Petrus Aureoli, toc. cit., p
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la rmrsiQüE parisienne au xrve siècle
réalité, à la raison spécifique de la charité par 1 effet d’une sorte de réduction ; elle est, pour ainsi dire, une co-charité (concharitas). C’est une réalité qu il est absolument impossible, soit d’une manière effective, soit par abstraction, de prendre séparément. La divine Puissance elle-même ne pourrait la produire d'une manière isolée ; elle ne peut ni recevoir une existence distincte et déterminée, ni être conçue par l’intuition ; elle n’est intelligible qu’autant qu elle est conçue avec autre chose qui la termine. L intelligence même d'un ange ne pourrait, par intuition, diviser en deux charités distinctes la charité qui a subi une augmentation. Lorsque la charité augmente, elle se comporte comme un être auquel on ajoute quelque chose qui n’est pas une charité, mais qui fait partie de la charité (aliquid charitatis, non chantas). On doit comprendre de la même manière l’augmentation de la blancheur, de la chaleur et de toute autre forme. »
La pensée de Pierre Auriol paraît avoir été de concilier dans une certaine mesure des doctrines adverses ; comme il arrive souvent, cette tentative de conciliation n’a fait qu’augmenter la confusion.
Cette confusion devint telle après Auriol, qu’on ne saurait dire dans quel parti se rangent certains auteurs.
Elle est bien remarquable, cette confusion, dans ce qu’écrit le carme Jean Bacon de Baconthorpe (f 1 3 A6). Cet auteur paraît vouloir adhérer à la fois à toutes les doctrines, contradictoires entre elles, qui ont été proposées.
Il commence par donner, du mot latitude, une définition qui est une adhésion formelle à la théorie d’Henri de Gand : « La cause, précise, dit-il L pour laquelle une forme est susceptible de plus ou de moins, c'est la latitude que la forme possède, en son essence même, d’acquérir ou de perdre des degrés. Si vous me demandez pourquoi la blancheur peut être, en un même sujet, tantôt plus intense et tantôt plus affaiblie, je dis que la cause précise en est la suivante : La blancheur peut tantôt affecter son sujet et tantôt le délaisser, de telle manière qu’elle y ait une existence plus intense ou moins intense. »
Ce qu’exprime la dernière phrase, ce n’est plus la pensée d’Henri de Gand, c’est celle de saint Thomas d’Aquin.
Mais lorsqu’il s’agit de préciser de quelle manière se fait, en une
i. En Lector Doctoris resoluti Ioannis Bacconis Anglici Carmelitæ radiantissimum opus super quatuor sententiarum libris — Colophon du premier livre : Theologi excellenlissimi Joannis Bacconis Anglici Carmelitæ Questiones disputate in prinnim sententiarum. Explicite Mediolani. In officina libraria Leonardi Vegii anno MDX die XXIII Aprilis. Lib. I, dist. XIV, quæst. I, art. V; fol. cvm, col. c.
forme qui croît, celle acquisition de degrés nouveaux, Baconthorpe admet pleinement la théorie de Pierre Auriol dont il invoque l’autorité 1 et dont il cite à peu près textuellement les paroles.
C’est contre cette opinion de Pierre Auriol, son confrère en l’ordre franciscain, que Guillaume d’Ockam argumente avec la netteté et la rudesse dont il est coutumier 2 ; et lorsqu’il veut, avant de la réfuter, exposer cette opinion, ce sont les termes mêmes d’ Auriol qu’il reproduit sans y rien changer.
« Cette réalité qui advient à la charité préexistante, » répond le Venerabilis Inceptor, « est une véritable charité, tout comme une partie d’eau est de l’eau véritable, comme une partie de blancheur, abstraction faite du lieu quelle occupe et du sujet qu’elle informe, est une véritable blancheur. »
Lorsqu’on ajoute l une à b autre deux réalités qui se trouvent en des sujets distincts, la somme a plus d’extension , mais non plus d'intensité que les parties. « Mais lorsque deux réalités de même espèce peuvent exister en un même sujet, l’addition de l’une de ces réalités à l autre ne fait pas qu’une même chose devienne plus grande en extension, mais seulement en intensité ; on dit non que cette chose est devenue plus grande (majus taie), mais quelle est devenue plus de telle manière (magis taie)...
