Rogeri Bacon Opus tertium, cap. XI ; éd. cit., pp
4. La plus récente et la meilleure édition de Y Epistola de magnete est celle gui se trouve dans : Neudrucke von Schriften und Karten liber Météorologie und Erdmagnelisinus, herausgegeben von Prof essor Dr G. Hellmann, n° 10, flara magnetica. Berlin, 1896.
L ASTRONOMIE DES SÉCULIERS
Bosco ou Joanncs de Sacro-Busto. Ou l'a souvent identifié au Jean de Londres que Bacon place auprès de Pierre de Maricourt pour former le duo des seuls mathématiciens parfaits qui soient, en 1267, parmi les Latins ; cette identification n’a, d ailleurs, rien de certain. On connaît peu de choses sur ce Joanncs de Sacro-Bosco; les biographes de la Renaissance écrivent, on ne sait sur quel renseignement, qu'il fut docteur de Paris.
Joannes de Sacro -Bosco eut le don de composer des traités élémentaires. Son Algorismits est resté, pendant tout le Moyen Age, le plus usité des manuels d’ Arithmétique ; et, cependant, cet ouvrage fut moins lu, peut-être, que le petit écrit où Jean d’Holywood s etforcait d initier « les novices » aux vérités fondamentales de la Cosmographie et de l’Astronomie. La Sphæra ou le Sp/uericwn opusculum de Joannes de Sacro-Bosco, copié sans relâche, se répandit à profusion dans toutes les écoles ; les manuscrits qui le renferment fourmillent dans les bibliothèques; ce fut le premier traité d'Astronomie reproduit par 1 imprimerie naissante L qui en multiplia les éditions L Au Moyen Age, au temps de la Renaissance, un très grand nombre de traités d’Astronomie reçurent la forme de commentaires à la Sphère ; on composait encore de tels commentaires vers la fin du xvic siècle 3. En plein xvnc siècle, la Sphère de Jean d'Holywood servait encore de manuel d’Astronomie dans certaines écoles d’Allemagne et des Pays-Bas 4.
Cependant, les quatre chapitres qui devaient assurer à leur auteur cette réputation étendue et durable ne formaient qu’un petit traité bien humble, bien pauvre d’idées comme de faits et, pour tout dire, bien médiocre.
Ce que les premiers chapitres enseignaient des mouvements des sphè res célestes n’excédait guère les connaissances astronomiques qu’on peut raisonnablement prêter à Pythagore ; au quatrième
1. Voici le litre de celle première édition : Ioaxxis de Sacro Bosco Anguci V. <;. Spnera (sic) mundi féliciter incipit. Le colophon porte : Impressi Andréas hoc opus cui Francia nomea tradidit : at civis Ferrariensis eço... MCCCCLXXII.
2. Houzeau el Lancaster (Bibliographie générale de l’ Astronomie, Bruxelles, 1887, t. 1. pp. ooG-oro, n"s 1G39-1GG2), énumèrent cent-quarante quatre éditions qui reproduisent, avec ou sans commentaire, le texte latin de la Sphère, de Joannes de Sacro-Bosco. 11 eu existe, en outre, des traductions en Français, en Allemand, en Italien, en Espagnol, en Anglais et même en Hébreu.
.'5. Le commentaire de Giiintini est de 1 •”> 7 8 (Fr. Junctini Florentini, sacræ l lieologiæ doctoris, Comnientaria in Sphæram Joannis de Sacro Bosco accu ratissima ; Lugduni, apud Bhilippum Tinghium, MDLXXVIII).
4- Sphœrn Jouannis de Sacro Busco, in nstim scholarum Uollandiœ et 1 1 'est- Frisicr emendata et illustrala a Franc. Burgersdicio ; Lugduni Batavorum, ex officina Bonaventuræ et Abrahami Klzevier ; 1G2G, 1G39, i6'4i, 1647 et >656.
— Jouannis de Sacro Bosco Libellas de. Sphœra ; accessit comprîtes ccc/esiaslicits... cirrn l'ræfnlione l’mi.im Melanciithoms. YVittcbergæ, 1629.
i,' 'astronomie latine au moyen aoe
chapitre seulement, le système des épicycles et des excentriques était esquissé, mais d’une façon trop sommaire pour être claire.
