‹ Le système du monde (volume 4)Chapitre 154 sur 158 · LL-.S ADVERSAIRES DE L’ASTROLOGIE · texte numérisé non relu

LL-.S ADVERSAIRES DE L’ASTROLOGIE

» Il nous faut imaginer qu’il en est de même des variations éprouvées par les radiations, semblables aux rayons lumineux, chargés de transmettre les influences des astres aux choses d’ici-bas.

» Voici ce que j’en conclus : Connaître quelle est, à telle ou telle époque, l’influence prédominante parmi celles qu’émettent les corps célestes, cela n’est guère utile ou cela ne sert de rien pour juger quels effets produit à l’avenir dans les choses d’icibas. D’après ce qui vient d’être dit, il se peut faire que cette influence soit affaiblie par la réflexion et la réfraction qu’elle éprouve en raison de la position des choses d’ici-bas qui la doivent recevoir ; partant, qu’elle soit dominée par une autre influence. C’est ce que nous voyons au sujet de l’influence du Soleil ; parfois, en un endroit, la chaleur se trouve être deux fois ou trois fois plus intense qu’en un lieu voisin, parce que, peut-être, au premier endroit, le rayonnement direct s’accompagne d’un rayonnement réfléchi par les objets qui l’entourent...

» Cette connaissance donc vaut et suffit aussi peu à pronostiquer l’avenir qu’en cet exemple : On sait qu’à telle époque, le Soleil demeurera tant de temps au-dessus de notre hémisphère, et qu’il sera fort brillant ; mais on ignore quelle sera, à ce moment, la disposition qualitative des nuées, leur figure, leur situation à l’égard du Soleii ; quelle valeur cela a-t-il pour juger d’avance s’il se produira, à ce moment, un arc-en-ciel, un halo, un périhélie ou quelque phénomène de ce genre ? »

Pas plus qu’Oresme, Henri de Langenstein ne dénie aux astres une certaine influence sur les choses d’ici-bas ; mais pas plus qu’Oresme, il ne croit les astrologues capables de connaître cette influence et les circonstances qui en accompagnent l’opération assez exactement pour en tirer le moindre pronostic véridique.

De plus, à cette influence, notre auteur refuse toute nature occulte et mystérieuse ; il entend l’assimiler de tout point aux actions que les corps d’ici-bas exercent^es uns sur les autres en vertu de leur chaleur ou de leur froid, de leur sécheresse ou de leur humidité ; l’étude de cette influence ne doit donc être qu’un chapitre de la Physique spéciale dont il souhaite la construction ; les diverses doctrines de l’Astrologie devront prendre pour modèle la théorie de l’arc-en-ciel ; autant dire qu’elles doivent dépouiller tous les caractères qui marquaient l’Art judiciaire.

LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIÈCLE

L’Astrologie a l’Université de Paris après Nicole Oresme (suite). Pierre d’Ailly et Jean Gerson

La guerre que Nicole Oresme avait menée contre les superstitions et les piperies des astrologues fut-elle une guerre sans résultat ? Ceux qui en ont écrit l’histoire l’ont pensé.

« L’Astrologie judiciaire, a écrit Francis Meunier 1, était la grande chimère du xive siècle. Charles V croyait à l’Astrologie ; il possédait plus de trois cents ouvrages sur les sciences divinatoires dans sa librairie de la tour du Louvre, et il avait fait venir d’Italie Thomas le Pisan, astrologue célèbre, auquel il donnait cent livres par mois, traitement dont de fréquentes gratifications doublaient presque le chiffre. Que si un esprit aussi sensé, aussi judicieux, aussi sage que celui de Charles V était infatué de sciences aussi vaines, quelle devait être la crédulité du vulgaire ! Aussi Oresme n’eut-il pas tout le succès qu’il semble s’être promis. On continua de croire à l’Astrologie après la publication de ses ouvrages comme on y avait cru avant.

» On y crut sous Louis XI, on y crut au temps de Catherine de Médicis, on y crut sous Louis XIII ; et lorsque La Fontaine écrivait, sous Louis XIV, les fables de l’Astrologue et de l’Horoscope, il ne frappait pas un ennemi à terre, mais une superstition encore debout et qui portait la tête haute. >.

