Chapitre VIII, § III: t. I, pp. 44' -452. . vvvm
2. Theonis Smyrnaei Platonici Liber de Astrononua, cap. XAX111 ; ecl. Th. H. Martin, pp. 294-299. — Théon de Smyrne, philosophe platonicien. Exposition des connaissances mathématiques utiles pour la lecture de l laton, traduite par J. Dupuis; Paris, 1892. Troisième Partie : Astronomie ; c. XXXIII, pp. 3oo-3o3 .
DÜHEM — T. 111. *
l’aSTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE
que chacun de ces astres ait deux sphères propres, que les sphères creuses des trois astres, animées de la même vitesse, parcourent dans le même temps, d’un mouvement rétrograde, la sphère des étoiles fixes, et que les sphères pleines [les épicycles] aient toujours leurs centres sur la même ligne droite [issue du centre du Monde], la sphère pleine du Soleil étant la plus petite; celle de Mercure étant plus grande, et celle de Vénus encore plus grande.
» Il se peut aussi qu’il n’y ait qu’une seule sphère creuse com* mune aux trois astres et que les trois sphères solides [les trois épicycles], contenues dans l’épaisseur de celle-là, n’aient qu’un seul et même centre ; la plus petite serait la sphère vraiment pleine du Soleil, autour de laquelle serait celle de Mercure; viendrait ensuite, entourant les deux autres, celle de Vénus qui achèverait de remplir l’épaisseur de la sphère creuse oommune...
» On comprendra que cette position et cet ordre sont d’autant plus vrais que le Soleil essentiellement chaud est le foyer du Monde, en tant que Monde et animal, et pour ainsi'dire le cœur de l’Univers, à cause de son mouvement, de son volume et de la course commune des astres qui l’environnent.
» Car dans les corps animés, le centre du corps, c’est-à-dire de l’animal, en tant qu'animal, est différent du centre du voiumo. Par exemple, pour nous qui sommes, comme nous l’avons dit, hommes et animaux, le centre de l’être animé est dans le cœur toujours en mouvement et toujours chaud, et à cause de cela, source de toutes les facultés de l’âme, cause de la vie et de tout mouvement local, source de nos désirs, de notre imagination et de notre intelligence. Le centre de notre volume est différent; il est situé vers l’ombilic.
» De même, si l’on juge des choses les plus grandes, les plus dignes et les plus divines, par comparaison avec les choses les plus petites, qui sont fortuites et périssables, le centre du volume du Monde universel sera la Terre froide et immobile; mais le centre du Monde, en tant que Monde et animal, sera dans le Soleil, qui est en quelque sorte le cœur de l’Univers, et d’où l’on dit que l’Ame du Monde prit naissance pour pénétrer jusqu’aux parties extrêmes. »
« La Lune étant la planète la plus rapprochée de la Terre, dit Théon en un autre endroit1, peut passer devant tous les autres
i. Théon de Smyrnje, Astronomie, c. XXXVII) éd. Th. H. Martia, pp. 3ia- 3i3 ; éd. J. Dupuis, pp. 3io-3i3.
