Gilles de Lessines, Op. laud., cap. V; éd. cit., p
2. Gilles de Lessines, Op. laud., cap. V, art. III ; éd. cit., p. 85.
3. Denifle et Châtelain, Chartularium Universitatis Parisiensis , pièce n» 522, t. I, p. 633.
4. Quodlibet domini Egidii Romani. Theoremata eiusdem de Cor pore christ i. Guliermus ocham de sacrarnerito a/tans. Cum Privilegio. Colophon : Impressum Venetijs per Simonem de Luere : Impensis domini Andree Torresani de Asula. 18 Januarii i5o2. Quodlibet II, quæst. VII, fol. i4, col. d.
LE REFLUX DE L'ARISTOTÉLISME
mentaire au second livre des Sentences, qui ne fut pas publié avant 1309 *, lorsque l’Archevêque de Bourges rencontrait 1 2 quelqu’une des décisions prises à Paris en 1277, il avait grand soin de montrer que sa doctrine ne la heurtait pas.
Qu’un docteur parisien lut libre de ne tenir aucun compte des décisions prises par l’archevêque de Gantorhéry ; que le décret même d'Etienne Tempier eût grand besoin d’être révisé ; que cette révision s’imposât comme un devoir à ses successeurs, c’est ce que nous allons entendre soutenir par Godefroid de Fontaines.
Godefroid de Fontaines 3 appartenait à la noble famille des comtes d’Hozémont; élève d’Henri de Gand et de Gervais du Mont Saint-Eloi, il fut pendant treize ans maître en activité [magister actu regens) de l’Université de Paris. En 1292, il fait partie d’une commission chargée par Nicolas IV d’apaiser une querelle qui, depuis deux ans, mettait aux prises le chancelier et le recteur. Le 1(1 février 1301, le cardinal Lemoine offre, par son intermédiaire, un de ses livres à l’Université. Les dignités ecclésiastiques affluèrent vers le docte Godefroid ; nous le voyons chanoine de Paris, prévôt de la cathédrale de Cologne (1287-1295), chanoine de Tournai ; en 1300, il est élu évêque de cette dernière ville en concurrence avec Etienne, archidiacre de Bruges, mais, entre les mains de Boniface VIII, il renonce à ses droits à l’épiscopat.
Le 26 février 1303, il assiste à une assemblée universitaire tenue à Paris; jusqu’en 1306, on le trouve cité parmi les associés les plus âgés ( inter seniores socios ) de la maison de Sorbonne ; lorsqu’il mourut, à une date inconnue, il légua à cette maison sa bibliothèque, fort riche pour l’époque, puisqu’elle comptait trente-huit volumes.
Godefroid de Fontaines n’est aucunement disposé à accepter les condamnations portées par Robert Kilwardby. Nous le voyons, par exemple, en 1286 4 5, contester 3 au sujet de « cet article, jugé hérétique en Angleterre : Le corps d’un saint ou d’un homme quelconque, que la putréfaction n’a pas encore transformé en gaz
1. Voir Seconde partie, Chapitre IX. § IV ; t. IV, pp. 106-119.
2. Ægidii Romani Super secundo libro Sententiarum opus, Dist. XIV, quæst. III : De rnotu firinamenti ; art. IV.
3. Maurice De Wulf, Histoire de ta Philosophie en Belgique , Bruxelles et Paris, 1910, p. 59 et pp. 82-86.
4- M. De Wulf, Histoire de la Philosophie en Belgique , p. 89.
5. Les quatre premiers Quodlibets de Godefroid de Fontaines, publiés par M. De Wulf et A. Pelzer ; Quodlib. III, quæst. V ( Les Philosophes Belges, t. II, Louvain, 1904 ; pp. 205 206).
ou réduit en éléments, n’est pas numériquement le même que le corps vivant ».
« A Paris, remarque Godefroid, les uns soutiennent que le cadavre de Pierre n'est pas numériquement le même que le corps vivant ; d’autres soutiennent le contraire ; et, à Paris, ni l’une ni l’autre des deux opinions n’est jugée absolument erronée. »
Godefroid de Fontaines, d’ailleurs, n’a pu se donner à luimême une conviction d’une rigueur absolue en cette question si controversée de l’unité ou de la pluralité des formes substantielles. « L’un et l’autre parti présente des difficultés soit que l’on veuille admettre en l’homme une seule forme substantielle et échapper à tout ce que l’on objecte contre cette supposition, soit que l’on veuille en admettre plusieurs et éviter les raisons contraires ; toutefois les objections faites à ceux qui en admettent plusieurs semblent plus difficiles à résoudre ».
Godefroid trace 2, d’ailleurs, la règle que la prudence et la charité prescrivent de suivre en des débats de ce genre :
« En des questions qui ont rapport à la Foi. mais qui ne lui appartiennent pas d’une manière manifeste ou ne la contredisent pas d’une façon évidente, il n’appartient pas à chacun déjuger, de décider, en déclarant sous une forme très affirmative : « Ceci ou cela est contraire à la Foi ». Ce qu’il est permis de dire, c’est : « 11 ne me semble pas que ceci soit contraire à la Foi, bien que « je tienne pour contraire à la Foi tout ce que 1 Eglise juge com- « munément lui être contraire »... Il ne faut pas dire à la légère que telle supposition répugne à la Foi, de peur que les choses qui sont de Foi n’en deviennent moins respectées, moins crues et moins étudiées; de peur que Ion donne, à ceux qui croient déjà, occasion d’hésiter dans la Foi, et que 1 on n ôte à ceux qui ne croient pas encore l’occasion d’accéder à la Foi. »
La sage conduite que Godefroid recommande n était pas, assurément, celle de tous les docteurs parisiens ; parmi ceux qui combattaient les théories de Thomas d’Aquin, on en trouvait 3 « qui diffamaient sa personne en même temps que sa doctrine et qui lui opposaient des outrages bien plutôt que des raisons. Ils trouvent, en plusieurs endroits des écrits de Thomas d Aquin, que la matière ne peut exister sans la forme ; tout aussitôt, ils déclarent que cette proposition est non seulement fausse, mais erronée au sens théologique du mot ».
1. Godefroid de Fontaines, Op ■ laud., Quodlib. II, quæst. VII, p. 123.