Vide supra, pp
5. Alberti Magni De causis prnpriètatiun ele/ncntaruin liber primas, tract. I, cap. III.
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mouvements attribués aux étoiles fixes ; un peu plus longuement qu’aux Sentences , il insiste sur le système de Thâbit ben Kourrah.
Après avoir parlé de la précession continue des équinoxes qu’admettait Ptolémée, après avoir exposé, comme nous l’avons rapporté dans un précédent chapitre *, l’opinion professée par « les auteurs du livre Altasimec, c’est-à-dire De imagine signorum », Albert ajoute : « Mais, maintenant, ce mouvement a été plus exactement étudié par Thébit benCora; celui-ci a déclaré que l’accès et le recès étaient égaux entre eux ; il a placé sur l’équateur le centre [de chacun des cercles décrits par le Bélier et la Balance] ; il en a fixé le rayon à 9° à peu près, et il a dit que le mouvement de ce cercle était de 1° en 80 ans ; Albatégni et les plus habiles astronomes sont d’accord avec lui ».
Cette hypothèse, si sommairement indiquée, et si faussement attribuée à Al Battani, doit-elle, dans la pensée d’Albert, supplanter celle de Ptolémée ? Doit-elle, au contraire, se composer avec elle, de telle sorte que la huitième sphère soit soumise à un double mouvement de précession et de trépidation? La lecture du commentaire au traité De causis proprietatum elementorum ne permet guère de donner une réponse ferme à ces questions. Mais, auparavant, Albert y avait répondu dans son commentaire au De cælo et dans son commentaire à la Métaphysique.
Au traité De Cælo et Mundo , le célèbre Dominicain se prononce d’une manière fort nette 1 2.
Le principe qu’il formule est le suivant : « Le premier moteur, qui est un et simple, ne peut, en ce qu’il meut, produire autre chose qu’un mouvement unique ; d'où cette conséquence : si le mouvement d’un mobile n’est pas un et simple, ce mobile ne peut être le premier corps mû par le premier moteur.
» Or, dans la sphère des étoiles fixes, on a reconnu l’existence de trois mouvements. Le premier est le mouvement diurne qui s’effectue d’Orient en Occident sur les pôles du Monde, et qui est complet en vingt-quatre heures. Le second est le mouvement que les étoiles fixes font de l’Occident vers l’Orient ; il est d’un degré tous les cent ans, et s’achève en trente-six mille ans. Le troisième est le mouvement d’accès et de recès qui parcourt un degré en quatre-vingts ans, selon Aristote. Aristote, en effet, à la fin du premier livre De causis elementorum proprietatum , fait mention
1. Voir : Première partie, chapitre XII, § VI, t. II, pp. 228-229.
2. Albertj Magni De Cælo et Mundo liber U, tract. III, cap. XI : De ordine sphærarum et motibus earuru, in quo est digressio de numéro sphærarum et ordine et causa quare superiores sunt tardiores inferioribus.
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de ces trois mouvements de la sphère des étoiles fixes. La sphère des étoiles fixes n’est donc pas le premier mobile. La raison qui vient d en être donnée a une très grande force auprès de quiconque sait bien la Science physique.
» On a donc reconnu trois mouvements en la sphère des étoiles fixes , partant, avant ce ciel, il faut qu’il y en ait un autre qui soit mû seulement de deux mouvements... Ainsi, il y aura dix sphères; la première de ces sphères possède le mouvement diurne ; la seconde se nomme le cercle des signes dénués d'étoiles ou encore, ce qui est plus exact, le premier cercle oblique; cette sphère a deux mouvements; l’un est le mouvement diurne, d’Orient en Occident; l’autre est un mouvement oblique, d’Occident en Orient, très lent, qui parcourt un degré en cent ans, »
Les passages déjà sont fort clairs; cependant, au traité sur le De Cæ/o, une certaine confusion vient, parfois, en troubler la doctrine, car, à l’exemple de Masciallah, dont il cite l’opuscule, le savant Dominicain veut que Ptolémée ait imaginé une sphère sans étoile chargée de présider à tous les mouvements qui se font d’Occident en Orient parallèlement à l écliptique. Nous avons vu comment, dans son Ecrit sur tes Sentences , notre auteur avait admis cette interprétation.