)) Entre l’augmentation d’une quantité et l’accroissement d’une qualité, il y a une ressemblance et une différence. La différence consiste en ceci : En l augmentation de la qualité, il y a une certaine réalité absolue et totalement nouvelle qui, avec la réalité précédente, forme une chose unique ; il n’en est pas de même en l'augmentation d’une quantité...
)) Contre ce que nous venons de dire, un certain docteur argumente de la sorte : Le semblable ajouté à son semblable n’en est point accru. Cela est évident, car si I on ajoute une tiédeur à une autre tiédeur, la chaleur n’est point augmentée. L’augmentation ne peut donc être l’effet d’une telle addition...
» A cet argument, je réponds ainsi : Lorsqu’on ajoute une tiédeur à une autre tiédeur, ces deux chaleurs atténuées demeurent
1. Joannis Bacconis Op. laud. , lib. I, dist. XVI, quæst. I, art. III; fol. cxvii, col. b.
2. Tabula ad diversas hujus operis Magistri Guilhelmi de Ockam super quatuor libros sententiarum annotationes et ad cenlilogii lheologici ejusdem conclusiones Jacile reperiendas apprime conducibiles. Colophon (à la fin des Questiones super quatuor sententiarum libros ) : Impressum est autem hoc opus Lugduni per M. Johannem Trechsel Alemannum : virum hujus artis solertissimum. Anno domini nostri MCCCCXCV. Die vero décima rnensis Novembris. Libri primi Dist. XVII; quæst. XVII : Item quæro utrum in augmentatione charitalis illud quod additur sit ejusdem speciei specialissime cum charitate præcedente separata ab ea ?
LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIECLE
en des sujets distincts, comme auparavant ; aussi la chaleur n’en est-elle pas augmentée ; mais elle serait accrue si l’addition des deux tiédeurs se faisait en un même sujet. »
Entre la pensée de Jean de Bassols et celle de Guillaume d'Ockam, l’accord est parfait.
Dans son Conflatus sur le premier livre des Sentences qui est, nous l’avons vu \ de 1 3 2 1 , et qui est donc à peu près contemporain de YÊcrit sur les Sentences de Guillaume d’Ockam, François de Mayronnes prend la même attitude que ce dernier auteur ; il soutient la thèse de Richard de Middleton et de Duns Scot, et réfute ou, du moins, interprète, l’opinion de Pierre Auriol.
François de Mayronnes établit 1 2 une parité complète entre l’accroissement d’une grandeur continue et l’opération par laquelle une qualité, telle la chaleur ou la charité, devient plus intense.
« De même qu’un accroissement d’étendue ne se peut faire qu’au moyen de parties extensives, de même un accroissement d intensité, tel un accroissement de charité, ne se peut faire qu’au moyen de parties intensives ; mais de telles parties sont des degrés ; l’accroissement de la charité se fait donc par le moyen de degrés.
)) D’ailleurs, l’augmentation se fait nécessairement à l'aide des choses en lesquelles, nécessairement, se résout ce qui a été augmenté ; or ceci se résout en parties homogènes ; c’est ce que montre la division de la ligne, qui est une résolution ; il faut donc que, de même façon, l’accroissement d intensité se fasse par le moyen de degrés...
)) Je dis donc que des degrés, comme des parties, on peut concevoir qu’ils soient homogènes ou bien qu’ils soient hétérogènes. Si on les conçoit de cette seconde manière, le dernier ne serait pas de même nature que le premier ; dans ce cas, l’accroissement d’intensité ne se fait pas par de tels degrés. Mais si l’on conçoit les degrés de la première manière, je dis que l’accroissement d intensité se fait par degrés et par parties...
» Mais à ces propositions, on fait quatre objections. En premier lieu celle-ci : Quiconque admet que l’accroissement d intensité se fait par degrés, est obligé de supposer un ordre essentiel entre ces degrés ; le degré plus parfait présuppose, en effet, un degré essentiellement moins parfait, puisqu’il comprend en lui ce