CAMPANUS DE NOVARE
Campanus, auquel les éditeurs de ses œuvres ont souvent, on ne sait pour quelle cause, attribué le prénom de Jean est demeuré longtemps célèbre pour avoir composé un commentaire sur les Éléments d’Euclide ; la mauvaise traduction sur laquelle ce commentaire fut fait n’était pas, d’ailleurs, l’œuvre de Campanus, mais celle d’Adélard de Bath ; divers manuscrits l’affirment : Euclidis Elément orum libri XV ex arabica in latinum ab Adelardo Gotho Dathoniensi conversi, cum commentario magistri Compara Novariensis.
De la vie de Campanus de Novare, nous savons peu de choses. En 1267, Bacon le met * au rang des bons mathématiciens, sinon des parfaits ; il le signale à ce titre au pape Clément IV. Mais nous savons que Campanus de Novare était déjà connu et apprécié du prédécesseur de Clément IV. Le document important qui nous renseigne à cet égard, est une lettre adressée par notre mathématicien au pape Urbain IV.
Cette lettre, découverte dans la Bibliothèque Ambrosienne par le bibliothécaire milanais Oltrocchi, fut communiquée par lui à Tiraboschi, qui l’inséra dans son Histoire de. la littérature italienne.
1. Dacnou, Notice sur Campanus de Novare, mathématicien ( Histoire littéraire de la France, t. XXI, 1847, pp. 248-254).
2. Frathis Rogeri Bacon Opus tertium, Cap. XI; éd. Brewer, Londres, i85y ; p. 35.
l’ ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE
La Bibliothèque Nationale possède une copie manuscrite assez peu correcte, de cette lettre ; cette copie, qui provient de l'ancienne abbaye de Saint-Victor, nous a fourni le texte que nous avons étudié.
La lettre de Campanus commence en ces termes : « Clcmcnlissimo pain ac piissimo domino , unico mundane pressure solacio , Domino Urbano quarto , eleclione divina Sancte Romane Ecclesie summo pontifici , Campanus Nocariensis , sue dignacionis servus inutilis, beatorum pedum osculum cumquapolest reverentia ».
La lettre de Campanus à Urbain IV est un document précieux.
Tout d’abord, comme Urbain IV a occupé la chaire de Saint- Pierre pendant moins de quatre ans (1261-1263), elle se trouve assez étroitement datée.
Elle va, en outre, nous apprendre que ce pape avait nus Campanus au nombre de ses chapelains.
Elle commence par un éloge 2 du gouvernement <1 Urbain I\ , sous ce gouvernement, dans toute l’Église, « la charité brûle a l’intérieur, la piété brille à l'extérieur, la science rayonne de toutes parts ».
Insensiblement, cet éloge se transforme en une satire 3 du luxe fastueux auquel se complaisait Alexandre IV, le prédécesseui d’Urbain IV :
« Père, vous avez tiré de sa poussière la Philosophie que le secours de nos prélats avait délaissée et qui avait accoutumé de pleurer en une misère de mendiante. A 1 aspect de votre Sérénité, elle a relevé le front, elle s’est redressée, tandis que jusqu’ici, sa pauvreté domestique l’avait obligée à se couvrir la tête du manteau de la honte ; le flanc amaigri, elle préférait demeurer à l'écart, faible et pudique, que de se mêler impudemment aux opulents festins des courtisans. On ne l'y invitait qu’à la façon dont on invite les histrions, pour faire rire ceux qu’on regardait vraiment comme de la maison, et pour qu’ils la tournassent en ridicule, elle à qui il appartient de former les mœurs et d’imposer une mesure à la vie des hommes ».
11 n’en est plus de même à la table d’Urbain IV ; la Philosophie vient s’y asseoir avec joie, car elle n’est plus traitée en étrangère.
n» i5.i2‘2 ; fol. 17b r° à fol. 17», soins de Léopold Delisle, porte