‹ Le système du monde (volume 5)Chapitre 83 sur 176 · Marsile d’Inghen, Op. cil., in lib. IV quæst. III · texte numérisé non relu

Marsile d’Inghen, Op. cil., in lib. IV quæst. III

2. Marsile d’Inguen, Op. cit., in lib. IV quæst. VII : Utrum omne ens sit in loco.

qu'il ait, à chaque instant, une position différente de celle qu’il avait auparavant, cette position étant rapportée à un objet immobile ; ou, du moins, ce corps se comporterait différemment, d’un instant à l’autre, par rapport à un objet immobile, s’il existait un tel objet ; je dis cela pour le cas où I on supposerait que l Univers entier se meut soit d’un mouvement de translation, soit d’un mouvement de rotation. »

On ne peut donc concevoir le mouvement local d’un corps sans concevoir un repère fixe auquel on rapporte à chaque instant la position de ce corps ; mais, pour que le mouvement en question puisse se réaliser, il n’est pas nécessaire que le terme de comparaison, immobile, existe d’une manière actuelle et concrète. Ce principe fondamental, posé dans l’Antiquité par Simplicius, est repris au xiv® siècle par les maîtres parisiens les plus célèbres, par Guillaume d’Ockam, par Walter Burley, par Albert de Saxe, par Marsile d’Inghen.

L’Université de Paris a connu successivement deux maîtres du nom de Jean Buridan.

Le premier était né à Béthune, selon la tradition et, très certainement, dans le diocèse d’Arras ; sa vie ne se prolongea que peu de temps au delà du milieu du xive siècle ; il est le grand philosophe auquel on doit les Questions sur la Physique et les Questions sur la Métaphysique souvent citées au cours du présent ouvrage.

Le second enseignait à Paris vers la fin du xiv6 siècle et dans les premières années du xve siècle. On a de lui un assez grand nombre d’ouvrages que l’on a pris pour œuvre du premier Jean Buridan. Plusieurs des ouvrages de Jean II Buridan ont été imprimés. Telles sont les Quæstiones in libros de Anima et les Quæstiones in parva naturalia, publiées à Paris, en 1 5 1 6 et 1 5 1 8, dans une collection qui comprenait aussi les Questions d’Albert de Saxe sur la Physique et sur le De Cœlo, les Questions de Thémon sur les Météores ; telles sont encore des Questions sur V Ethique et des Questions sur la Politique qui ont eu plusieurs éditions.

Mais de ce Jean II Buridan l’ouvrage le plus original est demeuré inédit ; il se compose de Questions sur les Météores d Aristote 1 .

En cet écrit l’auteur, à l imitation d’Albert de Saxe, étudie à

1. Nous avons consulté ces Questions dans le texte suivant : Questiones super Ires 1 irirnos libros Metlieororum et super majorent partem quarti a Magistro Jo. Buridam; Bibliothèque nationale, fonds latin, ms. n° 1/1723 (Ancien fonds Saint- Victor, ms. n° 712).

DUHEM. - T. VII

LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIV® SIECLE

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plusieurs reprises les petits mouvements que la Terre peut éprouver et les déplacements lents qui en résultent pour les océans et pour la terre ferme. Pour parler logiquement de ces mouvements, il lui faut bien les rapporter à un repère fixe, et ce repère ne saurait être la Terre dont il se propose précisément d’analyser les déplacements. Il prend donc pour terme fixe un Ciel réel ou possible, qui peut être lEmpvrée ou tout autre Ciel ; c’est à ce cælum quiescens qu’il rapporte constamment la position de la Terre et des mers : « Afin d’éviter toute chicane x, comme nombre de parties de la Terre peuvent se mouvoir ou être engendrées, je fais cette hypothèse, qui est véritable ou simplement possible (pono ymaginationem possibilem vel veram), à savoir qu’il existe un Ciel constamment immobile, que ce soit l’Empyrée ou un autre Ciel... »

C’est l emploi de ce Ciel immobile, réel ou fictif, qui permet à Jean II Buridan de formuler des énoncés tels que celui-ci 1 2 : « Si l’on admet que l’Océan recule constamment d’un côté tandis qu’il avance de l’autre, il faut changer sans cesse la position du méridien moyen de la Terre habitable par rapport au Ciel que l’on a supposé immobile (in ordine ad cælum ymaginatum quiescens). »

Un tel emploi d’un Ciel immobile, réel ou simplement, conçu, auquel se peuvent rapporter même les mouvements de la Terre est très exactement conforme aux principes posés par les docteurs les plus éminents de l’École nominaliste, par Guillaume d’Oekam, par Albert de Saxe, par Marsile d’Inghen. Il ne saurait être confondu avec l’opinion qui a été professée par Campanus de Novare, combattue par Duns Scot et Jean le Chanoine, traitée avec dédain par Albert de Saxe, reprise enfin, au temps même où professait Jean II Buridan, par Pierre d’Ailly.

L IMMOBILITÉ DU LIEU ET L IMMUTABILITE DE DlEU. ThOMAS WlL-

ton. François de Meyronnes. Nicolas Bonet. Nicole

Oresme.

Si nous exceptons le philosophe de Béthune, Jean I Buridan, tous les maîtres parisiens dont nous venons d’analyser les écrits

1. Jo. Buridam Questiones in libros Metheororum, in lib. I, quæsl. XXI; ms. cit., fol. 202, col. b.

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