LES PREMIÈRES TENTATIVES
On ne saurait mettre d’une manière assurée Jean de Duns Scot ni parmi les partisans du seul infini syncatégorique ni parmi les partisans de 1 infini catégorique ; du débat qui les allait mettre aux prises, il n’a dit que quelques mots 1 et sans prendre parti. En ces quelques mots du Docteur Subtil, cependant, se trouvent des indications qui seront développées par ceux qui croient possibles la multitude et la grandeur catégoriquement infinies.
En faveur de l’infini en acte, Jean de Duns émet, tout d’abord, une remarque qui est d’importance : L’impossibilité, pour notre esprit, de concevoir autre chose que l’infini en puissance n’entraîne pas nécessairement l’impossibilité de l’infini en acte. En particulier, le Docteur Subtil semble admettre qu une. heure contient une infinité actuelle d instants, bien que notre esprit n’y puisse concevoir qu’une infinité potentielle de parties indéfiniment décroissantes.
Duns Scot dit quelques mots de cet argument si fréquemment employé : Si l’infini existait, la partie serait égale au tout, et d’autres arguments semblables ; il observe que plusieurs de ces arguments sont purement sophistiques. Il énonce ce principe, que Jean de Bassols traitera avec dédain, mais dont Grégoire de Rimini
i. Joannis Duns Scoti Scriptum Oxoniense, Lib. II, Dist. I, quæst. III : Utrum possible sit Deum producere aliquid aliud a se sine principio.
L INFINIMENT GRAND
s’attachera à creuser le sens profond : « Les mots : égal, plus grand, plus petit, ne sauraient convenir à des volumes, à moins cju ils ne soient finis. Avant, en effet, que l’on ne puisse appliquer à la quantité les mots égal ou inégal, il faut la diviser en quantité finie et quantité infinie ; la raison par laquelle une quantité est plus grande consiste dans le fait d’excéder la raison de l’égalité dans le fait d’avoir même mesure ( commensurari) , toutes choses qui semblent indiquer qu’il s’agit d’une grandeur finie ; on doit donc nier qu’un infini puisse être égal à un autre infini ; plus et moins désignent des différences entre quantités finies, et non entre quantités infinies. »
Par ces diverses remarques, Duns Scot fraye la voie à ceux qui vont soutenir que la multitude infinie actuelle, que la grandeur infinie actuelle sont possibles. Parmi ceux-là, donc, nous ne nous étonnerons pas de rencontrer deux des plus éminents disciples du Docteur Subtil, François de Mayronnes et Jean de Bassols.
Mais avant d exposer la doctrine de ces deux scotistes, nous résumerons celle d’un autre tenant de l’infini actuel, du carme Jean Bacon de Baconthorpe ; les théories que nous aurons à passer en revue se présenteront ainsi dans l’ordre de la perfection croissante.
Si I on en croit une antique généalogie de la famille Bacon, Jean Bacon de Baconthorpe 1 était le troisième fils de Sir Thomas Bacon of Baconthorpe, et l’arrière-neveu de Boger Bacon. Il entra dans l’ordre des Carmes. En i327, nous le voyons prendre part au chapitre général tenu par l’ordre à Albi. En 1829, un chapitre provincial, tenu à Londres, l’élit prieur de la province d’Angleterre. C’est avec ce titre de prieur provincial d’Angleterre qu il prit rang au Chapitre général tenu à Valence en i33o. Il demeura provincial d’Angleterre jusqu’en 1 333 , année où il prend part au Chapitre général de Nîmes. Il mourut à Londres en 1 346 et fut enseveli dans l’Église des Carmes.
De Jean de Baconthorpe, on possède un volumineux commentaire aux Sentences de Pierre Lombard 2 ; ce commentaire a eu, auprès des Scolastiques, grande vogue et grande autorité.
1. T. A. Archer, art. Baconthorpe, Bacon or Bacho (John), in National Biography, edited by Sidney Lee, vol. II, pp. 37g-38i.
2. Edicitur per gratiam et Regium Privilegium sub pena in eo contentenla ne guis æditionern liane iterum àttentare ausit in toto hoc Mediolanensi Ducatu — En Lector Doctoris resoluti Ioannis IIacconis Anglici Carmelitæ radiantissimum opus super quatuor sententiarum libris. In cuius Fonte lotius sapientiæ uberrimos invenies latices. Nam si dei opl. maximi penetralia adiré suadet animus : nemo melius : nemo accurabilis (sic) essentiam mandavit litleris. Si rerum causas : si naturæ effectus : si cæli varios motus ac elementorum contrarias qualilates discere exoptas : una se hic offert officina : ubi omnia cuduntur in qua ani-