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JEAN DE DUNS SCOT

Rien n’est plus propre à montrer quelle influence le traité de Bernard de Verdun dut exercer de bonne heure parmi les docteurs franciscains que l’étude des écrits de Jean de Duns Scot, mort en 1308.

Le Docteur Subtil n’a pas composé de livre qui traitât expressément des phénomènes célestes ; mais il s intéressait assurément aux problèmes astronomiques qu'on agitait de son temps, et ses œuvres ont gardé la marque de cet intérêt.

C’est ainsi que la discussion des opinions émises par les théologiens sur la résurrection générale amène Duns Scot à traiter ’ du mouvement de précession des équinoxes.

A ce propos, en effet, il examine l’hypothèse de la Grande Année, période de trente-six mille ans au bout de laquelle le Monde entier doit reprendre son premier état. « En effet, ajoute-t-il, si l’on suppose avec Ptolémée, dans Y Almageste, que le ciel étoilé se meut d’un degré par siècle en sens contraire du mouvement diurne, ce ciel aura accompli au bout de trente-six mille ans son mouvement d’Occident en Orient. »

A cette hypothèse de la Grande Année, le Docteur Subtil adresse diverses objections.

En premier lieu, les durées de révolution des divers orbes

i Johannis Dun8Scoti Liber quartus super Sententias, Dist. XLIII, quæst. III.

l’aSTRONOMTE LATINE AU MOYEN AGE

céleste* pourraient être incommensurables entre elles ; dans ce cas, « alors mêmes que les mouvements dureraient indéfiniment, les astres ne reprendraient jamais leur position primitive.

» Mais il serait nécessaire de se livrer à une très grande discussion des mouvements qui conviennent aux déférents et aux épic.ycles, pour savoir si, parmi tous les mouvement célestes, il en est deux qui sont incommensurables entre eux.

« D’autre part, Thébith rejette le fondement de la théorie adoptée par Ptolémée. Il prouve que le ciel des étoiles fixes ne se meut pas de la sorte d’Occident en Orient, car 1 étoile qui se trouvait, tout d’abord, à l'origine du Capricorne du neuvième ciel, finirait par se trouver à l’origine du Cancer de ce même ciel. Il suppose donc que le mouvement du huitième ciel ou ciel des étoiles fixes consiste à décrire certains petits cercles autour de la tête du Bélier et de la tête de la Balance du neuvième ciel ; ce mouvement est un mouvement oscillatoire ; en ettet, tandis que la tête du Bélier mobile monte sur son petit cercle, inversement, la tète de la Balance mobile descend sur le sien ; les étoiles du huitième ciel se meuvent ainsi à la fois eu latitude et en longitude. Si 1 on prouvait que ce mouvement s accomplit en un temps tel que les diverses orbites inférieures ne pussent, au bout de ce temps, revenir à leur position première, on aurait démontré la proposition que nous cherchons à établir. »

Le passage que nous venons de citer est intéressant à divers égards.

On y trouve, en premier lieu, un argument attribué à Thâbit et qu’on oppose à la continuelle précession des équinoxes admise par Ptolémée ; cet argument semble un retlet de celui qu avait imaginé Roger Bacon.

On y voit, en second lieu, que le système de Thâbit ben Kourrah est considéré par D, uns Scot comme exclusif de celui de Ptolétnée ; le Docteur Subtil ne parait pas songer que ces deux systèmes puissent être simultanément admis, comme 1 ont proposé Albert le Grand, d’une part, et, d’autre part, les traducteurs des Tables al p hommes \ il ne semble donc pas que Dusages de ces tables fût encore fort courant au moment où Duns Scot commentait les Sentences ; c’est une remarque dont nous trouverons confirmation an chapitre suivant.

Une autre partie 1 du commentaire de Duns Scot sur les Livres

i. Johanms Duns Scoti Liber secundus super Senfenturs, distinctio XIV, quæst. II.

L*ASTROftôMtE DÈS FRANCISCAINS

des Sentences de Pierre Lombard contient un exposé assez étendu des théories astronomiques ; mais l’authenticité de cet ‘exposé appelle quelques remarques.

