‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 323 sur 485 · VI · texte numérisé non relu

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en toutes les substances individuelles, sauf dans les individus séparés de la matière. C’est là une solution probable, bien que peu commune.

» La raison qui justifie cette conclusion est la suivante : Parler d’une substance individuelle, de Socrate, par exemple, en tant qu’il est Socrate, c’est désigner quelque chose de formel, de positif et de réel, [par quoi cette substance individuelle diffère de la nature spécifique], par quoi Socrate diffère de l’homme en tant qu’homme, de môme que le concept de Socrate et le concept d’homme diffèrent en la raison ; en effet, si ce quelque chose n’existait pas, la différence entre ces notions serait une différence toute fictive, à laquelle rien ne correspondrait en réalité. Ce quelque chose, qui est réel, doit être une substance ou un accident. Ce ne peut être un accident, car il faudrait dire que Socrate, en tant que Socrate, ne possède qu'une existence accidentelle, ce qui est ridicule et absurde. Ce sera donc quelque chose du genre substance; mais ce ne peut être une matière ni un composé; cela est évident, car une matière ne donne pas l’existence, et une substance composée [de matière et de forme] ne la donne pas davantage, ce qui serait ridicule. Il reste donc que ce soit une forme substantielle. Ainsi, il y aurait une certaine forme substantielle par laquelle une substance individuelle serait réellement distincte de tous les autres individus de la même espèce. »

Voilà donc la doctrine que Jean de Jandun regarde comme la plus probable : Comme les Scotistes, il admet qu’en chaque individu, une certaine différence individuelle se trouve adjointe à la nature spécifique. Mais comme il a nié l’existence de la distinction formelle admise par les Scotistes, il ne peut, comme ceux-ci, réduire cette différence individuelle, cette hœccéité, à n’être qu une formalité. Il 1 élève donc au rang de forme substantielle.

C est assez dire que Jean de Jandun se range parmi ceux qui, en un même être, admettent l’existence simultanée de plusieurs formes successives.

Cette théorie, il 1 adopte, en effet, pleinement et sans atténuation, d une manière aussi franche que le pourrait faire le meilleur disciple d’Avicébron.

« L espèce 1 qui appartient à un certain genre est réellement et véritablement composée du genre et de la différence spécifique... Ainsi 1 homme est réellement composé d’animal et de rai-

368-38oANNIS DB JANDUN° 0p * laud-> ,ib- V> Muæsl- XXXIV ; éd. cit., coll.

sonnable, et il en serait ainsi lors même qu’il n’y aurait aucune intelligence pour le concevoir... En voici la raison : Si l’espèce n’était pas réellement composée de genre et de différence, les notions qui définissent les espèces seraient des fictions ; cela est évident, car une combinaison intellectuelle est fictive lorsque rien ne lui correspond en la réalité et, à cette combinaison de concepts essentiels ( quidditativi ) [qui constitue la définition d’une espèce,] rien d’essentiel ne correspondrait. Mais la conclusion est fausse, car le concept qui définit l'espèce n’est pas une fiction... 11 faut donc qu’à ces concepts essentiels correspondent, en la réalité, des essences ( quidditates ) réelles. »

Ces principes si nettement réalistes, notre auteur lés regarde comme conformes à la pensée d’Aristote et d’Averroès. « Cela parait être, dit-il, l’intention d’Aristote et d’Averroès en tous les endroits où ils traitent de ce sujet, car, en la composition de l’espèce, le genre est comme une matière et la différence comme une forme. »

Ainsi voyons-nous surgir de nouveau cette formule qu’Alexandre de Alès repoussait déjà, afin d'éviter les excès réalistes d’Avicébron.

« En l’homme, donc, se trouvent impliquées la formalité de l’animal et la formalité du i’aisonnable. » Ce que nous venons de dire montre que ces formalités ne peuvent être de simples accidents ; elles sont quelque chose d'essentiel, quelque chose qui prend place dans le genre de la substance ; elles ne sauraient être, d’ailleurs, ni matières, ni substances composées de matière et de forme ; « reste donc que ce soient des formes [substantielles] et que ces formes soient des réalités différentes ».

Mais, selon le Commentateur, toute forme qui advient à un être déjà en acte est une forme accidentelle ; si à la matière déjà mise en acte par la forme substantielle de l’animalité, qui constitue le genre animal, survient la forme rationnelle, qui est la différence spécifique de l’homme, cette dernière forme ne saurait être qu’accidentelle, et non pas substantielle.

La majeure de cette objection est véritable lorsqu’il s’agit « d’une forme qui survient à un être déjà mis en acte par une forme [substantielle] achevée et finale, qui n’attend aucune autre forme plus parfaite. Mais lorsqu’une forme survient à un être déjà mis en acte par une forme générale, encore affectée de puissance ( potenlialis ), qui attend une forme plus parfaite, la nouvelle forme n’est pas forcément une forme accidentelle. Ainsi en esl-il dans le cas qui nous occupe... En effet, la forme générique ne

LE REFLUX DE l’aRISTOTÉLISME

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