Voici, d’autre part, comment Charles Jourdain conclut * ce qu’il a écrit de la lutte soutenue par Nicole Oresme « contre les pratiques superstitieuses répandues en France au xive siècle.» :

« Le récit de cette lutte, curieuse en elle-même, gagnerait sans doute en intérêt si elle avait porté plus de fruits, et si les préjugés combattus par l’Évêque de Lisieux avaient cédé devant les efforts persévérants de sa logique et de son savoir. Mais il n’eut pas la consolation de se dire, en mourant, qu’il les avait vaincus. Lorsqu’il s’éteignit, le 11 juillet 1382, l’Astrologie judiciaire était aussi cultivée, aussi florissante qu’au siècle précédent ; peut-être même avait-elle vu s’accroître plutôt que diminuer le nombre de ses adeptes. Le peuple comme les grands.

1. Francis Meunier, Essai sur la oie et les ouvrages de Nicole Oresme, Paris, 1857 ; pp. 57-58.

1. Charles Jourdain, Nicolas Oresme et les astrologues de la cour de Charles V ( Revue des Questions historiques, t. XVIII, 1875, p. 159).

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et les grands comme le peuple, interrogeaient à l’envi les astres, et espéraient y découvrir le secret de leurs destinées. De là tant d’horoscopes, les uns favorables, les autres sinistres, qui ont ému alors les imaginations, et dont quelques-uns, conservés dans les manuscrits, sont parvenus jusqu’à nous, comme un témoignage irrécusable de la crédulité de nos pères. Telle est l’impuissance ordinaire des efforts.de la sagesse dans des controverses contre les erreurs invétérées. Si, de nos jours, malgré les leçons de l’expérience, après tant d’admirables découvertes qui ont répandu des flots de lumière sur la nature et sur l’homme, nous ne sommes pas affranchis complètement du joug des superstitions populaires, qui s’étonnera qu’au xive siècle, avant Copernic, avant Descartes et Newton, la parole judicieuse d’un écrivain sensé et honnête, tel que fut Nicole Oresme, n’ait pas suffi pour avoir raison de l’Astrologie judiciaire. »

Fruit de l’antique civilisation chaldéenne, l’Astrologie avait ravi les Grecs dès qu’elle leur eût été révélée ; depuis Théophraste, presque tous les philosophes l’avaient reçue avec admiration ; le Péripatétisme, le Stoïcisme, le Néo-platonisme y voyaient à l’envi l’aboutissant naturel de leurs diverses cosmologies ; les sages musulmans reconnaissaient dans les astres les caractères à l’aide desquels Allah avait écrit d’avance la destinée fatale de chacun de nous ; implacable adversaire de ce fatalisme, l’Église catholique accordait cependant à l’astrologue le droit de tout juger, sauf les futurs contingents dont l’avènement dépend de Dieu et de notre libre arbitre. Comment les efforts d’un seul homme, fut-ce d’un homme de génie, eussent-ils suffi à ruiner une doctrine vieille de tant de siècles et forte de telles autorités ? Ne soyez donc pas surpris qu’Oresme n’ait pas balayé l’Astrologie de la face du monde. Contentons-nous d’examiner si la campagne qu’il a menée contre cette superstition n’a pas été de quelque effet aussitôt après lui, et parmi ceux qui devaient le 'mieux connaître ses écrits, parmi les maîtres de l’Université de Paris.

Après Nicole Oresme, au temps d’Henri de Hesse, il y eût

1. Concordantia astronomie cum lheologia. Concordantia astronomie cum hystorica narratione. Et elucidarium duorum precedentium, domini Pétri de Aliaco Cardinalis Cameracensis. Colophon : Opus concordantie astronomie cum theologia necnon hystorice veritatis narratione explicit féliciter magistri Joannis angeli viri prudentissimi diligewti correctione. Erhardique Ratdolte mira imprimendi arte : qua nuper Venetiis nunc Auguste vindelicorum exceilit nominatissimus.

2. Vigintiloquium de concordantia astronomice veritatis cum theologia Domini Pétri de Aliaco Cardinalis Cameracensis, viginti continens verba, féliciter incipit.

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encore de fervents adeptes de J’art astrologique parmi les maîtres de l’Université de Paris ; ne citons que le plus illustre, et aussi le plus crédule d’entre eux, Pierre d’Ailly, archevêque de Cambrai, Cardinal, celui qu’on appelait l’Aigle de France, Aquila Franciæ. On doit à Pierre d’Ailly une Concordance de V Astronomie avec la Théologie et une Concordance de l'Astronomie avec les récits de l'histoire h L’écrit sur la concordance de la Vérité astrologique avec la Théologie contient vingt courts chapitres ou verba 2. Un extrait du premier verbum nous dira l’esprit de tout l’ouvrage :

« Toute vérité, selon le Philosophe, concorde avec toute autre vérité ; il est donc nécessaire que la science véritable de l’Astronomie concorde avec la sainte Théologie ; en outre, plus que toutes les autres sciences, elle la doit servir comme la servante sa maîtresse...

