Hain, Repertorium biblioffra/thicurn, n
4- Bhunet, Guide du libraire et de l’amateur de livres, 5e édition, i80i, I. II, col. 425.
l’initiation des barbares
Honoré le Solitaire est suivie de ces mots : Prologm de imagine mundi. Honorius.
Une seconde édition de notre écrit se trouve en la première édition des œuvres de Saint Anselme U Cet ouvrage, intitulé : Opéra et tract a tus beati Anselmi archiepiscopi Cantuariensis ordinis sancti Benedicti, a été donné : Anno Chris ti, MCCCCLXXXXI, die vero vicesima Martii , N urenberge per Caspar Hochfeder. L’auteur du De imagine Mundi y est nommé Honorius inciusus.
Le De imagine mundi se trouve encore en un livre 2 intitulé Opuscula beati Anselmi archiepiscopi cantuariensis ordinis sancti Benedicti. Ce livre, qu’on regarde comme l’édition princeps des opuscules de Saint Anselme, ne porte aucune indication typographique. 11 paraît avoir été imprimé à Bâle, en 1497, par Jean Amerbach
Dans ce livre, V Imago mundi est ainsi annoncée : Liber primus ijui imago mundi dicitur : gui a g uibusdam beato Anselmo : ab aliis Honorio Incluso ascribitur : incipit.
C’est seulement en 1544 qu’une édition des œuvres d’Honoré d’Autun, donnée à Bâle *, attribua le De imagine mundi au Scolastique de l'Eglise d’Autun. Cette attribution a été reproduite dans une nouvelle édition des œuvres d’Honoré d’Autun donnée à Spire, en 1583, chez Jean Hérold ; elle a été conservée dans la Bibliotheca ce te non Patrum imprimée à Cologne, dans ceUe qui a été composée à Lyon, dans Y Histoire littéraire de la France , dans la Patrologia latina de Migne.
Si l’on était tenté de concéder quelque autorité à ces attributions qui, depuis 1544, s’accordent à faire du De imagine mundi une œuvre d’Honoré d'Autun, une remarque suffirait à ruiner cette autorité : Toutes les éditions dont nous venons de parler attribuent également à Honoré d’Autun un traité intitulé : De philosophia mundi libri quatuor ; or nous verrons que ce traité est certainement de Guillaume de Couches.
Nous citerons le De imag ine mundi d'après deux textes ; l’un de ces textes est celui de l’édition princeps des Opuscula de Saint Anselme ; l’autre est celui que donne, dans le volume consacré à Honoré d’Autun, la Palrologie latine de Migne ; ce dernier est,
i. Hain, Repertorium bibliographicurn, n<’ 1 1 34 — Pei.lbchet, Catalogue des incunables des Bibliothèques de France. n° 797.
■1. Hain, Repertoriu/n bibliographicurn , n° 1 1 36 — Pellbchet, Catalogue des incunables des bibliothèques de France, n° 79g.
3. D. Bernardus Pez, Thésaurus Anecdol . noviss., Disserlatio isagogica in tom. II, p . IV. Cf : Honorii Augustodunensis Opéra nccurante Migne (Patrologiœ latinœ tom us CLXXII), pp. 2g-3o.
4- Par les soins de Jean Hérold, chez les héritiers de Cratander,
l’astronomie LATINE AL MOYEN AGE
d’ailleurs, la reproduction du texte attribué au même auteur par la Bibliotheca maxima Patvum ; cette double citation est indispensable, parce que la division en chapitres est toute différente en ces deux textes.
Des trois personnages auxquels le De imagine mundi a été attribué, est-il possible de dire quel est le véritable auteur de cet ouvrage ?
Pour répondre à cette question, nous aurions un document précieux si nous connaissions la date du De imagine Mundi. Cette date, quelques historiens ont cru pouvoir la déduire de ce qui est dit en un certain chapitre 1 de cet ouvrage ; voici ce chapitre :
« Ad inveniendum Domini annum , ordines indictionum ab incarnatione ejus , qui sunt LA X, per XV multiplica , addens XII, quia très indiction.es annum nativitatis Christi præcesserant, et fiunt mille CXX. His adde indictionem præsentis anni et habebis annum Domini. »
Malheureusement, ce texte, d'où 1 on prétend tirer la date du De imagine mundi , est absolument incohérent et ne parait susceptible d’aucune interprétation raisonnable.