Mais si nous voulons apercevoir en une parfaite clarté la pensée que nous venons d’entendre s’affirmer au De Cælo , il nous suffira d’ouvrir le commentaire d’Albert le Grand sur la Métaphysique d’Aristote.
« Il est, nous dit Albert *, une autre opinion que suivent presque tous les modernes ; c’est celle de Ptolémée, qui l’a complétée en démontrant les équations ; quelques astronomes y ont ajouté, mais fort peu de chose ; cette addition ne concerne que le mouvement du huitième ciel, nommé ciel des étoiles fixes.
» Cette opinion suppose l’existence d’excentriques, d’épicycles et de divers centres; elle admet, en somme, cinquante mouvements.
» Parmi ces mouvements, il y en a trois pour la huitième sphère. Le premier est le mouvement diurne. Le second est le mouvement qui entraîne les signes du Zodiaque et les étoiles, d’Occident en Orient, d’un degré en cent ans. Le troisième est celui que Thébith a découvert et qu’on nomme mouvement d’accès et de recès; il meut les têtes du Bélier et de la Balance sur [un cercle
i . Alberti Magni Aureus liber Metaphysicœ, lib. XI, tract. U, qui est de substantia insensibili et immobili. Cap. XXIV : Et est di^ressio de oppinionibus modernorum de numéro orbium et motuum cælestium.,
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dont] le diamètre est de 8° à peu près, du Nord vers le Midi, et inversement. »
Que ces trois mouvements requièrent, au-dessus du ciel des étoiles fixes, l’existence de deux orbes mobiles et dénués d’étoiles, Albert va nous le dire dans l’important chapitre 1 où il entreprend d’énumérer les moteurs célestes.
Au Timée, Platon avait appelé le mouvement diurne, mouvement de l'essence d'identité -raù-où cp’ja-etoç oopà) ; l’ensemble des mouvements parallèles au plan de l’écliptique formait le mouvement de l'essence de variété (rriç Qxvépov cpéocto; aooà). Au De generatione, Aristote avait regardé le premier de ces mouvements comme une cause de pérennité pour les êtres sublimaires, tandis que le second était la cause de la génération et de la corruption de ces mêmes êtres.
Ce sont ces pensées qui inspirent Albert le Grand; comme Platon, comme Aristote, il cherche dans les révolutions des orbes célestes les causes de l’existence et des transformations des êtres sublunaires.
Dans un tel être, il distingue un premier principe, le plus élevé de tous, Y essence ( essentia ) ; d'autres principes vont venir successivement déterminer cette essence et la rendre de plus en plus particulière.
Le premier de ces principes déterminant l'essence, ce sera la matière au sein de laquelle elle se réalise ; suivant une idée qu’on croirait empruntée à l’apocryphe Théologie d'Aristote , Albert parait admettre que l’essence et la matière se portent l’une vers l’autre par deux mouvements opposés, afin que, de leur union, résulte une substance en acte.
Déjà particularisée par sa réalisation dans la matière, l'essence va se trouver plus complètement individualisée parle principe qui lui assignera des bornes, la circonscrira dans une certaine figure, lui accordera une certaine quantité ; ce principe sera la figura quantitatif.
Enfin, l’être acquerra sa complète détermination par le mélange qui se fera en lui, selon certaines proportions, des quatre qualités actives ou passives, le chaud et le froid, le sec ou l’humide.
Telles sont les déterminations successives des êtres sublunaires auxquelles doivent présider les moteurs célestes ; le nombre des déterminations différentes fixera le nombre des moteurs.
