C'est-à-dire contre les Coruiliciens, ses adversaires
3. Hirsaugiensis, lib. I, p. 7. — Beda, lib. I, col. ii3o. — Honorius, lib. I, col. 46, cap. XIV : ÿuare Spiritui Sancto peccatorum remissio tributa.
Le système o'hébaclide al moyen agè 99
en ces circonstances, dit-il quelque part1, nous laissons à l’esprit d’autrui le soin de le rechercher ; il faut, en effet, demander au maître le point de départ de la science ; mais la perfection, il la faut demander à son propre génie : Principium a magistro , sed perfectio debet esse abingenio ».
Après avoir ainsi défini les droits respectifs de la foi et de la raison, ceux de l’autorité et de la recherche personnelle, Guillaume cherche à délimiter les méthodes employées par le philosophe et celles dont use le physicien. Selon lui, le philosophe démontre des propositions nécessaires ; le physicien propose des opinions probables :
« Jusqu’ici, dit-il 2, nous avons disserté des choses qui sont et ne se voient pas ; parlons maintenant des choses qui sont et se voient. Avant d'aborder ce sujet, nous demandons qu’on n’aille pas nous blâmer si, parlant des choses visibles, nous énonçons quelque proposition qui soit probable mais non nécessaire, ou quelque autre qui soit nécessaire mais non probable. Comme philosophe, en effet, nous posons ce qui est nécessaire, lors même que cela ne semble pas probable ; comme physicien, nous y adjoignons ce qui est probable, lors même que ce n’est pas nécessaire. »
Ce souci de distinguer les diverses méthodes par lesquelles une même question peut être abordée et de définir exactement la portée de chacune d’elles, se marque encore en ce que Guillaume de Conches dit de la Science des astres 3 :
« Les auteurs ont parlé des corps célestes en trois manières différentes, en la manière fabuleuse, en la manière astrologique, en la manière astronomique.
» Nemrod, Hygin, Aratus parlent des astres d’une manière fabuleuse , lorsqu’ils racontent que le taureau avec lequel Jupiter avait enlevé Europe fut transformé en signe du Zodiaque, et lorsqu’ils font des récits analogues au sujet des autres signes. Cette façon de traiter des choses célestes est légitime ; sans elle, nous ne saurions ni en quelle partie du Ciel se trouve tel signe, ni combien d'étoiles il renferme, ni comment elles y sont disposées.
» Traiter une question selon la méthode astrologique , c’est dire
1. Hirsaugiensis, lib. I, Principium et conaummatio studii, p. 16. — Beda, lib. I, col. 1 1 34- — Honorius, lib. I, cap. XXI : De elementis, col. 5o.
2. IIîrsaugi en ai a, lib. I, De iis quæ sunt et non videntur, pp. 11-12. — • Beda, lib. I, col. ii32. — Honorius, lib. I, cap. XX : De dœmonibus, col. 48.
3. Hirsaugiensis, p. 3o, lib. I : Quoi modis tractatur de superioribus. — Beda, lib. 11, coll. 1 1 4<>-i 1 4 1 - — Honorius, lib. II. cap. V : (^uot modis auctoritas loquatur de superioribus.
l’astronomie LATINE AU MOYEN AGE
ce qui apparait dans les corps célestes, que les apparences soient, ou non, conformes à ce qui est ; beaucoup de choses, en effet, paraissent y être qui n’y sont pas, car la vue nous trompe. Martianus et Ilipparque 1 traitent ainsi les questions.
» Traiter une question selon la méthode astronomique, c’est dire quelles choses sont en réalité, qu’elles apparaissent ou non ; ainsi font Julius Firmicus et Ptolémée.
» Lorsque l’on dit, par exemple, que le Ciel couvre toutes choses, on parle à la manière astrologique, parce qu’il semble qu’il en soit ainsi. >>
Ce passage mérite d’arrêter quelques instants notre attention.
Dans l'étude de l’Astronomie, il établit une distinction essentielle entre les apparences que la vue saisit, mais qui peuvent ou non correspondre à des réalités [quæ videntur , sive ita sint, site non), et les réalités, qui peuvent être ou non saisissables aux sens [quæ sunt, sive videantur, sive non) ; traiter des premières est l'objet de la méthode astrologique ; traiter des secondes est l’objet de la méthode astronomique. A ces deux mots, Guillaume de Conches garde leur sens étymologique ; la seconde méthode nous révèle seule la loi (vopoç) qui découle nécessairement de la nature même des choses ; la première est un simple discours descriptif (Xoyo;) destiné à faire connaître les apparences.
Guillaumc.de Conches, voulant citer un auteur qui ait pratiqué cette dernière méthode, donne avec raison le nom d’Hipparque que la lecture de Pline l’Ancien lui avait sans doute révélé.
En revanche, le nom de Ptolcniée se trouve assez fâcheusement opposé au nom d’Hipparque, comme celui d’un homme qui aurait pratiqué la méthode astronomique ; il est clair que Guillaume n’avait aucune connaissance directe (tes écrits qui ont fait la gloire de Ptolémée ; s’il connaît quelque œuvre de ce grand homme, c’est une œuvre que nous nommerions aujourd'hui astrologique ; une telle œuvre peut seule être rapprochée de celle de Julius Firmicus Materna. Il serait d’ailleurs injuste de s’étonner que Guillaume eût mis de tels écrits au nombre de ceux qui suivent la méthode propre à nous découvrir ce que sont en réalité les corps célestes ; n’est-ce pas là, en effet, la prétention des astrologues ?
L’opposition que Guillaume de Conches établit ici entre l’astronome et l’astrologue est analogue à celle qu’il a établie, d’une manière plus générale, entre le philosophe et le physicien ; l’as-
i. Au lieu de Hipparchus, que donnent Hirsaugiensis et Honorius, Beda donne le mot dénué de sens : Hyspaïcus .
LE SYSTÈME d’hÉRACLIDE AU MOYEN AGE
tronome, comme le philosophe, saisit les réalités et formule les lois nécessaires qui les régissent ; le physicien n’énonce que des probabilités et l’astrologue ne discourt que des apparences.