Au delà de la sphère des étoiles fixes, Joannes de Sacim-Bosco place une neuvième sphère qu’il nomme la sphère du premier mobile ; mais il n’en justifie d’aucune manière l’introduction, car il ne fait pas la moindre allusion au phénomène de la précession des équinoxes.
Une courte allusion à ce phénomène se trouve dans le traité du Calendrier ecclésiastique composé par le même Joannes de Sacro- Bosco *.
« La Grande Année, dit-il, est l’espace du temps au bout duquel toutes les planètes et, en même temps, toutes les étoiles de l’universel firmament reviennent aux places qu elles occupaient à l’origine du Monde. Josèphe en a fait mention en ces termes: .... La Grande Année s’accomplit en six cents cycles annuels. Mais les philosophes ont émis une opinion plus exacte selon laquelle la Grande Année est définie par la somme de 15.000 années ; cette Année-là est celle de l’Univers entier...
» Toutefois, l’année parfaite de l’Univers semble contenir 36.000 révolutions solaires... »
On voit que Joannes de Sacro-Bosco s’en tenait à la détermination de la grandeur de la précession donnée par Ptolémée ; le système proposé par Thâbit ben Kourrah parait lui être demeuré inconnu 2.
Le Computus ecclesiasticus de Joannes de Sacro-Bosco présente, pour nous, cet intérêt particulier qu’il est daté. 11 se termine, en effet, par une pièce de vers où nous lisons :
Tu stabilirc velis opus hoc per temporis ævum M Christi bis G quarto deno quateranno De Sacro Bosco discrcvit tempora ramus.
Cet écrit fut donc composé en 12 ii 3.
1. Joanms de Sacrobusto Libellas de Sphœra. Accessit ejusdein Autoris Computus ecclesiasticus , et alia quædam in studiosorum gratiam édita, cum præfatione Philippi Melanthonis. Libsllus Joannis de Sacrobusto, de anni ratione seu ut vocatur vulgo computus ecclesiasticus. Cum præfatione Philippi Melanthonis, îa/pô. In line : Impressum Vitebergæ, apud Vitum Creutzer. Anno MDXLV.
2. Peut-être Joannes de Sacro-Bosco faisait-il mention de ce système dans un écrit intitulé Theorica planetarum ou Tractai us de numeris planetarum et de rnotibus ejusdein. De ce traité, on signale deux manuscrits qui sont conservés l’un à la Bibliothèque de l’Université d’Oxford et l'autre au British Muséum (Houzeau et Lancaster, Bibliographie générale de l' Astronomie, nos 1 663 et 1 664). Mais, selon A. A. Bjôrnbo, 1 ouvrage que certains manuscrits attribuent à Joannes de Sacro-Bosco sous le titre de Theorica. planetarum , n’est que la Théorie de Gérard de Crémone [A. A. Bjornbô, Walter Bnjtcs Theorica planetarum (Bibliotheca matheniatica, 3te Folge, Bd. VI, iqo5; p. n3, n. 2)].
3. En i55o, Élie Viuet a composé, sur la Sphère de Sacro-Bosco, de courts
LASTHONOJIIK DES SÉcrLlERS
MICHEL SCO!
Jusqu au début «lu \iuc siècle, tous les traités astronomiques que l(*s traducteurs avaient fait connaître aux Latins .s’accordaient à leur présenter le système de Ptolémée comme admis sans conteste aussi bien par les astronomes de l’Islam que par les astronomes grecs. Sans doute, les Libri novem Astronomiat que Geber s’était attribués dérangeaient l'ordre dans lequel l’Astronome de Pcluse avait superposé les sphères des astres errants ; sans doute, le Tract a t as de muta octane sp tuerie, mis sous le nom de Thâbit ben Kourrah, donnait aux étoiles fixes un mouvement d’accès et de recès au lieu du mouvement de précession continuellement dirigé d’Occident en Orient ; mais aucune de ces corrections ne jetait le moindre discrédit sur les agencements d’excentriques et d’épicycles par lesquels Y Ahnageste sauvait les mouvements du Soleil, de la Lune et des cinq planètes. Les astronomes de la Chrétienté latine avaient donc pu donner leur confiance à cette construction astronomique sans qu’aucun soupçon les fît douter de la solidité des hypothèses qui la portent.