» On peut donc, d’une manière fort convenable, appeler l’Astronomie une Théologie naturelle ; de même, en effet, que la Théologie supérieure nous amène à la connaissance de Dieu par la foi surnaturelle, de même celle-là, mise au service de celle-ci comme une servante inférieure, nous prend par la main et, à l’aide de la raison naturelle, nous sert d’introductrice en la connaissance divine. »

Il serait difficile de témoigner plus de confiance à ce que Pierre d’Ailly nomme l’Astronomie, c’est-à-dire à l’Astrologie.

La plupart des concordances citées par Pierre d’Ailly sont empruntées à Roger Bacon, car le cardinal de Cambrai, dans les divers ouvrages que nous venons de citer comme dans son De imagine Mundi, plagie sans scrupule VOpus majus. Nous ne nous arrêterons donc pas à analyser le contenu, fort peu original, des deux Concordantiæ ; nous croyons plus intéressant de citer le jugement sévère, mais mérité, que Jean Pic de la Mirandole a formulé à leur sujet dans sa célèbre Discussion contre les astrologues.

Dans cette discussion, un chapitre 1 est ainsi intitulé : « Que

1. Joannis Pici Mirandulæ Concordiæ Comitis Disputalio contra astrologos Lib. II, cap. IV : Non esse astrologiam religioni utilem : quod Rogerius Bacon et Petrus Alliacensis ex'stimarunt [Joannis Pici Mirandulæ omnia opéra. — Colophon (avant la Disputalio contra astrotogos) : Opuscula hæx Ioannis Pici Mirandulæ Concordiæ Comitis Diligenter impressit Bernardinus Venetus. Adliibita pro viribus solertia et diligentia ne ab archetypo aberraret : Venetiis Anno Salutis Mcccclxxxxviii die ix Octobris. — Second colophon (à la fin de la Disputatio) : Disputationes has Ioannis Pici Mirandulæ concordiæ Comitis, litterarum principis, adversus astrologos : diligenter impressit (sic). Venetiis per Bernardinum Venetum Anno Salutis MCCCCLXXXXVlil. Die vero XIIII Augusti. Fol. sign. b, v°, et fol. sign. bii, r°.

LES ADVERSAIRES DE L’ASTROLOGIE

l’AstroJogie n’est point utile à la religion, comme l’ont pensé Roger Bacon et Pierre d’Ailly. »

« Si l’Astrologie est inutile à la vie, écrit Jean Pic, est-elle, du moins utile à la Religion, comme l’ont pensé, semble-t-il, Roger Bacon et Pierre d’Ailly ?

» Celui-ci pense qu’elle lui peut servir pour deux raisons.

» L’une, c’est qu’au moyen de ce qu’il appelle les grandes conjonctions, un calcul astrologique permet de déterminer le nombre véritable des années qui se sont écoulées d’Adam à Jésus-Christ ; on sait quelle contestation il y a, à ce sujet, entre les livres ecclésiastiques.

» L’autre, c’est qu’on peut confirmer les oracles des prophètes en joignant à leurs prophéties le témoignage rendu par la prédiction astrologique.

» En effet, toute vérité concorde avec toute autre vérité ; il est donc nécessaire que la science véritable de l’Astronomie concorde avec la vérité théologique ; que dis-je, elle doit, plus que toutes les autres sciences, elle la doit servir comme une servante sa maîtresse ; en effet, les attributs invisibles de Dieu sont rendus visibles par les choses qu’il a créées, et, parmi les créatures, il n’est rien de plus noble que le Ciel. De là ce chant de David : Les cieux racontent la gloire de Dieu et le firmament annonce les œuvres sorties de ses mains.

» Afin de contribuer par son œuvre propre à la preuve de cette opinion, Pierre d’AilJy écrit un opuscule divisé en vingt théorèmes qu’il nomme paroles (verba). Dans cet opuscule, il y a tout juste autant d’erreurs que de mots. Il l’a intitulé : Accord de l’Astrologie et de la Théologie. N’a-t-il donc pas entendu Saint Paul s’écrier : Quelle association peut-il y avoir entre la lumière et les ténèbres ? Quelle participation peut-on concevoir entre le Christ et Belial ? Dans cet ouvrage, il s’efforce d’atteindre les deux objets dont nous parlions. Il veut montrer que l’aspect du Ciel signifiait d’avance tout ce que les prophètes, divinement inspirés, ont prédit. Il examine le calcul astrologique qui détermine les années écoidées entre Adam et Jésus- Christ.

