Albehti de Saxonia Op. laud., 11b. IV, quæst. IX
2. Marsilii Inguen Abbrevialiones libri phisicorum, fol. sign. 1 3, col. b et c.
3. Joannis Marcilii Inguen, Quæstiones in libros physicorum secundum nominalium viam, lib. IV, quæst. VIII.
LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIÈCLE
Marsile reproduit, d’ailleurs, cette argumentation en ses Questions sur la Physique.
Ainsi les Maîtres séculiers de Paris, à qui la Dynamique moderne doit tant par ailleurs, ont été unanimes à méconnaître la pensée féconde de Saint Thomas d’Aquin, de Duns Scot et des Scotistes ; leur esprit, trop accoutumé à ne considérer que la résistance active qui est une force, n’a pu concevoir cette sorte de résistance passive qu’est une masse.
La théorie même empruntée par Ibn Bâdjâ à Philopon n’a trouvé quelque faveur qu’auprès de Buridan ; Albert de Saxe et Marsile d’Inghen l’ont formellement rejetée, comme l’avaient rejetée Jean de Jandun et Walter Burley.
TOUS LES CORPS TOMBENT-ILS DANS LE VIDE AVEC LA MÊME VITESSE ? — Les réponses données a cette question au Moyen-Age
En affirmant que tous les corps tombent dans le vide avec la même vitesse, Leucippe, Démocrite et Epicure avaient formulé une sorte de prophétie. Cette vérité, qui avait contre elle la vraisemblance, ils l’avaient énoncée sans qu’aucune démonstration, sans qu’aucune expérience fût à leur disposition pour l’établir.
Dans la confiance que cette loi leur avait inspirée, les Atomistes demeurèrent isolés. A tous les autres, l’affirmation que tous les corps tombent dans le vide avec la même vitesse apparût plutôt comme une proposition inadmissible. Les Péripatéticiens en firent la conséquence absurde à laquelle ils s’efforcèrent d’acculer ceux qui croyaient à la possibilité du mouvement dans le vide ; les adversaires des Péripatéticiens, au contraire, s’ingénièrent à montrer que leur opinion ne les contraignait aucunement à recevoir cette invraisemblable conséquence. Ainsi avaient fait Aristote, d’une part, et Jean Philopon, d’autre part ; ainsi continuèrent de combattre les Maîtres de la Scolastique.
L’objection faite aux partisans du mouvement dans le vide
LE VIDE ET LE MOUVEMENT DANS LE VIDE
prenait souvent cette forme plus précise : Des poids, de même substance mais de volume différent, doivent tomber dans le vide avec la même vitesse. Sous cette forme, l’affirmation s’imposait d’une manière à peu près inévitable. Il ne paraît pas qu’aucun partisan du mouvement dans le vide l’ait osé admettre formellement et explicitement ; aucun, du moins ne l’a niée.
Prenons, d’abord, l’axiome des Atomistes sous sa forme générale : Tous les corps tombent dans le vide avec la même vitesse. Rapportons en quels termes les partisans de la Physique d’Aristote l’opposaient à ceux qui admettaient la possibilité du mouvement successif dans le vide.
Voici, en premier lieu, comment Jean de Jandun formulait cette objection 1 :
« Si l’on supposait que le vide existât et que le mouvement y pût être, deux corps, dont l’un est plus pesant et dont l’autre est moins pesant, toutes choses, c’est-à-dire la grandeur et la figure, étant égales d’ailleurs, se mouvraient dans le vide avec une égale vitesse, ce qui est manifestement impossible. La conséquence résulte évidemment de la supposition faite ; si, en effet, un mobile, qui a même grandeur et même figure qu’un autre, se meut plus vite que ce dernier, c’est uniquement parce qu’il divise plus vite et plus rapidement le milieu au travers duquel se fait le mouvement ; mais ici, le vide ne saurait être plus rapidement divisé par un corps que par l’autre ; si donc le mouvement se pouvait faire dans le vide, tous les mobiles s’y mouvraient également, ce qui est impossible. »
Walter Burley n’est pas moins formel.
