‹ Le système du monde (volume 5)Chapitre 56 sur 176 · Duns Scoti Quæsliones quodlibetales; quæst. XI · texte numérisé non relu

Duns Scoti Quæsliones quodlibetales; quæst. XI

2. Joannis Canonici Quæsliones super VIII libros Aristotelis de physica auscultatione; in lib. IV, quæst. II.

LE LIEU

l’Empyrée. » Fort judicieusement, Jean Marbres ajoute: « Mais la difficulté que rencontrent les philosophes pour donner un lieu au premier mobile, la foi la retrouve lorsqu’il s’agit d’attribuer un lieu à lEmpyrée ; en effet, bien que cè ciel ne se meuve pas, Dieu pourrait le mouvoir ; et cependant, au cours de ce mouvement, il ne serait contenu par aucun corps. »

Albert de Saxe 1, qui rejette comme Jean le Chanoine l’hypothèse d’un dixième Ciel immobile, nous fait connaître les raisons invoquées par les partisans de cette supposition :« Tout corps qui se meut du mouvement local doit être par lui-même (per se) en un lieu ; la dernière sphère étant, par elle-même, en mouvement, doit être en un lieu par elle-même ; or, cela ne serait point s’il n’existait au-dessus d’elle une sphère immobile qui la contînt ; le lieu, en effet, est la partie ultime du corps contenant, et le lieu doit être immobile ; il faut donc qu’au delà de toutes les sphères mobiles, il existe une sphère fixe.

« Certains physiciens, il est vrai, prétendent résoudre d’une autre manière la même difficulté ; ils disent que ce qui assure un lieu à l’orbe suprême, c’est sa position par rapport à la Terre. Mais cette solution est sans valeur ; par rapport à l’orbe suprême, la Terre ne possède nullement les propriétés qui conviennent au lieu ; elle ne contient pas le corps logé, elle ne lui est pas égale, etc. En outre, le mouvement naturel doit être ordonné au lieu et à la nature de ce lieu ; or, d’aucune manière, le mouvëment naturel du Ciel n’est déterminé par la Terre.

(( Aucun corps qui, par lui-même, soit mobile n’a, en soi, son appui fixe ; il lui faut, hors de lui, un corps immobile qui lui fournisse cet appui fixe, comme on le voit au livre Du mouvement des animaux ; mais les orbes célestes ne peuvent trouver en la Terre le principe qui les fixe ; ce serait plutôt l’inverse qui serait vrai ; il faut donc, au nombre des orbes célestes, placer un Ciel immobile, d’où tous les autres tirent leur fixité. ))

Telles sont les raisons qu’invoquaient les partisans de l’hypothèse nouvelle pour la substituer à l’hypothèse d’Aristote et d’Averroès; mais les arguments par lesquels Albert de Saxe a ruiné celle-ci sont tout aussi forts pour renverser celle-là. Le premier Mobile se meut sur place, d’un mouvement de rotation, sans que sa fixité ait besoin d aucun support extrinsèque, que ce support

i. Alberti de Saxonia Quæsliones in libros de Cælo et Mundo; in libr. II, <juæst. VIII.

LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIECLE

soit la Terre ou lEmpyrée ; s’il n’a aucun mouvement de translation, il le doit « à sa nature et à la volonté de Dieu. »

Vers la fin du xiv9 siècle cependant, cette doctrine trouva un défenseur déterminé en la personne du célèbre Pierre d’Ailly.

En une 1 de ses Quatorze questions sur la Sphère de Sacro- Bosco, qui ont eu une si grande vogue et, sur l’enseignement de l’ Astronomie, une si puissante influence, Pierre d’Ailly se demande combien on doit compter d’orbes célestes :

« Au delà des sphères mobiles, il faut probablement poser une sphère immobile. Plusieurs raisons nous en peuvent persuader. Voici la première : On suppose, tout d’abord, qu’un corps qui se meut de mouvement local change de lieu soit dans son ensemble, soit par ses parties... Il en résulte que tout corps qui se meut de mouvement local est en un lieu, faute de quoi il n’en pourrait changer. Ces principes posés, on raisonne de la manière suivante : Par hypothèse, toute sphère mobile se meut de mouvement local ; donc, selon le premier principe, elle change de lieu soit dans son ensemble, soit par ses parties ; donc aussi, selon le second principe, elle est en un lieu ; partant, chacune des sphères mobiles doit être en un lieu ; elle ne saurait y être par la sphère qui lui est inférieure, car le lieu doit entourer le corps logé ; chaque sphère mobile doit donc être logée par une sphère qui lui soit supérieure, en sorte qu’au delà des sphères mobiles, il doit exister une autre sphère qui demeure en repos. »

Cette argumentation montre fort bien, dans l’hypothèse d’un Empyrée nécessairement immobile, l’aboutissant naturel de la théorie péripatéticienne du lieu.

L’opinion que Campanus de Novare et Pierre d’Ailly ont soutenue touchant le lieu de l’Univers mérite au plus haut degré d être remarquée ; en effet, elle est, au fond, identique à celle qu’embrassera Copernic ; celui-ci aussi prendra pour lieu de tous les corps de l’univers, pour terme immuable auquel les mouvements locaux de ces corps sont tous rapportés, une sphère immobile circonscrite au Monde ; seulement celte sphère immobile ne sera plus l’Empyrée ; ce sera le ciel des étoiles inerrantes.

i. Reverendissimi Domini Pétri de Aliaco, Cardinalis et Episcopi Cameracensis, Doctorisque celebratissimi, Quatuordecim quæstiones in Sphæram Johannis de Sacro-Bosco; quæst. II : Utrum sint præcise 9 sphæræ cælestes et non plures nec pauciores.

LE LIEU

Seconde partie. — La théorie du lieu, des condamnations de 1277 à la fin du XIVe siècle.

Page 1