» A cet opuscule, il en a joint un autre sur l’accord entre l’Astronomie et l’Histoire. Dans ce dernier écrit, il note, depuis le commencement du Monde, sept grandes conjonctions ; à ces conjonctions, il s’efforce de rapporter les faits les plus grands et les plus étonnants que l’histoire nous rapporte ; il pense confirmer par là ce dogme astrologique que les grands changements

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des religions et des empires, dans l’humanité, proviennent toujours des grandes conjonctions.

» Je serais heureux que Pierre d’Ailly eût écrit des livres que je pusse louer, et non des propos qu’il me faut réfuter ; je l’aime, en effet, pour son esprit versé aux bedes lettres et je vénère le personnage qu’il a joué dans l’Église. Mais la besogne que je dois accomplir lui sera peut-être agréable à lui-même ; il a écrit, en effet, qu’il voulait être utile à l’Église, encore qu’il ait manqué de circonspection et qu’il se soit trompé ; puis donc qu’il se trouve avoir été erroné et dangereux, que notre juste réfutation fasse, autant qu’il dépendra de nous, oublier ce qu’il a dit.

» Ce qui a conduit cet homme, savant par ailleurs, à cette erreur, c’est, surtout, l’ignorance de l’Astronomie ; c’est aux études de Théologie qu’il s’était d’abord exercé dans la très célèbre Université de Paris ; il était déjà vieux lorsqu’il commença à goûter quelque peu à la science astrologique ; il fut alléché par l’apparence magnifique de cet art, qui disserte des plus grands sujets, de ceux que la curiosité humaine désire au plus haut point de savoir ; avant donc qu’un examen préliminaire lui eût fait reconnaître la faiblesse de cette doctrine, il écrivit, avec une hâte excessive, ces deux opuscules ; plus tard, un peu mieux instruit, il les a rétractés.

» Enfin, il a consigné nombre de choses dans ce petit livre qu’il nomme Eclaircissement ( Elucidarium ) , bien qu’on y trouve beaucoup de ténèbres.

» Que tous ces petits livres tombent aux mains d’un lecteur ignorant de l’Astronomie ; il les admirera d’autant plus qu’il les comprendra moins. Mais quiconque aura, de cet art, même un médiocre usage, jugera que Pierre d’Ailly a été plus écrivain qu’astrologue et qu’il rapporte ses lectures plutôt que des connaissances dont il aurait vraiment compris la moëlle.

» Presque tout ce qu’il a écrit, il l’a tiré mot pour mot de Roger Bacon, d’ Abraham le Juif [ben Ezra ], d’Henri [Bâte] de Malines, d’Albumasar, et de la somme composée par je ne sais quel Jean le Breton. »

Il se trouvait sans doute, à l’Université de Paris, des maîtres que l’exemple de Pierre d’Ailly persuadait de garder toute confiance à l’Astrologie. Mais cet exemple n’était pas tout puissant. D’autres partageaient, au moins jusqu’à un certain degré, la méfiance de Nicole Oresme à l’égard de l’art judiciaire ;

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et parmi eux, nous devons compter le plus illustre des élèves de Pierre d’Ailly, le pieux chancelier Jean Gerson.

C’est une pièce capitale que le Trilogium Astrologiæ theologizatæ, composé par Gerson à Lyon, en l’année 1419, à l’usage du Dauphin, fils unique du roi de France, c’est-à-dire du futur Charles VII ; nous y entendons la voix d’un homme à qui sa science et sa piété ont valu une très forte autorité dans l’Université comme dans l’Église, et cette voix dicte des préceptes à celui qui va bientôt monter sur le trône de France ; de telles circonstances donnent aux propos tenus, une gravité et une importance particulières.

Or, dans un épilogue 1, Gerson, résumant son Trilogium, distingue « douze racines propres à nous détourner de la curiosité des jugements d’ Astronomie. » De ces racines, citons les premières :

» La première, c’est l’éternelle primauté de l’action divine.

» La seconde, c’est, sous l’autorité de Dieu, c’est la liberté d’exécution des bons anges comme des mauvais anges.

» La troisième racine, c’est que l’influence des corps célestes s’exerce seulement d’une manière générale.