IË SYSTÈME 1) ÜÉRACL1ËË AU MOtËN ÀtiÈ
astres qui sont au-desstis d'elle ; elle nous cache, en effet, les planètes et plusieurs étoiles, lorsqu’elle est placée en ligne droite entre notre vue et ces astres, et elle no peut être cachée par aucun d eux. Le Soleil peut être caché par la Lune, et lui-même peut cacher tous les autres astres, la Lune exceptée, d’abord en s’approchant et en les noyant dais sa lumière, et ensuite en se plaçant directement entre eux et nous. Mercure et Vénus cachent les astres qui sont au-dessus d’eux, quand ils sont pareillement placés en ligne droite entre eux et nous ; ils paraissent même s’éclipser mutuellement, suivant que l’une des deux planètes est plus élevée que l’autre, à raison des grandeurs, de l’obliquité et de la position de leurs cercles. Le fait n’est pas d’une observation facile, parce que les deux planètes tournent autour du Soleil et que Mercure, en particulier, qui n’est qu’un petit astre, voisin du Soleil et vivement illuminé par lui, est rarement apparent. Mars éclipse quelquefois les deux planètes qui lui sont supérieures, et Jupiter peut éclipser Saturne. Chaque planète éclipse d’ailleurs les étoiles au-dessous desquelles elle passe dans sa course. »
La théorie proposée par Héraclide du Pont pour figurer les mouvements de Vénus et de Mercure paraît avoir trouvé faveur auprès de divers auteurs latins. Vitruve en parle comme il le ferait d’un système généralement adopté : « L’étoile de Vénus et celle de Mercure, dit-il *, faisant leur révolution autour du Soleil qifi leur sert de centre, reviennent sur leur pas et retardent dans certains cas. »
De Macrobe, on sait peu de choses, si ce n’est qu’il était en 422 grand maître de la garde robe ( præfeclits cubicuii ) de Théodoselc-Jeune. Son commentaire au Songe de Scipion de Cicéron renferme de nombreux renseignements sur les hypothèses astronomiques des anciens; en particulier, l’hypothèse d’Héraclide de Pont y est très complètement exposée. Après avoir rappelé quelles particularités présentent les mouvements de Vénus et de Mercure, après avoir justifié par là le titre de compagnons du Soleil que Cicéron leur attribue, Macrobe poursuit en ces termes * : « La raison de ces effets n’a point échappé à la perspicacité des Égyptiens8; la voici : Le cercle [l’épicycle] que parcourt le Soleil est enveloppé par le cercle de Mercure, à l’intérieur duquel il se trouve ; à son tour, le cercle de Vénus, plus étendu, entoure celui
1. M. Vitruvii Pollionis De Architectura libvi X ; lib. IX, cap. I.
2. Ambrosii ïheodosh Macrobii Commentariorum in Somnium Scipionis lib. I, cap. XIX.
3. Macrobe entend sans doute parla les astronomes d’Alexandrie.
l’astronomie LATINE AU MOYEN AGE
de Mercure. Lors donc que ces deux étoiles parcourent les arcs supérieurs de leurs épicycles, elles se trouvent au-dessus du Soleil ; lorsqu’au contraire elles décrivent les parties inférieures de ces mêmes cercles, le Soleil se trouve au-dessus d’elles. Partant, ceux qui leur ont attribué des sphères situées au-dessous de celle du Soleil, ont cru qu’il en était ainsi en observant la partie du cours de ces astres qui se trouve être inférieure au Soleil ; cette partie est, en effet, celle qui se remarque davantage, qui apparaît plus aisément ; lorsqu’au contraire ces planètes se trouvent en la partie supérieure de leur cercle, leur éclat se trouve plus effacé par les rayons du Soleil ; c’est pourquoi cet avis a prévalu et pourquoi presque tout le monde a fait usage de cet ordre [qui met Vénus et Mercure au-dessous du Soleil] ; mais une observation plus perspicace reconnaît quel est l’ordre véritable ».
Martianus Capella vivait en 477, peu de temps donc après Macrobe. C’est probablement à Térentius Varron qu’il emprunte le huitième livre de ses Noces de la Philologie et de Mercure et, en particulier, les allusions qui y sont faites à la théorie d’Héraclide de Pont : « Trois des pianotes, dit Capella’, ainsi que le Soleil et la Lune, se meuvent autour de la Terre ; mais Vénus et Mercure ne se meuvent point autour de la Terre... En effet, bien que Mercure et Vénus nous manifestent chaque jour leur lever et leur coucher, les cercles qu’ils décrivent n’entourent aucunement la Terre ; ils décrivent autour du Soleil un circuit plus ample que cet astre ; c’est le Soleil qu’ils prennent pour centre de leurs cercles respectifs. Ces deux planètes se trouvent donc parfois au-dessus du Soleil ; mais, la plupart du temps, elles se trouvent au-dessous de cet astre et plus rapprochées de la Terre qu’il ne l’est... Lorsque ces planètes sont au-dessus du Soleil, la plus proche delà Terre est Mercure; c’est Vénus, au contraire, lorsqu’elles sont au-dessous du Soleil, car Vénus est portée par une orbite plus vaste et plus étendue ».
j. Martiani Mïnnei Fklicis Gapellae De nup/iis Philoloqiae et Mercurii libri IX; lib. V11J, 854 et 857.
LE SYSTÈME d’hÉRACXIDE AU MOYEN A(iE
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