‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 72 sur 485 · ULRICH DE STRASBOURG · texte numérisé non relu

ULRICH DE STRASBOURG

Dieu est simple ; tous les êtres inférieurs à Dieu sont complexes et leur nature se laisse dédoubler. Depuis Aristote, la Métaphysique n’est, pour ainsi dire, qu’un long commentaire de cette pensée.

En tout être changeant, on peut distinguer ce qu’il est vraiment de ce qu’il est capable d’être, ce qu’il est en acte de ce qu’il est en puissance; ce qu’il est en acte, il l'est par sa forme ; ce qu'il est en puissance, c’est sa matière ; la substance de tout être changeant est donc composée de forme et de matière.

Au contraire, un être immuable est tout ce qu’il est capable d’être ; en lui, tout existe en acte, et rien en puissance ; il est pure forme et n’a point de matière ; il est une Intelligence immatérielle ; telle est le premier Moteur de l’Univers qui est le Dieu suprême ; telles sont les Intelligences motrices des orbes célestes, qui sont des êtres divins.

Telle est la doctrine d’Aristote.

Cette doctrine, un Thémistius l’allie avec l’enseignement de Platon sur les espèces et les individus. Au gré du Péripatétisme, la forme est unique pour tous les individus d’une même espèce ; c’est par son union avec la matière, et par là seulement, qu’elle se subdivise en individus multiples ; on peut donc identifier la forme avec l’espèce, l’eloo; d’Aristote avec l’sloo; de Platon.

Dès lors, en tout être changeant, composé de matière et de forme, on peut distinguer la substance individuelle, qui est telle chose (x b xôoe) de la forme spécifique, grâce à laquelle cet être est de telle nature (xô xüSe elvou) ; saint Basile dirait qu’on y peut distinguer la ûrajorao-u; individuelle de l’oùa-ia spécifique.

Au contraire, dans les Intelligences immuables et privées de matière, rien ne saurait subdiviser la forme spécifique en individus divers ; chaque Intelligence particulière constitue, à elle seule, une espèce ; le xô xôoe est identique au xô xcôoe eivat., la Ü7r6a-xacn.ç à l’oùoda.

Pour Aristote et pour Thémistius, toutes les Intelligences sont simples ; c’est seulement dans les êtres doués de matière que se reconnaît une dualité. Pour les Néo-platoniciens d’Alexandrie, le premier principe possède seul l’absolue simplicité ; seul, il mérite d’être appelé l’Un. En tout être, au-dessous de l’Un, il y a dualité.

Guidé par Proclus, le Livre des Causes précise cette pensée de la manière suivante :

La Cause première est exclusivement existence (esse). Au contraire, en tout être inférieur à la Cause première, il faut distinguer l’existence, premièrement engendrée par l'Etre suprême, des formes que la Cause première et les diverses causes secondes ont imprimées dans cette existence pour la déterminer et différencier. Tandis donc que la première Cause est seulement existence, toute créature est existence et formes.

Cette existence dans laquelle les diverses causes impriment ce que les Néo-platoniciens entendent par formes, le Livre des Causes la compare à la Matière première du Péripatétisme, à la ü)or) qui, elle aussi, reçoit des formes; aussi donne-t-il à cette existence le nom d ' hyliathis.

Comme les Néo-platoniciens hellènes, Avicenne n’attribue l’absolue simplicité qu’à la Cause première ; au sein de toute créature, il découvre une dualité. Ce qui avant tout, dans son système, oppose la créature au premier Principe, c’est que celui-ci est nécessaire et que celle-là est contingente.

Contingente, la créature ne possède par elle-même que son essence ou quidditô, par laquelle elle est elle-même et non pas autre chose ; mais cette essence est, de soi, indifférente à 1 existence ou à la non-existence ; l’existence quelle possède, elle la tient d’autrui. En elle, donc, on peut distinguer 1 essence qui lui est propre de l’existence qui lui a été donnée par une Cause créatrice distincte d’elle-même.

L’essence du premier Principe, au contraire, c est d être Celui

LE REFLUX DE l’aRISTOTÉLISME

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