» La quatrième, c’est que les combinaisons et situations diverses des corps célestes présentent, dans leur manière de concourir, une incompréhensible variété.

» La sixième, c’est la diversité des raisons séminales qui jouent, en même temps que les influences célestes, le rôle de principes.

» La septième, c’est la liberté humaine ; toutes les fois qu’elle se vient conj oindre à des causes nécessaires, elle met de la contingence dans l’effet qui en résulte.

» La huitième, c’est la sévérité de la loi et des prophètes qui interdisent ces jugements et qui s’en rient ; c’est la réprobation attentive de ces mêmes jugements par les docteurs sacrés tant anciens que modernes...

» La neuvième, c’est la rareté de ceux qui étudient la véritable science astronomique et qui en sont instruits, alors que

1. Joannis Gerson Trilogium astronomiæ lheologizatæ. Epilogus præmissorum \Prima pars opemm Joannis Gerson Cancellarii universitalis Parrhisiensis theologi christianissimi. — Colophon : Operum magistri Joannis de Gerson divinarum Scripturarum doctoris resolutissimi pars prima tractatus orthodoxam fidem : ecclesiasticamque concernentes potestatem complectens : Felici clauditur exitu apud Trib-otes : per Joannem Knoblouch. Anno Mdxiiij Kalendis Juniis. — XX, O ; fol. sign. ee 3, col. d.

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pour former des jugements, des observations et des déterminations d’une extraordinaire multiplicité sont requises. »

Il y a intérêt à voir comment dans son Trilogium, Gerson fait produire à certaines de ces racines le développement qu’elles comportent.

« Le Ciel, dit-il \ est seulement une source d’influence générale et éloignée... Certains astrologues, tel Al Kindi dans son Traité des rayons, se sont trompés en supposant que les choses d’ici-bas n’exerçaient aucune action, qu’elles se bornaient à transmettre les influences rayonnantes du Ciel. »

A l’influence générale du Ciel, chacune des choses d’ici-bas ajoute sa collaboration particulière. Comment le fait-elle ? Pour répondre à cette question, le Chancelier de l’Université emprunte à Saint Augustin sa théorie des raisons séminales. « Le Ciel, dit-il1 2, peut produire ici-bas, non seulement des effets différents, mais encore des effets contraires et opposés, par suite de la diversité de la matière qui est remplie de raisons séminales. »

Il prend également à Saint Augustin la discussion par laquelle il prouve que des dispositions célestes presque identiques peuvent produire, en ce Monde, des effets fort différents ; conçus au même moment, nés presque en même temps, deux jumeaux peuvent n’avoir, entre eux, aucune ressemblance.

Albert le Grand, Saint Thomas d’Aquin, Gilles de Rome admettaient, eux aussi, que les mêmes causes célestes ne produisent pas toujours ici-bas les mêmes effets ; cet « indéterminisme », ils l’attribuaient au désordre de la matière première, principe capricieux, rebelle à toute loi fixe. Gerson n’est pas obligé de faire appel à ces caprices de la matière et de nier le déterminisme dans les circonstances mêmes ou aucune volonté libre n’intervient ; mais avec les causes célestes, il fait concourir l’action des causes qui résident au sein de la matière, l’action des raisons séminales ; si, sous des influences célestes identiques, se forment deux jumeaux constitués de manière toute différente, c’est que leurs raisons séminales étaient différentes. « Ainsi voyons-nous les règles que l’Astrologie formule au sujet des vents, des plantes, et des autres effets naturels, recevoir tantôt des confirmations et tantôt des démentis grâce à la

1. Joannis Gerson Trilogium Astronomiæ theologizatæ, prop. VI (Joannis Gerson Opéra, éd. cit., XX, E, vol. I, fol. sign. ee, col. d).

2. Joannis Gerson Op. laud., prop. VII ; éd. cit., XX, F, vol. I, fol. sign. ee, eol. d, et fol. sign. ee 2, col. a.

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diversité que présentent les situations, configurations et dispositions de ce terrain-ci et de celui-là. »

Puisque les effets naturels eux-mêmes résultent du concours de l’influence céleste avec des causes qui résident en la matière, l’étude des mouvements célestes ne suffit pas à en démêler les lois. Mais cette étude insuffisante, quelles complications ne présente-elle pas !

« Du Ciel \ avec toutes ses étoiles et ses planètes, avec toutes ses combinaisons de mouvements directs et rétrogrades, avec ses oppositions et ses autres circonstances, les hommes ignorent beaucoup plus qu’ils ne savent...