« Le Philosophe, dit-il 2, se propose de prouver que l’existence du vide détruit une propriété des mouvements naturels, qui est l’inégalité entre les vitesses de ces mouvements naturels. J’énonce sous cette forme la conclusion à prouver : Si le vide existait, il n’y aurait, entre les mouvements naturels, aucune inégalité de vitesse. C’est la trente -sixième conclusion de ce livre. Cette conclusion se prouve ainsi :
» Nous voyons que, toutes choses égales d’ailleurs, les corps plus pesants tombent plus vite que les corps moins pesants ;
1. Joannis du Janduno Super Arislotelis libros de physico auditu subtilissimæ quæstiones ; lib. IV, quæst. XI : An si vacuum esset possibile esset in eo fleri motum.
2. Burleus Super octo libros physicorum, lib. IV, tract. II, cap. IV ; éd. Venetiis, 1491, fol. sign. o 2, col. b et c.
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il en est de même des corps légers à l’égard du mouvement vers le haut.
» D’autre part, nous voyons qu’un corps d’une certaine figure se meut plus vite qu’un corps d’une autre figure ; par exemple, toutes choses égales d’ailleurs, un grave de figure pointue se meut plus vite qu’un grave de figure large.
» Qu’un corps donc, au travers d’un même milieu, se meuve plus vite qu’un autre, on en peut assigner deux causes ; ce peutêtre en raison de sa figure ou en raison de sa gravité ou légèreté.
» Mais la raison pour laquelle, toutes choses égales d’ailleurs, un corps plus lourd ou plus léger se meut plus vite qu’un autre, sont comme la raison pour laquelle un corps d’une certaine figure se meut plus vite qu’un corps d’une autre figure, c’est que le premier a plus de force que le second pour diviser le milieu.
» Mais si l’on admet le vide, on ne peut plus donner aucune de ces deux causes, car, dans le vide, il n’y a plus de milieu résistant.
» On peut donc mettre le raisonnement sous la forme que voici :
» Si les mouvements naturels sont inégaux en vitesse, c’est uniquement à cause de la résistance du milieu ou, en d’autres termes, parce que le milieu résiste moins à un corps naturel qu’à un autre ; toutes choses égales d’ailleurs, quand la pesanteur divise un milieu, le milieu oppose, au corps plus pesant, une moindre résistance qu’au corps moins pesant. Mais si le vide existe, il n’y a plus aucune résistance de la part du milieu ; un corps ne divise pas le milieu plus aisément qu’un autre. Si donc le vide existe, il n’y a plus aucune inégalité de vitesse entre les divers mouvements naturels. »
Ni Jean de Jandun, ni Walter Burley n’ont un instant songé qu’on pût faire quelque objection à ce raisonnement d’Aristote. Saint Thomas d’Aquin, guidé peut-être par Simplicius, avait été plus perspicace ; il avait fort bien vu que toute cette argumentation tombe en défaut si l’on attribue à la résistance du milieu, dans le mouvement des graves, le rôle que lui réserve Ibn Bâdjâ.
« Il faut observer attentivement, dit-il 1, que le développement de ce raisonnement rencontre même difficulté que le
1. Sancti T no m.f. Aquinatis In libros physicorum Aristotelis expositio; lib. IV, lect. XIII.
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raisonnement du premier. Il paraît supposer, en effet, que la différence de vitesse entre les divers mouvements provient uniquement de la différence en la division du milieu ; cependant, entre les corps célestes, il y a des différences de vitesse, bien qu’aucun milieu plein et résistant n’ait à être divisé par les mouvements du corps céleste. »
Cette objection dressée par Saint Thomas d’Aquin contre l’argument d’Aristote a, sans doute, suggéré cette remarque de Gilles de Rome 1 :
« Il faut noter que toute la force de ce raisonnement consiste en ceci : Il est de la nature des mobiles que des mobiles différents soient inégalement vites, parce qu’ils divisent le milieu d’une manière différente. Comme cela ne saurait être gardé dans le vide, puisqu’il ne peut plus y avoir là aucune division, il est impossible que le vide soit. Si le vide existait, en effet, un morceau de plomb n’y descendrait pas plus vite qu’un fétu de paille, ce qui est tout à fait absurde ; Si enim esset vacuum, non citius descendent per ipsum plumbum quam palea, quod est omnino absurdum. »
L’avertissement donné par saint Thomas d’Aquin n’a rendu ni plus prudent, ni plus réservé le Péripatétisme de Gilles de Rome.