Remarquons, tout d’abord, qu’il est affecté de nombreuses variantes.
L’édition princeps des Opuscula de Saint Anselme écrit quinqve au lieu de XV ; l’erreur est manifeste ; une période d’indiction comprend quinze ans et non cinq ans ; l’auteur le sait fort bien et le dit quelques lignes plus bas.
Le nombre LXX qui se lit en un manuscrit du xue siècle et dans la plupart des éditions, est remplacé par LX dans une de celles-ci2.
Enfin, au lieu de mille CXX, la Patrologie de Migne écrit, nous ne savons sur quelle autorité, mille viginti.
Mais les difficultés ne s’arrêtent pas là.
Ordinairement, on compte les indictions de l’an 312 après J.-C. Notre auteur les fait commencer trois ans avant J.-C. il le dit formellement lorsqu'il résout le problème, inverse du précédent3 : Trouver l’indiction lorsque le chiffre de l’année, compté à partir de J.-C., est connu.
Mais alors, ce n’est pas le numéro d'ordre de la période indic-
i De imatjine mundi lib. II. Ap. Opusc., cap. XXIII : Ad inveniendum annum Domini . . — Ap. Patrol. , cap. XCIII : De annis Domini ; col. 161.
2. L’édition donnée en 1472, à Nüremberg, par Ant. hoburger. Lf. : Patrol.,
col . 161, en note. „ .
3. De imagine mundi lib. II. Ap. Opiiscul (*ap. XXIII : Ad inveniendum annum Domini... — Ap. Patrol., Cap. XCIV : De indictione invenienda ;
l'initiation pES HAUllAlltfS
tionnelle depuis l’Incarnation de J.-C. (c’est-à-dire le numéro d’ordre depuis l’origine admise par notre auteur, diminué d’une unité) qui doit figurer dans le calcul dont il trace la règle ; c est ce numéro diminué d’une unité ; la première période indic tionnelle depuis 1 Incarnation, qui est la seconde depuis 1 origine des indictions, a, en effet, commencé avec l’an XIII.
Si 1 on fait le calcul prescrit par l’auteur, selon que l’on prend le nombre 60 ou le nombre 70 pour le multiplier par 15, l’opération indiquée donne 912 ou 1062. En faisant subir à cette opération la correction que nous venons de signaler, on trouverait 897 ou 1047. En aucun cas on ne trouverait ni le nombre 1020, ni le nombre 1 120.
Roger Wilmans a proposé 1 une interprétation de ce calcul ; il a trouvé qu on le rendait exact en mettant le nombre 74 au lieu du nombre 70 ou du nombre 60, et le nombre 1122 au lieu du nombre 1120. 11 en conclu que le De Imagine mundi avait été rédigé entre 1122 et 1137. Mais est-il permis de regarder comme légitime une correction aussi arbitraire? Ne vaut-il pas mieux reconnaître simplement que le passage considéré est trop corrompu, trop variable d’une leçon à l’autre, pour que nous puissions en tirer la date de composition du De imagine mundi ?
Dans beaucoup d’éditions, cet écrit se compose seulement de deux livres ; c’est ce qui a lieu, notamment, dans l’édition princeps des Opmcula de Saint Anselme. Dans d’autres éditions, dans celle, notamment, qu’a reproduite la Patrologie de Migne, un troisième livre y est joint, qui développe une chronologie universelle ; cette chronologie se termine par la durée des règnes de Lothaire II et de Conrad III ; des additions ultérieures l’ont prolongée. Si l’on observe que Conrad III est mort en 1152, on serait amené à reporter après cette date la composition du De imagine mundi.
Mais il est infiniment probable que l’auteur du De imagine mundi avait rédigé seulement les deux premiers livres ; le troisième livre y aura été joint, après coup, par quelque autre écrivain ; le début même de ce troisième livre semble justifier cette supposition : « fine me parait pas infructueux d'insérer dans cet ouvrage la série des temps écoulés... », dit le chronologiste.
Pour choisir, donc, entre les auteurs supposés du De imagine mundi , il nous faut renoncer au secours d’une date précise.
Il semble que l’attribution de cet ouvrage à Saint Anselme soit chose peu vraisemblable, et voici pourquoi.
i. Rogerus Wilmans, Proœmium ad Hnnorium (Monum . flerrn . hist., X, p. ia[>, nota y) — (If. : Pat roi,, col. 1O1, en noie.