» Et qu’il en soit ainsi du Ciel entier, cela n’est pas étonnant, car de la moindre feuille d’arbre, l’homme ignore bien plus de choses qu’il n’en sait ; elle aussi, elle contient une infinité de nombres de figures, de combinaisons de ces figures.

» Il y a des mouvements de la huitième sphère et des planètes qu’ignoraient les anciens astronomes et qui ont été découverts à une époque relativement récente.

» En outre, si l’on admet, selon la vérité de la foi, la création du Monde, dont la durée n’atteint pas encore sept mille ans, on n’a pas pu reconnaître encore, par des observations astronomiques, les effets de la Grande Année, que Platon suppose de trente-six mille ans. Il en est de même des calculs relatifs à certaines dispositions d’étoiles qui n’ont pu se répéter assez souvent pour que, par des expériences certaines et naturelles, les astrologues fussent en état de savoir, si elles sont suivies de tels ou tels effets ; il en est, en effet, qui ne se sont encore jamais produites ; d’autres n’ont eu lieu qu’une ou deux fois ; d’autres se renouvellent fort rarement. »

Dans ces considérations, nous retrouvons un écho de celles qu’Oresme aimait à développer, aussi ne nous étonnons-nous pas d’entendre Gerson citer 2 le nom de l’évêque de Lisieux et son écrit sur les durées, incommensurables entre elles, des circulations célestes.

Il est encore, dans l’étude des mouvements et des configurations célestes, d’autres causes de complications et d’erreurs auxquelles les astrologues ne prennent point garde 3.

1. Joannis Gerson Op. laud., prop. VIII ; éd. cit., XX, F, Vol. II, loi. sign. ee 2, col. a.

2. Joannis Gerson Op. laud., prop. IX ; éd. cit., XX, G ; fol. sign. ee 2, col. a et b.

3. Joannis Gerson Op. laud., prop. X ; éd. cit., XX, G ; vol. II, fol. sign. ee 2, col. b.

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« En raison des réflexions et des réfractions variées que Ja variété des milieux impose à la .lumière, porteuse de l’influence, le Ciel lui-même diversifie cette lumière émise'par lui, par les étoiles et par les planètes ; à ceux qui observent de la terre, il ne montre pas Ja véritable position des astres. Les astrologues se trompent en cela, car ceux qui, avec l’Astronomie (astrologia), savent l’Optique (Perspectiva), sont peu nombreux, s’il en est. Et de là surgit, pour l’Astrologie judiciaire, la racine d’une difficulté nouvelle.

» On rencontre une autre difficulté qui concerne la fixation du Zodiaque. Celui-ci doit-il être placé dans le ciel suprême, quel que soit d’ailleurs ce ciel, ou bien doit-il être pris dans le firmament et déterminé par rapport aux étoiles fixées dans ce firmament ! On a observé, en effet, que le firmament se mouvait contre le mouvement du premier mobile ; partant, en conséquence de ce mouvement, le Zodiaque doit changer.

» Il y a encore d’autres difficultés touchant les mouvements des planètes dans leurs auges, épicycles et excentriques, leurs ascensions, descentes, stations, rétrogradations, titubations, rotations autour de leur propre centre. Observer tout cela avec une ponctuelle exactitude, nul n’en serait capable. La divine Sagesse dit qu’elle se joue en tout cela et en autres choses semblables, et elle le montre. »

Toutes les difficultés et les incertitudes de la véritable Astronomie suffiraient, et au delà, à justifier cette condamnation de l’Astrologie 1 : « Ceux oui ont la présomption de prédire des effets particuliers mettent en faute, autant qu’il dépend d’eux, le Ciel avec ses étoiles et ses planètes ; ils en abusent ; cela est bien établi ; et il est également bien établi qu’ils peuvent fréquemment se tromper et tromper les autres.

» Ces gens-là errent soit par ignorance, soit par intention frauduleuse, soit par arrogance. Us errent parce qu’ils ne tiennent pas compte d’une des propositions précédentes : Le Ciel est seulement la source d’une influence générale. La distribution (ratio) particulière ou singulière de cette influence dépend de Dieu seul ou de la disposition de la matière.

» Mais, objectera-t-on, les astrologues se trouvent avoir formulé beaucoup de prédictions véritables. Je répondrai qu’ils ont donné un bien plus grand nombre de faux jugements. Lorsqu’ils disent vrai, cela provient ou du hasard ; ou de la

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