Mais voici venir le temps où la Théorie des planètes d’Al Bitrogi va leur être révélée, où ils vont apprendre que des savants se sont rencontrés pour douter du bien- fondé des doctrines de Y Almageste. Au sein de la Scolastique, va se poursuivre la guerre, cpic les Grecs et les Arabes ont déjà connue, entre l’Astronomie de Ptolémée et la Physique d’Aristote.
« La Philosophie d’Aristote », disait Roger Bacon1 en 1207, « a
scholies qui sont joints à certaines éditions de cet ouvrage. Ges éditions sont précédées d’une préface du même Klie Vinet ; dans cette préface, le célèbre érudit saintongeois mentionne la pièce de vers dont nous venons de parler et en conclut que le Computus fut écrit en 1256 ; c’est là une erreur de lecteur ou de copiste. Riccioli, dans la chronique qui se trouve au début de son Alrnagestum. noeum, s’appuie sur l’autorité d’Elie Vinet pour prétendre que la Sphère fut écrite en 1256. Paul Tannery a corrigé ces fausses interprétations [Paul Tannery, Le traité du quadrant de Maître Robert Angles (. Montpellier , XIIIe siècle). Texte latin et ancienne traduction grecque (Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque Nationale, t. XXXV, deuxième partie, 1897, p. 583, en note)].
1 . Fratris Rogeri Bacox, Ordinis Minnrum, Opus majus ad Clementeni quartum, Pontijicem Romanurn, ex MS. Codice Dubliniensi cum aliis quibus dam col lato nunc primum edidit S. Jebb, M. D. ; Loodini, typis Gulielmi Bowycr, MDCCXXXIII ; pp. 36-37. Éd. Bridges, vol. I, p. 55.
DUHEM — T. III. 16
l'astronomie jaune au moyen âge
pris un grand développement chez les Latins lorsque Michel Scot parut, apportant certaines parties des traités mathématiques et physiques d’Aristote et de ses savants commentateurs. »
Parmi les traductions que les manuscrits attribuent à Michel Scot1 2, se trouve, en particulier, la traduction du De 6, vio et, Mundo d’Aristote et du commentaire d’Averroès sur cet écrit.
Une seule® de ces traductions est datée ; maisellc l'est avec une précision singulière : « Translatas est a Magistro Michacle Scoto, Tholeti, in 18° die Veneris Augusti , ho va tertia, anno incarnationis Christi MCCXV1I. » Cette traduction, faite à Tolède en 1217, est celle de Y Astrologie d’Al Bitrogi, quelle nomme Avcnalpelr ardus , transcription du titre d’Ibn al Bitrogi que l’auteur se donne à la fin de son ouvrage.
Ces traductions du De Cælo d’Aristote, du Commentaire d’Averroès, de la Théorie du mouvement des planètes d’Al Bitrogi allaient répandre, au sein de la Scolastique occidentale, la doctrine des sphères homocen triques.
A ce moment, les « Latins » selon le mot par lequel Boger Bacon et nombre de ses contemporains désignent les membres' (te la Chrétienté d’Occident, se trouvent aux prises avec deux dilemmes, dont l’un concerne la Métaphysique et l’autre l’Astronomie.
En Métaphysique, faut-il accepter comme véritable le grandiose enseignement cl’Aristote et de ses commentateurs, péripatéticiens ou néo-platoniciens, hellènes, arabes, ou juifs? Faut-il, au contraire, tenir fermement pour la doctrine catholique qui, de cet enseignement j condamne nombre de dogmes essentiels ?
En Astronomie, faut-il recevoir les principes si logiquement coordonnés, si solidement agencés de la Physique péripaticienne, principes qui nous obligent à n’attribuer aux corps célestes que des mouvements circulaires, uniformes et concentriques àla Terre? Faut- il, au contraire, ajouter foi au témoignage des sens aidés des instruments astronomiques, qui nous montre la variation du dia-
1 . Sur Michel Scot, voir : Aimable Jourdain, Recherches critiques sur l'àge et l’origine des traductions latines d’Aristote et sur les commentaires grecs ou arabes employés par les docteurs scholastiques ; Paris, i8iq ; pp. i 3o-i/j i . — Ernest Renan, Averroès et l’Averroïsme, essai historique Paris, 1802, pp. 162-166
2. Bibliothèque Nationale, fonds latin, no i6654; autrefois, fonds Sorbonne, no 1820; Cf.: Amable Jourdain, Op. cit., p. 1 3g. — La Bibliothèque nationale possède un autre exemplaire (fonds latin, n° 7899) de la même traduction ; celui-ci porte les mêmes indications, avec la date de 1255 ; cette date équivaut, en l’ère espagnole, à la date de 1217 de l’ère chrétienne ; le début de ce manuscrit est reproduit par Amable Jourdain, Op. cit., pp. 508-009.
