‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 332 sur 485 · VI - GO · texte numérisé non relu

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(lu Commentateur ; cela, je ne le révoque pas en doute. Toutefois, je réponds, et je déclare fermement que l’on doit répondre autrement :

» L Ame intellectuelle est la forme substantielle qui donne 1 existence au corps humain, 'et elle est unie à ce corps suivant l’existence même.

» L’existence de cette forme substantielle a un commencement; non pas qu elle commence par l’effet de quelque agent particulier qui la tirerait de la puissance de la matière ; elle tient son commencement de l’Agent universel qui est la cause de toute existence, c est-à-dire du Dieu suprême ; Dieu la produit sans mouvement ni transmutation, sans aucun sujet préexistant, de la même façon qu’il a créé toutes les autres choses.

» Par la vertu divine, cette substance sera perpétuée dans 1 avenir, bien que, de soi, elle soit suscejDtible d être anéantie.

» Je dis aussi et je tiens fermement pour vrai que cette substance possède certaines vertus naturelles, qui ne sont pas les activités de certains organes corporels, mais qui ont leur fondement immédiat en l’essence même de Pâme; ces vertus sont l’intelligence en puissance, l’intelligence en acte et la volonté. Ces vertus sont élevées au-dessus de la matière ; elles surpassent en excellence la capacité de la matière corporelle, elles sont transcendantes aux facultés de cette matière, et cela en raison de la substance même de 1 âme ; elles sont, en effet, conséquences de cette substance qui ne peut être totalement enfermée en la matière; bien donc que cette substance soit en la matière, elle garde une certaine action à laquelle la matière corporelle ne participe pas.

» Après la mort, cette substance peut pâtir par reflet du feu corporel; elle peut, sur l’ordre du Dieu créateur, être de nouveau réunie à son corps.

» Selon notre foi, toutes les propriétés qui viennent d’être attribuées à cette âme sont véritables, simplement et absolument. Mais de ces propositions, je n’entends point apporter ici de démonstration, et il n est pas, que je sache, possible de les démontrer. Je pense qu’il les faut croire d'une foi toute simple, et qu’il faut croire de même une multitude de vérités, sans aucune raison démonstrative, sur la seule autorité de la Sainte Écriture prouvée parles miracles divins. En les recevant ainsi, nous acquerrons des mérites ; car les Docteurs enseignent que la foi n’est pas méritoire là où la raison humaine fournit une preuve.

» Quant aux raisonnements des Philosophes, qui semblent contredire à cette doctrine, il les faut délier suivant les prémisses qui viennent d’être posées...

» Si, d’ailleurs, au premier aspect, quelque chose paraissait insuffisant en la solution de ces raisons, il n’en faudrait pas être troublé ; il est certain, en elîet, que l’autorité divine nous doit inspirer une confiance beaucoup plus grande que n’importe quel raisonnement d'invention humaine ; de même que l’autorité d’un seul philosophe l’emporte sur quelque faible raisonnement proposé par un enfant. »

« Aristote *, il est vrai, et le Commentateur ont dit ce qui vient d’être rapporté ; et selon les principes qui correspondent aux choses perçues par les sens, ils n'eussent pu faire une autre supposition ( Quamvis Aristoteles et Commenlator sic dicerent, et non possenl aliudponere secundum principia corresponde ntia rebus sensatis). Cependant, moi, je réponds autrement ; je dis que l’âme intellectuelle de l’homme est la forme qui communique son existence au corps humain ; je dis qu’elle est absolument indivisible ; qu’elle n’est étendue ni par elle-même ni par accident; je dis qu'elle donne la perfection au corps humain tout entier et à chacune de ses parties, sans aucune autre forme substantielle inhérente à la matière. Cette âme intellectuelle a été innovée ; elle a commencé d’être après qu elle n était pas ; elle a été innovée non par génération, mais par création à partir du néant. Dans l’avenir, elle sera perpétuée par la vertu divine. Toutes ces propositions que formulent les catholiques fidèles, je déclare qu’elles sont vraies tout simplement et sans aucun doute ; mais je ne sais pas les démontrer ; je félicite ceux qui savent les démontrer ; mais, pour moi, c’est par la foi seule que je les soutiens et confesse.

» Je résous par la même métnode la raison que l'on objecte. Bien que toute forme inhérente à la matière soit corruptible, je dis cependant que Dieu peut la perpétuer et la préserver éternellement de toute corruption. Par quel procédé, je l'ignore, mais Dieu le sait. »

Arrière donc toute tentative de conciliation entre l’enseignement des Philosophes et la doctrine de l’Église catholique. En toutes choses, les Philosophes se sont contentés d’affirmer ce qui se pouvait tirer de la connaissance sensible. En ce qu’ils ont dit, rien ne peut nous apprendre ce qu’il a plu à la toute-puissance de Dieu de faire ou de ne pas faire.

« Je dis 1 2 et j’affirme sans aucune hésitation que l’âme intel-

1. Joanmis de Janduno Quæsliones in libros de anima , lib. III, quæst. XII ;

éd. cit., fol. 71, col. b. .

2. Joannis de Janduno O/j. laud., lib. III, quæst. XXIX ; cd. cit., loi. 94,

col. b. .

LE REFLUX DE l’aHISTOTÉLISM E

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