C. Les intelligences qui meuvent les deux
Cette question s’impose tout particulièrement à celui qui étudie 1 opuscule de Thierry Sur les Intelligences et les mouvements des deux.
I hierrv admet d’emblée, suivant l’enseignement des Néo-plato-
i. Procli Philosophi platomci Opéra médita. (Juæ primus olim e Codd. mes. Parisinis Italicisque vulgaverat, nunc secundis curis emendavit et auxil Victor Cousin. Parisiis, apud Aug. Durand. MDCCCLXIV Pars prima continens Procli tria opuscula De Prooideritia, Libertale et Alalo, interprète Guillelmo de morbeka, Arch iepiscopo Corinlhi. P. 67, col. 267.
niciens arabes, que les moteurs des cieux sont de deux sortes, des Intelligences et des Ames; il se propose1, en premier lieu, de considérer « la différence qui existe entre les Intelligences et ces sortes d’Ames ou de moteurs célestes, et cela selon les Philosophes, qui ont recherché ce point avec beaucoup de soin, avec une curiosité et une attention recommandables. »
Les Intelligences et les Ames appartiennent à un même genre, en ce que les unes et les autres « sont les principes qui causent les choses célestes et les autres choses qui viennent ensuite, et cela à titre de causes essentielles. »
En outre les Intelligences sont 2, « des intellects qui, par essence, sont en acte ; c’est par là, selon les philosophes, qu elles peuvent être et qu’elles sont, les principes qui causent les choses. C’est pourquoi Proclus dit, en sa 171e proposition : « C’est en comprenant que tout intellect produit ce qui vient après lui ; son œuvre est de connaître et, par cette connaissance, de produire ( fac tio intelligere et intelligentia facere). » En lui, en effet, l’intellect et l’être sont, en quelque sorte, même chose; si donc c’est par son être (esse) qu’il fait une certaine chose, et si son être consiste en la connaissance, c’est par la connaissance qu’il fait cette chose.
« De même, ces principes formels des cieux que nous appelons les Moteurs et les Ames célestes sont des intellects qui, par essence, sont en acte; mais ils sont en acte d’une manière moins élevée que les Intelligences 3. »
Après avoir ainsi marqué les caractères qui sont communs aux Intelligences et aux Ames des cieux, notre auteur va nous dire en quoi elles diffèrent.
Ce qui est le propre des Intelligences 4 c’est d’être « les principes qui produisent toutes les choses autres qu’elles-mêmes ; ces choses, elles ne les produisent pas à partir d’un sujet préexistant; mais elles ne les produisent pas non plus sans l’intervention d’un Principe plus élevé qui dépose en elles, le pouvoir d’agir de la
1. Theodoricus de Friburgo De inlelligenliis et motibus cœlorum Cap. I<n : De differenlia intelligentiarum et motorum cæleslium corporum quos animas cælorum vocant cum ratiône difïerendi. Bibliothèque \aticane, Ms. n° 2188, fol. 56, col. b.
2. Theodorici de Friburgo Op. laud.; Cap. 2“ : Quod tam intelligentiæ quam motores corporum cselestium sint intelleclus in actu per suam esseDtiam et quod. secundum hoc. sint principia rerum causalia secundum philosophos, et qualiter. Ms. cit., fol. 56, col. c.
3. nPOKAOr AIAAOXOT nAATaNIK.OY2Toi;£si&)<nç0so)<)Yixv?,éd.Creuzer, prop. CLXX1V ; éd Francofurti ad Mœnum, 1822, |>p. 258-269; édition adjointe à Plotini Ennemies, Parisisiis, Firmin-Didot, i855, p. CV1.