L ASTRONOMIE DES SÉCULIERS
mètre apparent de certains astres, qui nous fait observer, au même point du Zodiaque, des éclipses de Soleil tantôt totales et tantôt annulaires, qui, partant, nous contraint de conclure que le Soleil, la Lune et les planètes ne sont pas toujours à la même distance de la Terre ?
Ainsi la Doctrine catholique, d’une part, et, d’autre part, la Science expérimentale, que représentait alors le système de Ptolémée, allaient avoir, toutes deux, à livrer bataille ; de l’une et de l autre, 1 adversaire était le même ; c’était le parti d’Aristote et de ceux qui l'ont suivi, « Aristoteles et ejus sequaces », selon l’expression qu’ employait volontiers Guillaume d’Auvergne ; c’était, comme on disait encore, le parti des Philosophes, des Physiciens [Naturelles).
Comme elles avaient à lutter contre un même ennemi, la Science expérimentale et la Doctrine catholique allaient se trouver, de fait, alliées l’une de l’autre ; chacune d’elles, en bataillant pour ellemême, allait venir en aide à la querelle de l’autre ; bien souvent, d’ailleurs, les mêmes hommes devaient commander alternativement la charge contre la Philosophie gréco-arabe sur les deux champs qu’elle prétendait envahir.
Pour la clarté de l’exposition, il nous faudra mener séparément les récits de ces deux batailles dont, pendant un siècle, les diverses péripéties se trouvèrent entremêlées d’une façon si intime. Dans la troisième partie et dans la quatrième partie de cet ouvrage, nous conterons quels assauts la Scolastique latine lança contre la Métaphysique gréco-arabe. Nous allons consacrer le reste de cette seconde partie à montrer comment l’Astronomie de Ptolémée parvint à triompher du système des sphères homocentriques que la Théorie îles planètes d’Al Bitrogi, traduite par Michel Scot, avait révélée aux Chrétiens d’Occident.
Les propres écrits de Michel Scot étaient également destinés à favoriser la diffusion de cette doctrine.
Lorsqu’il traite, dans son ouvrage sur les Météores , de la théorie de l’arc-en-ciel, Albert le Grand expose 1 et rejette l’opinion que Nicolas le Péripaticien avait émise en ses Questions ; à sa critique, il ajoute ces sévères paroles : « Dans le livre qui a pour titre : Questions de Nicolas le Péripatéticien, il y a des affirmations honteuses ( fœda dicta) ; aussi ai-je coutume de prétendre que ce livre n’est pas l’œuvre de Nicolas, mais celle de Michel Scot ; et cclui-
i . Alberti Magni Metheoronun liber III ; tractatus IV : De coronis et iride quæ apparent in nubibus : cap. XXVI : Et est digressio declarans sculeutiain Avicennæ, et Algazelis, etNicolai Peripntetici de iride.
2 il l’astronomie LATINE At) MOYEN AGE
ci, à dire vrai, n’a jamais su la Physique ni bien compris les livres d’Aristote ».
De même qu’ Albert le Grand a cité les Quæsliones de Nicolas le Péripatéticien à propos de la théorie de l’arc-en-ciel, de même Pierre d’Abano invoque 1 les Problemata de Nicolas le Péripatéticien à propos de la nature des éléments. Or les propos de Pierre d’Abano paraissent bien apporter la preuve de l’accusation formulée par Albert le Grand.
Le Médecin padoüan nous apprend, en effet, qu’au gré de Nicolas le Péripatéticien, l’air n’est chaud que d’une manière tempérée, tandis qu’il est humide au plus haut degré, parce que l’humidité lui est substantielle ; de même le froid est substantiel à l’eau, la sécheresse à la terre, la chaleur au feu.
