Maïmonide dit : quatre-vingt-dix fois
8. Gim.iEt.Mi Varonis Op. fond., lib. II, quæsl. XLIV ; ms. cit., loi. iqo, col. c et d, et fol. i4g col. a.
prétend que le nombre de ces intelligences est quarante-sept ou cinquante-cinq ; mais à ce propos, le Rabbin dit, dans son LXXXIIL chapitre1 : « Aristote a donc conçu et découvert de la sorte qu’il » existe un grand nombre de cieux, et il a montré que le mouve- » ment de l’un différait du mouvement de l’autre en vitesse ou » en lenteur, bien qu’ils aient tous en commun un même mouve- » ment circulaire ; il a donc indiqué d'une manière précise que le » nombre des intelligences séparées est égal au nombre des cieux.
» Mais Aristote n’a pas indiqué avec précision, et personne après » lui n’a certifié que le nombre des intelligences fût quarante ou » bien cent ; il a dit seulement qu elles sont en même nombre que » les cieux. Or, de son temps, certains admettaient que le nombre » des cieux étaient cinquante-cinq ; Aristote dit donc : Si le noin- » bre des cieux est celui-là, il y a tout autant d intelligences sépa- » rées ; car les Sciences mathématiques n’avaient guère de vigueur » en son temps, et elles étaient encore fort imparfaites. » Ainsi parle le Rabbin. »
L’Écriture enseigne à Varon que le nombre des purs esprits est beaucoup plus grand que ne le croyait Aristote ; il est amené, par là, à contester l'autorité du Stagirite, ce qu’il fait en ces termes : « Lorsqu’un argument est du Philosophe et qu’il s’accorde avec la toute puissance de Dieu, c’est alors un véritable argument d’autorité ; mais s’il va contre la puissance de Dieu, il faut immédiatement le nier. C’est ce qu'il faut faire à plus forte raison dans le cas qui nous occupe, car les philosophes ont tous et constamment erré au sujet des anges. Aussi le Rabbin dit-il2 : « Ce qu'Aris- » tote a dit des êtres qui sont compris entre la sphère de la Lune » et le centre de la Terre est vrai et au-dessus de tout doute ; [en » ces questions], personne ne rejette Aristote et nul ne s’en écarte, » sauf celui qui ne le comprend pas, ou bien encore celui qui s’est » attaché à certaines opinions qu’il veut défendre ; ces opinions » l’entraînent à nier ce qui est manifeste. Quant aux propositions » formulées par Aristote sur ce qui se passe au-dessus de la sphère » de la Lune, elles sont simplement vraisemblables, sauf quelqucs- » unes d’entre elles. A plus forte raison, en est-il de même de « tout ce qu’il a dit au sujet des intelligences et touchant les choses » spirituelles, selon ce qu’il croit vrai ; il y a en son enseignement » de nombreuses erreurs, une doctrine extrêmement dommagea-
i. Moïse ben Maïmoun, Op. laud., seconde partie, chapitre IV (quatrevingtième de tout l’ouvrage); trad. S. Munk, t. II, pp. 55-50.
a. Moïse ben Maïmoun, Op. laud., seconde partie, ch. XXII ; trad. S. Munk, t. II, p. 179.
l'astronomie des franciscains
» ble pour toutes les nations, et de multiples contradictions ; et, » sur ces sujets, il n’a fourni aucune démonstration. »
A la fin du xmc siècle, donc, les Franciscains d’Oxford lisaient assidûment Maimonide et appréciaient hautement son enseignement. Cet enseignement les aidait à repousser les excès de l'Averroïsine, à restreindre l’autorité d’Aristote. Si Maimonide regardait comme infaillible la Physique sublunaire du Stagirite, il n’accordait à 1 Astronomie péripatéticienne qu’une valeur purement conjecturale ; il laissait donc les Franciscains, ses admirateurs, libres de suivre l’exemple de Bernard de Verdun et de Richard-de Middleton, libres d'adopter le système des excentriques et des épicycles. Ainsi fit sans doute Duns Scot; ainsi firent, à coup sur, ses disciples.