On sait que Duns Scot avait composé, alors qu’il enseignait encore à Oxford, un premier commentaire du Livre des Sentences ; ce Scriptnm oxoniense nous conserve l’authentique pengée du Docteur Subtil. Plus tard, dans scs leçons données à Paris, il compléta ce premier commentaire ; ces compléments furent recueillis par ses disciples qui les rédigèrent, en les modifiant ou les enrichissant parfois, sous le titre d O pus parisiensc ou Hcporlata parisien sia.

Or, le franciscain irlandais Maurice du Port, archevêque de Toam, qui, en 1506, donna une consciencieuse édition du commentaire sur le Livre des Sentences, met les indications suivantes1 eu marge de la question que nous allons ctudier :

« Ponuntur argumenta in principio hujus gweslionis, pro et contra, et solutiones horum in fine , aliquibus originibus ; sed omnia ex Scripto parisiensi seu Reportatis, ut pat et , et alia plura addanlur ; sed principales sententia est eadem. »

Les arguments énumérés au début de la question, les conclusions données à la fin, sont donc les seuls passages où nous soyons à peu près assurés de retrouver la pensée même du Docteur Subtil.

Or Duus Scot y insiste particulièrement sur ce fait que les divers mouvements des étoiles résultent des mouvements des orbes auxquels ces étoiles sont fixées. « Eu etfet, si les étoiles se mouvaient d’un mouvement propre, qui ne fût pas le mouvement de leur orbite, il y aurait, dans le ciel, des espaces vides, ou bien les étoiles diviseraient la substance céleste, ou bien enfin deux corps existeraient en même temps dans un même lieu... Le ciel ne peut céder

i . Secundus scripti Oxoniensis doctoius Suutilis fhathis Joannis Duns Scoti ordinis Minorum super sententias. Colophou : Venetiis per Simonem de Luere pro domino Andrea de Torresanis de Asula, 22 Octobris i5oü. Fol. lit), col. a.

Secundus liber Doctohis Subtilis Fratris Joannis Duns Scoti ordinis Minoniin super Sententias . . . Venumdantur Parrhisiis a Joanne Granion ejusdem civitatis bibliopola iu claustro llrunelli prope scholas decretorum e regione dive Virginis Marie. Colophou : Kxplicit scriptum super secundo sententiaruni subtilissimi doctoris Joannis Duns Scoti ordinis minorum a Irutre Mauricio liibernico de portu sacre théologie prol'essore clarissinio eiuendatum. Impressum Parisius opéra Nicnlai de Pralis pro Joanne Granion lihrario jurait) aime uni versitatis Parisiensis commorante iu Claustro lirunelli su b intersiguio (sic) Coîumbarii divi Jacobi. Anuo domini MCCCCCXfll. Die vero XXI nensis Junii. Fol. LXVÏ, col. a.

La grande édition des Joannis Dons Scoti O/teiut, donnée par Luc Wadding, a le tort impardonnable de délaisser toutes les remarques critiques de Maurice du Port.

l’astronomie LATINE AU MOYEN AGE

à l’étoile qui se meut comme l’air ou l’eau cède devant le corps étranger qui se meut dans son sein ; un corps incorruptible est nécessairement indivisible, lorsque l’incorruptibilité dont il jouit appartient non seulement à l’ensemble, mais encore à chacune des parties ; et telle est l incorruptibilité qu on attribue au ciel ; aucun agent naturel ne peut donc mouvoir un corps au sein d un ciel immobile. »

Ces réflexions diffèrent peu de celles que Saint Bonaventure avait développées à la même occasion ; elles n ont pas 1 intérêt de celles que nous allons analyser.

De celles-ci, il est vrai, nous ne pouvons plus affirmer qu’elles représentent vraiment l’enseignement de Duns Scot. Elles sont seulement un écho des opinions astronomiques qui, du vivant du Docteur Subtil ou peu de temps après sa mort, avaient cours parmi les Fransciscains de Paris. Ainsi interprétées, elles n’en demeurent pas moins un document singulièrement instructif pour 1 histoire de la Mécanique céleste.