« Le premier moteur est simple par essence et son mouvement
i. Alberti Magni Op. laud., lib. XI, tract. II, cap. XXV : Et'est digressio de numéro motorum ex priucipiis primas Philosophiæ et per rationem.
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est unique, continu et uniforme; il faut donc nécessairement que ce soit lui qui, par sa substance et son mouvement, produise l’existence (esse) 1 ; ce mouvement-là est Y inerrant ( aplanes ) ; il est, en toutes les sphères, la cause du mouvement diurne ; ainsi, d’un mobile unique et simple provient un mouvement unique et simple.
» 11 est logique qu’au second mobile se rencontrent deux mouvements ; la sphère des étoiles fixes ne peut donc être le second mobile, comme nous l’avons déjà dit ailleurs 2. Mais, il ne pourrait y avoir composition [de l’essence] avec la matière si l’un des deux principes composants ne se mouvait vers l’autre. Puis donc que le premier mouvement, cause de l’existence, se meut d’Orient en Occident, il fallait que le second mouvement se fit d’Occident en Orient, contre le premier mouvement. Ce second mouvement est celui du second mobile.
» Ces deux mouvements meuvent des eieux cachés [c est-à-dire sans astre] ; l’un de ces eieux a le mouvement diurne en vue de l’existence ; l’autre a le mouvement errant [planes] en vue de la composition dont il est cause dans tous les êtres.
» Aussitôt après cette composition [première], vient la détermination par la quantité et la figure ; or, de l’avis de tous les astronomes, cet effet provient du ciel étoilé ; c’est pourquoi une multitude d’images de constellations est attribuée à ce ciel. C’est donc là le troisième ciel, qui possède trois mouvements comme nous l’avons établi dans ce qui précède.
» Jusqu’ici les moteurs et les mobiles sont ordonnés d’une même manière ; ils croissent en même nombre au fur et à mesure qu’ils s’éloignent du premier, qui est simple. »
Reste à déterminer les mouvements et les moteurs qui produiront, au sein des êtres sublunaires, les mixtions de qualités actives et passives. Par une discussion que nous ne reproduirons pas, Albert s’efforce de prouver qu’il y a sept modes principaux do mélanges entre ces qualités ; à chacun de ces modes présidera un orbe planétaire, nui par un moteur spécial. Dix sphères célestes, donc, sont mises en mouvement par dix intelligences séparées.
Après, d’ailleurs, qu’il s’est laissé entraîner à construire ce système vaste et audacieux, Albert prend soin de nous mettre en garde contre la tentation d’accorder une confiance exagérée à de
i. Albert ne semble pas, ici, séparer l’essence (essentiu) de l’existence (esse); on sait que son disciple Saint Thomas insistera sur la distinction de ces deux principes.
a. Au l)e Cælo et Mundo. Vide supra, p. 3/jo.
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telles imaginations ; humblement, il nous suggère cette prudente remarque : <t Il faut bien observer que je ne pense pas qu’en aucun temps, tous les mouvements célestes aient été compris par aucun des mortels. Est autem attendendum quod non puto unquam fuisse comprehensos ab aliquo mortalium omnes motus cælorum ».
De l’exposé de ce système, il est toutefois une conclusion qui se dégage maintenant avec une entière certitude, et qu’il nous faut retenir : Après quelques tâtonnements, Albert a reçu, au sujet du mouvement des étoiles fixes, une hypothèse fort analogue à celle que les auteurs de l’édition latine des Tabulai Alfonsii ont proposée après 1232; il ne semble pas, cependant, qu’il ait eu connaissance des Tables Alphonsines ; vraisemblablement, même, son De Cælo était achevé avant que ces tables ne parussent.
Nous savons, d’ailleurs, par le propre témoignage d’Albert, quel est le livre dont il s’est inspiré; c est le Liber de causis proprietatum efenientorum faussement attribué à Aristote. Très probable ment, c’est ce même livre qui a suggéré aux auteurs des Tabulai Alphonsii la théorie toute semblable qu’ils ont proposée, vers le même temps, pour rendre compte du mouvement lent des étoiles fixes.