Les renseignements géographiques que contient le premier livre du De imagine mundi sont extraits, pour la plupart, des Etymologies d’Isidore de Séville; quelques modifications, cependant, y ont été introduites ; il en est de malheureuses. Isidore, par exemple, enseignait1 que « le Pô, fleuve d’Italie, coule des sommets des Alpes » ; le De imagine mundi veut, au contraire4, que le Pô sorte des Apennins. Est-il sensé d’attribuer cette erreur à Saint Anselme, qui est né à Aoste ?
En revanche, Isidore de Séville n’avait fait aucune allusion à la Grande Bretagne ni aux pays septentrionaux ; l’auteur du De imagine mundi prend soin, sur ce point, de compléter l’auteur espagnol ; ses indications méritent d’être rapportées : « A l’ouest de l’Espagne >>, dit-il®, « au milieu de l'Océan, on trouve les îles suivantes : La Bretagne ; Anglia ( Anglesey ) ; l’Hibernie ; Thanatis ( Thanel ) dont la terre, en quelque pays qu’on la transporte, détruit les serpents ; les îles en lesquelles se fait le solstice ; les vingt-trois Orcades ; la Scotie ; Thyle, dont les arbres ne perdent jamais leur feuilles, où le jour est continuel pendant les six mois d’été et la nuit continuelle pendant les six mois d’hiver ; au delà de cette île, vers le nord, s’étend la mer congelée et le froid y est perpétuel ».
Ne semble-t-il pas que cette addition émane d’un auteur qui habite la Bretagne? Ne porte-t-elle pas à attribuer le De imagine mundi à cet Honorius Inclusus qui, au dire de Trittenheim, était un bénédictin breton?
Un autre passage semble s’accorder avec cette supposition. Le chapitre consacré aux îles4 se termine ainsi :
« Il y a, en outre, une île de l’Océan qu’on nomme l’Ile perdue ; par la douceur de son climat, par sa fertilité en toutes choses, elle surpasse de beaucoup toutes les autres ; inconnue des hommes, elle fut, un jour, découverte par hasard ; mais ensuite, lorsqu’on l’a cherchée, on ne l’a plus retrouvée; c’est à cette île, dit-on, qu’aborda Brendanus. »
N’est-elle pas d’un Breton, cette allusion aux légendaires voyages de Saint Brendan ?
C’est, du reste, à Honorius Inclusus ou à Honorius Solitarius que
1. Isidori Hispalensis episcopï Etymologiarum lib. XIII, cap. XXI : De fluminibus .
2. De imagine mundi lib. I; apud Opuse., Cap. XVIII: De Europa. — Ap. Patrol., Cap. XXVIII: Deltalia... ; col 129.
3. De imagine mundi lib. I; ap. Opusc., Cap. XVIII : De Europa. — Ap. Patrol., Cap. XXXI ; De Britaonia . ; col. i3o.
4- De imagine mundi lib. I ; ap. Opuse , Cap. XX : De insuüs. — Ap. Patrol., Cap. XXXVI, coll. 1 32-i 33,
l’initiation des barbares
cet écrit est, en général, attribué dans les éditions antérieures à la Bibliotheca veterum Patrum, qui l’a donné sous le nom d’Honoré d Autun. Dans cette édition même, le De imagine mundi est précédé d une lettre par laquelle un certain Christianus sollicite les enseignements d Honoré le Solitaire , et d’une autre lettre par laquelle Honoré dédie son traité à ce Christianus.
Une seule raison est invoquée pour attribuer ce petit écrit cosmographique à Honoré d’Autun. Cet auteur a compilé et complété une série de courtes notices biographiques et bibliographiques sur les écrivains chrétiens; cet ouvrage, il l’a intitulé : De luminaribus Ecclesiæ site de Scriptoribus ecclesiasticis libelli IV. Or, le dernier chapitre du quatrième livre est consacré 1 à « Honoré, prêtre et scolastique de l’Église d’Autun » 2 ; les écrits d’Honoré y sont énumérés ; parmi ceux-ci, on trouve un traité nommé : Imago mundi de dispositione orbis.
Cet argument serait de grande importance si le dernier chapitre du De luminaribus Ecclesiæ était l’œuvre d’Honoré ; mais la plupart de ceux qui se sont occupés du Scolastique d’Autun s’accordent3 à considérer ce chapitre comme une addition faite au De luminaribus Ecclesiæ après la mort de l’auteur ; dans une semblable addition, une confusion a fort bien pu se produire ; un écrit d'Honorius Inclusus ou Solitarius a fort bien pu être attribué à Honoré, prêtre et scolastique de l’Église d’Autun.