Or, il est impossible de lire ces réflexions sur la nature et la figure des orbes célestes sans remarquer leur très grande analogie avec ce que nous avons lu au Tractatus super totaux Astrologiaxxi de Bernard de Verdun ; il semble bien que ce traité du Frère mineur ait inspiré les études astronomiques dans les couvents franciscains de Paris, au début du xive siècle.

Duns Scot, ou le disciple qui parle en son nom, commence par regarder comme acquis, du consentement unanime des astronomes, la vérité suivante : « Aucune étoile n’a de mouvement propre ; elle ne se meut pas autrement que l’orbe dans lequel elle est logée. Supposons, en effet, qu’il lui arrive de quitter cette partie de l’orbe où elle se trouve à présent pour se mouvoir vers une autre partie de cet orbe ; alors, ou bien aucun corps ne viendrait occuper sa place, qui demeurerait vide ; ou bien quelque chose viendrait remplir le lieu qu’occuperait l’étoile ; c’est donc que le corps du ciel serait susceptible de condensation et de raréfaction, ou bien encore qu il pourrait se diviser en avant de l’étoile et reprendre sa continuité en arrière. »

Puisque toute étoile est entrafnée par le mouvement d un ciel solide, deux étoiles qui ne gardent pas une distance invariable ne peuvent appartenir au même ciel. Les phénomènes astronomiques exigent donc qu’il existe plusieurs orbes célestes. Mais quel en est le nombre ? Cette question soulève entre les astronomes un débat que l’Auteur franciscain se propose d’examiner et de juger.

A l’imitation de frère Bernard de Verdun, il commence par rap-

l’astronomie des franciscains

peler les phénomènes dûment observés dont les théoriciens devront forcément tenir compte :

« Dans les mouvements des planètes, on constate une triple variation. D’abord, une variation en latitude, car une planète ne demeure pas toujours à la même distance des pôles immobiles. En second lieu, une variation en longitude, car les diverses planètes ne parcourent pas le Zodiaque d’un mouvement uniforme. Enfin, une variation en distance ou proximité à la Terre ; la môme planète est tantôt plus proche du centre de la Terre et tantôt plus éloignée, comme le montre Ptolémée dans son Almagesle ; en effet, le diamètre apparent du disque de cette planète est plus petit ou plus grand selon que sa distance à la Terre est plus longue ou plus courte. Il en est ainsi, d’une manière visible, pour Mars, qui parait notablement plus petit quand il est à l’auge que lorsqu’il est à l’opposé de l’auge. On éprouve également cette vérité à l'aide de la Lune; bien que le Soleil et la Lune se trouvent, en des circonstances diverses, à la même distance des nœuds lunaires, il arrive qu’en ces différentes circonstances, l’éclipse de Lune n’a pas même durée ; elle dure tantôt plus, tantôt moins ; cela serait impossible si la Lune ne pénétrait dans l'ombre de la Terre tantôt plus complètement et tantôt moins complètement ; il faut pour cela que le diamètre du cône d’ombre de la Terre se trouve tantôt plus grand et tantôt plus petit, là où la Lune traverse ce cône d’ombre... Ces considérations et d’autres encore, qui sont dues à Ptolémée, prouvent qu’une planète tantôt s’approche de la Terre et tantôt sœn éloigne.

» Les deux premières variations, savoir la variation de longitude et la variation de latitude, se pourraient peut-être expliquer en attribuant à chaque planète un ciel unique et en plaçant les pôles de ce ciel hors des pôles du Monde ; c’est ainsi qu’Alpétragius s’est efforcé de les expliquer dans son opuscule Sur la qualité des mouvements célestes.