Au delà des dix sphères mobiles, faut-il placer un Empyrée immobile ? Albert n’accorde ni à Guillaume d’Auvergne nia Michel Scot l’existence de cet orbe fixe. Il reprend le raisonnement par lequel Michel Scot avait prétendu en établir la nécessité, mais c’est pour en tirer une conclusion bien différente, et conforme à la Philosophie d’Aristote.
Nous avons entendu Michel Scot invoquer ce principe : « Il est plus noble de posséder sans mouvement la perfection dont on est capable que de l’acquérir par le mouvement ». Il en déduisait l’existence d’un dixième ciel, plus noble que tous les autres, et immobile parce qu’il possède, sans aucun mouvement, toute sa perfection.
Albert le Grand, suivant le principe posé par Michel Scot, distingue 1 trois degrés de noblesse parmi les choses célestes. Au degré suprême, se trouve ce qui possède la perfection absolue sans avoir besoin d’aucune opération pour l’acquérir ; au second degré, se trouve ce qui participe de la suprême perfection au moyen d'une seule opération ; au troisième degré, ce qui a besoin de plusieurs opérations pour s’assimiler au bien absolu.
i. Alberti Magni De Cælo et Mundo liber II, tract. III, cap. XIV : De solutione primæ quæstionis superius motæ, quæ est quare non multiplicantur motus sphærarum inferiorum proportionnaliter secundum quod sint propinquiores vel remotiores a sphæra mota prima.
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A ce troisième ordre de noblesse appartiennent les orbites planétaires ; le plus haut ciel mobile, qu’anime un seul mouvement simple, représente le second ordre; mais l’Être parfait et immobile qui est, à lui seul, le premier ordre de noblesse, n’est pas un dixième ciel, comme le voulait Michel Scot ; pour Albert le Grand comme pour Aristote, c’est Dieu même.
Les êtres qui composent le troisième ordre de noblesse, c’està-dire les orbites planétaires, participent, d’ailleurs, selon des mesures inégales à la Bonté suprême ; la part de perfection qu ils en reçoivent va s’affaiblissant au fur et à mesure que croît leur distance au plus noble des cieux ; et voici qu’en cette nouvelle affirmation d’Albert, nous ne retrouvons plus l’influence de Michel Scot, mais celle d’Al Bitrogi et, par celle-ci, l’inspiration du Néo-platonisme.
Cette dernière influence va se marquer, de plus en plus nette, dans la suite.
Au-dessous des trois ordres de noblesse qui forment la hiérarchie céleste, se trouvent deux autres ordres moins excellents.
Les êtres qui composent ces deux ordres ne participent pas directement à la Bonté suprême ; ils participent seulement à une bonté située au-dessous de celle-là, savoir, à la bonté des cieux. Ces êtres, qui sont les quatre éléments, se partagent en deux catégories. De ces deux ordres, le plus élevé se compose des êtres qui prennent part à la perfection des orbites par une certaine opération, en épousant plus ou moins complètement les mouvements de ces orbes ; ces êtres-là sont le feu, l’air et l’eau. Le plus infime, au contraire, est réservé à la terre, qui ne prend part à la bonté des orbites célestes que par l’immobilité.
« Les trois premiers éléments produisent donc une certaine opération qui dépend des cieux ; le feu, en vue de mener à son accomplissement la forme qu’il a reçue des cieux, se meut circulairement, tandis que son mouvement naturel est rectiligne ; il en est de même de l’air dont les mouvements sont plus compliqués que ceux du feu ; il en est encore de même de l’eau, qui est moins matérielle que la terre; aussi est-elle animée d’un mouvement semi-circulaire qui suit le mouvement de la Lune. »
Ces trois éléments sont les éléments formels. « La terre est matière ; par nature, elle est mue et ne meut point ; ce n’est donc point par une opération qu’elle peut recevoir la forme que les cieux lui impriment, mais par le seul repos. »
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