La confiance en l’authenticité de ce dernier chapitre du De luminaribus Ecclesiæ , partant l’attribution à Honoré d’Autun de tous les ouvrages qui y sont énumérés, est, au contraire, l’une des hypothèses fondamentales qui portent tout le système récemment développé, au sujet d’Honorius Augustodunensis, par M. J. A. Endres L
Le second postulat invoqué pour l’édification de ce système, c’est qu’Honorius était Allemand. Plusieurs historiens allemands l’ayant affirmé, sans en apporter d’ailleurs la moindre preuve, il ne vient pas à l’esprit de M. Endres que ce point puisse être révoqué en doute5.
1. Honorii Augustodunensis Operu ornnia accuraute Mi g; ne ( Patrologiœ latinœ tonius CLXXII), coll. 232-234
2. « Honorius , presbgter et scholasticus ecclesiæ Augustodunensis . » Autun est la seule ville qui se soit, au cours de l’Histoire, appelée Augustodunum.
3. C’est, notamment, l’opinion adoptée par J. von Relie [ Uniersuchungen über nicht nachweisbaren Honorius Augustodunensis ecclesiae presbiter et scholasticus und die ih/n zugeschriebenen Werke ( Wiener Sitzungsberichte, Bd. GLU, Abt. II, pp. 2G seqq., 1905)].
4- Dr. Jos. Ant. Kndhes, Honorius Augustodunensis. Beitrag zur Geschichte des geistigen Lebens in 12 Jahrhundert . lvempten et Munich, 1906 ; p. 9 et p. pz.
f. Endres, Op. laud., p. 1.
L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE
Le premier postulat entraîne cette conséquence que le De imagine rnundi est Lien l’œuvre de cet Honorius Augustodunensis.
La description de la partie centrale de l’Europe qui figure au De imagine rnundi est un extrait un peu abrégé et à peine modifié du Chapitre IV du XIVe livre des Étymologies d’Isidore de Séville; on y trouve, toutefois, une petite addition ; parmi les provinces allemandes, la Bavière est nommée avec cette mention : « En laquelle se trouve la ville de Ratisbonne ». Puisque Ratisbonne est la seule ville1 allemande nommée par Honorius, qui était Allemand d’après le second postulat, c’est qu’Honorius vivait à Ratisbonne ; c’est, du moins, ce qu’a supposé Doberentz et ce que M. Endres admet après lui2.
Mais à quelle époque Honorius vivait-il à Ratisbonne ?
Le De imagine Mundi est précédé de deux lettres, l’une d’un certain Chrislianus au Solitaire qui en est l’auteur, l’autre du Solitaire à Chrislianus. L’ Exposilio totius Psalterii , que le dernier chapitre du De luminarihus Ecclesiæ dit être d’Honorius, et que les manuscrits attribuent simplement à un solitaire ( solilarius ) ou à un religieux (vir religiosus), est également dédié à un abbé nommé Chrislianus. Or, il se trouve qu’un certain Christian était, de 1133 à 1153, abbé de Saint Jacques à Ratisbonne. Ce Christian ne peut être, pour M. Endres, que l’aini auquel notre solitaire a dédié le De imagine mundi et Y Exposilio Psallerii3 ; nous connaissons, du même coup, le temps où Honorius vivait à Ratisbonne.
Mais comment ce religieux, ce reclus de Ratisbonne nous dit-il, dans ce dernier chapitre du De luminarihus Ecclesiæ, dont l’authenticité est l’une des hypothèses fondamentales du système, qu’il était « Augustodunensis ecclesiæ preshyter et scholasticus » ? L’explication en est toute simple, pour M. Endres4; Honorius, qui a eu l’humilité de donner ses principales œuvres sous le seul nom
1. Certains manuscrits nomment aussi la ville de Wurtzbourg (Endres, Op. laud., p . 4) •
2. Endres, Op . laud., p. 3 — On pourrait objecter que, dans la rédaction primitive, aucune ville de Davière n’était nommée, et que le nom de Ratisbonne a été ajouté par un copiste qui vivait en cette ville, comme le nom de Wurtzbourg l a été dans d’autres manuscrits.