des choses en l’absence de toute forme ; et je le montre par six raisons. » De ces six raisons nous ferons grâce au lecteur.
Henri de Gand a supposé que toute substance autre que l’homme possédait une seule forme substantielle. Pour l'homme, il a jugé que la foi l’obligeait à ne point garder cette thèse ; comment, en effet, celle-ci permettrait-elle de dire que le cadavre délaissé par l’âme de Jésus-Christ et déposé par Joseph d’Arimathie dans le sépulcre était encore le corps du Christ? Il a donc admis que l’homme possédait deux formes substantielles ; l'une, la corporéité ou forme du mixte, est tirée par génération de la puissance de la matière ; l’autre, l’Ame raisonnable, est infusée par création.
Dans son traité De. s formes, Hervé commence par reproduire en grand détail l’argumentation à l’aide de laquelle son adversaire défendait cette doctrine ; mais en fidèle thomiste, il tient pour une opinion toute contraire ; de sa longue discussion, reproduisons seulement le commencement 1 2 ; il contient l’essentiel de sa pensée.
« Après avoir exposé comment celui-là (iste) a traité de l’unité de la forme, j’ai maintenant l’intention de dire mon sentiment sur ces questions.
» Il faut, tout d’abord, examiner la quatorzième question du quatrième quolibet, celle où il demande s’il y a plusieurs formes
1. Herveus contra Henricurn de materia et forma. Ms.cit., fol. 228, col. a.
2. Herveus contra Henricurn de formis ; premier chapitre de la réponse. Ms. cit., fol. 210, col. a.
HERVÉ NÉDÉLEC
dans l’csscncc des choses sensibles ; c’est surtout, en effet, de la réponse à cette question que dépend la solution des autres questions.
» Touchant cette question, je n’ai pas l’intention de traiter en détail de la théorie des formes ; ce serait trop long ; mon intention, c’est de montrer que ce qui appartient en propre à cet homme-là est dénué de vérité ; je le veux réfuter. A ce sujet, je me propose de faire trois choses. J’entends, premièrement, réfuter sa thèse en elle-même et dans ce qui est propre à l’auteur. J’entends, en second lieu, dire ce qu’il convient de supposer. En troisième lieu, en répondant à ses raisons, j’entends montrer que ses motifs sont nuis.
» La thèse qui est sienne, qui lui est propre, la voici : Dans les êtres autres que l’homme, il n’y a qu’une forme ; dans l’homme, il y en a deux; l’une, qui est l’âme, vient du dehors ; l’autre, qui est la forme de corporéité, vient du dedans.
» Cette thèse, je l'entends réfuter par quatre raisons ; la première est directement démonstrative ; les trois autres sont des réductions à l’absurde.
» La première se tire de l’existence que donne la forme substantielle ; elle procède ainsi :
» Dans les êtres autres que l’homme, selon lui, il ne saurait y avoir plusieurs formes substantielles, parce que chacune d’elles donnerait l’existence (esse existentiæ) pure et simple (simpliciter) et complète. Mais si l’on admet en l’homme plusieurs formes substantielles, il faut aussi que chacune d’elles donne l’existence pure et simple, l’existence complète. De même, donc, qu’à son avis, l'existence de plusieurs formes substantielles en d’autres êtres est impossible, de même est impossible en l’homme l’existence de plusieurs formes substantielles.
» La majeure de cet argument, je la lui emprunte ; en effet, il dit expressément que si, dans une substance autre que l’homme, il y avait plusieurs formes substantielles, elles donneraient plusieurs existences pures et simples, ce qui ne peut être ; selon lui, donc, dans les substances autres que l’homme, il ne saurait y avoir plusieurs formes substantielles.
» Quant à la mineure, je la démontre de deux façons et, premièrement, comme suit :
» Ce qui convient à la forme substantielle en tant qu’elle est forme substantielle convient à toutes les formes substantielles. Mais donner l’existence pure et simple, c’est chose qui convient à la forme substantielle en tant qu’elle est forme substantielle, et
d’hknri de gand a duns scot