Après avoir exposé cette opinion, Pierre d’Abano discute si « la qualité qui est, à titre principal, appropriée à un élément, en est la forme substantielle, comme Nicolas le Péripatéticien le paraît croire. »
Or cette doctrine qui nous est donnée comme propre à Nicolas le Péripatéticien, nous la reconnaissons, très explicitement formulée, dans un ouvrage de Michel Scot, dans ces Questions sur la Sphère de Joannes de Sacro-Bosco que nous allons analyser tout à l’heure.
« Remarquez, dit Michel2, que tout élément a deux qualités dont une est essentielle et l’autre accidentelle. Ainsi, dans le feu, la dhaleur est la qualité essentielle, tandis que la sécheresse est la qualité accidentelle. Dans l’air, l’humidité est essentielle et la chaleur accidentelle. Dans l’eau, le froid est essentiel et l’humidité accidentelle. Dans la terre, enfin, la sécheresse est essentielle et le froid est accidentel.
» En outre, dans certains éléments, la qualité accidentelle est plus manifeste que la qualité essentielle ; ainsi, dans l’eau, l’humidité est plus manifeste que le froid. »
N’est-il pas évident, maintenant, que ce sont ses propres pensées que Michel Scot a tenté de faire passer, comme Albert le Grand l’en accuse, sous l'autorité de Nicolas le Péripatéticien?
Le xm° siècle possédait donc des Questions ou Problèmes portant sur les sujets qu’Aristote avait traités dans ses MsTewpoXoytxà; Michel Scot, sans doute, avait mis ces Questions en circulation, en
r . Pétri de Abano Patavini Conciliator diff'erentiarum philosophorum et rnedicorum ; differenlia XIII.
2. Michaelis Scoti Quæstiones saper Auctorem sphœrce. Au commentaire du passage qui débute par ces mots : Universalis Mundi machina.
l’astronomie DES SÉCULIERS
les présentant comme la traduction d’un écrit de Nicolas de Damas ; mais, si nous en croyons Albert le Grand, ces Que* lion s étaient l’œuvre, fort médiocre, de Michel Scot.
Ces Questions sont aujourd’hui perdues.
Toutefois, dans un manuscrit delà Bibliothèque Nationale \ Barthélemy Hauréau a découvert* un fragment qui a pour titre : Extraits du livre de Nicolas le Péripaléticien. — lire sunt extrada de libro Nicholai perypalelici. Ce fragment, dit Renani. * 3 4, « olFre la plus frappante analogie avec une digression <lu commentaire d’Averroès sur le XII0 livre de la Métaphysique , digression qui forme souvent dans les manuscrits un opuscule séparé, et dont les premiers mots sont : Sermo de quæstionibus quas dccepimus a Nicolao, et nos dicemus in his secundum nostrum passe. Ces mots ont disparu dans les éditions imprimées ».
Or cet extrait des Questions de Nicolas le Péripatétieicn se réduit à ceci*:
« Je dis que le temps est la mesure ou quantité du mouvement, en tant qu’il a un avant et un après. Le mouvement, en effet, est, comme le corps, au nombre des continus ; il faut donc que le mouvement, comme le corps, ait une certaine grandeur; c’est cette grandeur qu’on appelle temps ou durée. A ce sujet, la doctrine d Aristote diffère de celle de Platon. Aristote, en effet, en sa qualité de physicien, commence, comme la nature, par les choses les plus humbles ; Platon, à la manière de Dieu, commença par les choses les plus puissantes; ce fut, en effet, un théologien; il imite le Seigneur qui a pris, pour commencer, la création la plus forte et la plus noble, la création des anges et des intelligences.
» Tout ciel est sphérique et tout corps sphérique est parfait ; tout ciel est donc parfait ; mais aucun être parfait n’a besoin ( indi get ) de mouvement ; aucun ciel n’a donc besoin de mouvement. Mais les parties de ce ciel voient les biens qu’elles n’ont pas ; elles sentent que ces biens leur manquent ; alors elles se mettent en mouvement en vue d’acquérir ces biens qu’elles n’ont pas. Or le rapport que le tout a avec le tout, la partie l’a à l’égard de la partie. Notre salut s’accomplit donc dans le repos, tandis que le ciel atteint sa fin par le mouvement de scs parties ; et c’est là ce que dit Averroès. »
i. Bibl. Nat , fonds latin, ms. 16080, fol. 1 53, v».
2 Barthélémy Hauréau, De la philosophie scolastique, t. I, pp. 47° seqq.