» Alpétragius suppose que les pôles du ciel des étoiles fixes se trouvent en dehors des pôles du neuvième ciel ; il suppose donc qu autour de ces derniers pôles immobiles, les pôles du huitième ciel décrivent de petits cercles. 11 imagine également que le huitième ciel se meut autour dv ses propres pôles; mais il ne dirige pas ce moùvemcut en sens contraire du mouvement du neuvième ciel ; il le dirige dans le même sens ; seulement, les pôles du huitième ciel ne reçoivent pas une influence aussi efficace que celle qui est donnée au neuvième ciel ; chacun de ces pôles n’achève pas son mouvement dans le temps où un point quelconque du huitième

l'astronomie latine Ati moyen agë

ciel accomplit sa révolution ; ce qui manque à la révolution complète du pôle du ciel inférieur est ce qu’Alpétragius nomme la première différence ( inter cisio ) ; selon lui, le ciel inférieur supplée à cette différence par sa rotation autour de son propre pôle, hn ce qui concerne le huitième ciel, la rotation propre compense exactement, en longitude, la première différence ; mais, en latitude, un certain reste persiste nécessairement; en effet, les pôles du huitième ciel sont distincts des pôles du neuvième, et, bien que le mouvement autour du pôle du cercle inférieur compense exactement, en longitude, la différence du mouvement du pôle inférieur autour du pôle supérieur, néanmoins la trajectoire d’une étoile fixée au ciel inférieur ne peut pas être un véritable cercle ; c’est une spire, car l’étoile ne revient pas exactement au point qu’elle occupait au début du mouvement.

» D’une manière générale, Alpétragius s’efforce d’expliquer de la sorte les variations en longitude et en latitude qu’on observe dans le mouvement des planètes ; dans ce but, il attribue aux divers cieux des pôles distincts les uns des astres ; il admet, en chacun d’eux, une différence première et un mouvement complémentaire ; en particulier, il suppose que certaines planètes ne sont pas exactement situées sur l’équateur de leur orbe ; eu outre, il n attribue jamais à un ciel inférieur un mouvement contraire à celui du ciel qui le précède ; il suppose toujours que le ciel inférieur est mu dans le même sens que le ciel supérieur, mais d’une manière moins efficace ; eu effet, lorsqu’une vertu est reçue par des êtres qui se succèdent dans un certain ordre, elle agit plus efficacement dans ceux de ces êtres qui sont plus proches de son principe. »

Cette citation, rapprochée de ce que nous avons lu dans YOpus tertium et au Tractatus de Bernard de Verdun, nous montre que dans les Écoles franciscaines, on avait étudié le livre d’Alpétragius d’une manière beaucoup plus détaillée que chez les Dominicains; Albert le Grand, Vincent de Beauvais, Saint Thomas d’Aquin ne parlent pas aussi exactement, tant s’en faut, de la théorie de l’Auteur arabe.

« Cette théorie, poursuit Duns Scot ou son disciple, semblerait s’accorder assez bien avec les principes de la Physique si l’on pouvait, par son moyen, expliquer les variations en longitude et en latitude. Peut être, en effet, parviendrait-on. à l’aide de cette théorie, à expliquer les stations, les marches directes et rétrogrades des planètes, comme Alpétragius essaye de les expliquer, dans son livre, par un choix convenable des pôles.

» Mais la troisième variation, celle qui concerne la proximité ou

l'astronomie DËS FRANCISCAINS

l'éloignement des planètes par rapport à la Terre, on ne saurait l'expliquer en admettant que tous les eieux sont concentriques. Une planète, en effet, demeure constamment fixée non seulement au même ciel, mais encore à la même partie de ce ciel ; de quelque manière qu elle se meuve, cette partie demeure toujours à égale distance du centre du Monde, puisque le ciel, concentrique au Monde, se meut d un mouvement de rotation autour de ce centre ; quelque soit donc la position de l’étoile, celle-ci restera toujours a la même distance du centre. Même si l’on admettait que les deux premières variations ne rendissent pas nécessaire la supposition des excentriques et des épicycles imaginés par Ptolémée et par les autres astronomes, la troisième variation exigerait qu’on fit cette hypothèse. »