Il sera compris, au contraire, par les Scotistes qui admettent la théorie d’Ibn Bâdjâ. Jean le Chanoine, par exemple, qu’inspire Gérard d’Odon, va, sans connaître ce qu’a écrit Jean Philopon, soutenir une conclusion toute semblable à celle qu’a proposée cet auteur :
« Comme le suppose le raisonnement [d’Aristote] dit-il 2, dans un milieu qu’on suppose indéterminé, des différences de vitesse ou de lenteur peuvent provenir des pesanteurs qui diffèrent en plus ou en moins ; je dis alors que la succession qui provient [dans le mouvement au sein du vide] de la seule diversité des lieux qu’il s’agit d’acquérir, peut devenir plus ou moins rapide par cela seul, que les mobiles sont plus ou moins pesants. »
Nous voyons clairement, par ce passage de Jean le Chanoine, que les tenants du parti d’Ibn Bâdjâ, tout en déclarant qu’un grave tombait dans le vide avec une vitesse finie, ne regar-
1. Egidii Romani In libros de physico audilu Aristotelis commentaria ; lib. IV, lect. XIV ; éd. Venetiis, 1502 ; fol. 82, col. c.
2. Joannis Canonici Quœstiones super VIII libros physicorum Aristotelis; lib. IV, quæst. IV ; éd. Venetiis, 1520, fol. 43, col. b.
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daient nullement comme nécessaire que tous les graves y tombassent avec la même vitesse.
Il est, du moins, une proposition qu’ils ne pouvaient guère se refuser d’admettre, et c’est celle-ci : Des graves de volumes différents, mais de même substance, doivent tous tomber dans le vide avec la même vitesse.
Cette proposition, ils étaient pressés de l’adopter par l’une de ces règles de la Dynamique péripatéticienne qu’Aristote avait formulées au septième livre de la Physique. Parmi ces règles, il en est dont Buridan et ses disciples avaient reconnu la fausseté ; mais il en est une, en particulier, que leur critique avait laissée intacte, et c’est de celle-là que nous voulons parler. Marsile d’Inghen, qui venait d’en condamner plusieurs autres, l’énonce en ces termes 1 :
« Si un moteur meut un mobile avec une certaine vitesse, une partie du moteur mouvra une partie du mobile avec la même vitesse, pourvu que ces deux parties, celle du moteur et celle du mobile, soient dénommées de même... Si l’on objectait que la force du moteur doit être moindre, parce qu’une force unie est plus puissante que la même force divisée, on ferait cette réponse : Si la force du moteur était plus puissante à cause de son union, il en serait de même de la force du mobile, et de part et d’autre demeurerait la même proportion. »
Cette règle, Marsile lui accorde pleine confiance ; pour réfuter d’autres règles de Dynamique, qu’il regarde comme fausses, il l’invoque 2 ; il rappelle qu’une moitié du moteur meut une moitié du mobile avec la même vitesse que le moteur entier communiquait au mobile entier ; il répète cet énoncé d’Aristote : Si divers moteurs meuvent divers mobiles d’un certain espace en un certain temps, l’ensemble de tous ces moteurs meut l’ensemble de tous ces mobiles du même espace dans le même temps.
Albert de Saxe, d’ailleurs, avait donné l’exemple à Marsile d’Inghen; après avoir montré la fausseté de plusieurs des lois de la Dynamique péripatéticienne, il écrivait 3 :
« Il y a encore cette autre règle d’Aristote : Si une certaine puissance meut un certain mobile, la moitié de cette puissance
1. Joannis Marcilii Inguen Quæstiones super oclo libros phijsicorum; lib.
VII, quæst. VII.