L’auteur scotiste cherche alors, en prenant le mouvement de Saturne pour exemple, comment 1 existence d’un orbe excentrique peut se concilier avec les propriétés qui sont généralement attribuées à la substance céleste ; il conclut ainsi : « Pour éviter soit la production du vide, soit la division de la substance céleste, soit la présence simultanée de deux corps au même lieu, il faut nécessairement attribuer, à chaque plauète, au moins trois orbes qui entourent la Terre. Les deux orbes extrêmes, l’orbe supérieur et l’orbe inférieur, ont des surfaces ultimes, savoir la surface convexe de l’orbe supérieur et la surface concave de l’orbe inférieur, qui sont concentriques au Monde. Outre ces deux surfaces, ces orbes en ont deux autres, la surface concave de l’orbe supérieur et la surface convexe de l’orbe inférieur, qui sont excentriques au Monde [mais concentriques entre elles J . Entre ces deux surfaces, est un troisième orbe qu’on nomme le déférent , qui est excentrique à la Terre, mais concentrique à ces deux surfaces déférentes. Dans quelque sens que se meuvent ces deux orbes extrêmes, il n en résulte aucun vide, car ia partie la plus épaisse de l’un d’eux est toujours en regard de la partie la plus mince de l’autre. De même, quelque soit le mouvement du déférent entre cette orbite supérieure et cette orbite inférieure animées d’un même mouvement de rotation, il n en résulte ni vide ni déchirure, car les deux surfaces qui limitent le déférent sont concentriques aux surfaces entre lesquelles cê déférent se meut. >>

Duns Scot ou son disciple a eu soin de dire que chaque planète exigeait au moins trois orbes enveloppant la Terre ; il en est une qui en réclame davantage : « Le centre du déférent de Mercure est mobile, mais non point autour de la Terre, comme le centre du

déférent de la Lune ; il décrit un petit cercle de l’un des côtés de

DUHEM. — X. III-

i/aSTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE

la Terre, comme on le voit en Y Alniageste ; 1 orbe déférent n est donc pas concentrique aux [surfaces internes des] orbes qui assurent la révolution diurne, c’est-à-dire de 1 orbe inférieur et de l'orbe supérieur ; il faut, dès lors, attribuer à Mercure au moins cinq orbes, un orbe déférent et quatre orbes assurant les révolutions.

« Outre les orbes dont nous venons de parler, il faut encore imaginer des épicycles, qui sont des orbes n’entourant pas la Terre, mais de petits orbes situés dans l’épaisseur d’orbes qui entourent la Terre... Quoiqu’il en soit, d’ailleurs, de ces épicycles, le nombre des cieux mobiles qui entourent la Terre est vingt-cinq, savoir les vingt-trois orbes des planètes, puis le huitième ciel et le neuvième ciel. »

L’auteur scotiste sait que le centre du déférent de la Lune tourne autour de la Terre ; il aurait donc dû, comme Bernard de Verdun, attribuer à la Lune une quatrième orbite concentrique au Monde, ce qui eût porté à vingt-quatre le nombre des sphères des planètes. Quoiqu'il en soit, d’ailleurs, de cette omission, nous pouvons remarquer que cet auteur considère un neuvième ciel, mais point de dixième ciel ; il n’adopte donc pas encore les hypothèses des astronomes alphonsins ; ceux-ci, en effet, attribuent à trois cieux distincts les mouvements des étoiles fixes, qui éprouvent à la fois la précession découverte par Hipparque et la trépidation imaginée par Thâbit ben Kourrah.

L'influence du T raclant s super lotam Astrologiam de Bernard de Verdun détermina sans doute, dans l’ordre de Saint François, un plus vif attrait vers l’étude des mouvements célestes, et une plus grande faveur pour le système de Ptolémée, qu’une interprétation mécanique nouvelle rendait acceptable aux philosophes. De ces tendances, le Scriptum parisiense et les Reportata de Duns Scot nous ont apporté le témoignage. 11 est vraisemblable, d’ailleurs, qu’elles ne demeurèrent point confinées dans les couvents franciscains, qu'elles se firent sentir au dehors et qu elles sollicitèrent l’attention des maîtres de l’Université de Paris.

Cette prévision nous sera bientôt confirmée par des textes nombreux, précis, qu’ont écrits, à des dates bien déterminées, des auteurs connus. Ces textes nous permettront de suivre les progrès et le triomphe des doctrines de Ptolémée au sein de F Université de Paris.

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