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LA PHYSIQUE ET L’ASTRONOMIE DE GUILLAUME DE CONCHES

Le physicien ne discourt point du nécessaire, mais du probable ; c est donc seulement une théorie probable qu’il pourra donner au sujet des éléments. « Voyons toutefois, ajoute Guillaume de Conches1, si, parmi les modernes, il en est qui aient émis sur cette question un avis plus probable ». Et tout aussitôt, il expose la doctrine que Constantin l’Africain a développée en son n av-cr/vr, .

La définition de l’élément donnée par Constantin est la suivante : « Un élément, c’est une partie d’un corps, partie qui est simple et la plus petite possible ; simple quant à la qualité, la plus petite possible quant à la quantité. »

En disant que l’élément est une partie simple quant à la qualité, l’auteur veut dire « qu’elle n’est pas affectée de qualités contraires », et non pas qu’elle possède une seule qualité; ainsi un élément terrestre est simple en qualité, bien qu’il soit à la fois sec et froid, parce que ces deux qualités ne sont pas contraires l’une à l’autre ; il n’y aurait plus simplicité en qualité là où se rencontreraient, en même temps, le froid et le chaud.

Les quatre qualités : chaud, froid, sec, humide, peuvent se grouper deux à deux de six manières différentes ; mais de ces groupements, il en est deux qui ne pourraient correspondre à des éléments parce que les qualités qu’ils associent sont contraires l’une à l’autre ; il ne peut donc y avoir que quatre éléments.

L’élément ne doit pas seulement être une partie simple en qualité ; ce doit aussi être une partie dont la grandeur soit aussi petite que possible ; par là, il entend que « rien n’est partie de cette partie. D’une manière semblable, les lettres sont dites élé-

i. Hirsaugiensis, pp- ia-iG. — Honorius, lib. I, cap. XXI : De eleinentis ; coll. /j8-53. — JIeija, lib. I, coll. ii32-ii36. Dans ce dernier texte, le nom de Constant in us est constamment remplacé par Philosophas quidam-, de même, le nom de Johannitius, que nous rencontrerons bientôt, celui A' Helpéric, que nous trouverons plus loin, ont été remplacés par quidam. En effaçant tous les noms d’auteurs notoirement postérieurs à Bècle, on a voulu rendre possible l’attribution de la Philosophia Mandi à cet auteur; cette attribution ne résulte donc pas d’une erreur, mais d’une supercherie consciente.

L’ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE

ments, parce qu’elles sont parties de syllabes, mais qu’il n’est rien qui soit partie de lettre ».

L’idée d’atome n’avait jamais été entièrement oubliée des philosophes chrétiens.

Isidore de Séville, dans ses Étymologies , définissait 1 l’atome « ce qui ne peut plus admettre de tomen, c’est-à-dire de coupure ». Il distinguait quatre sortes d’atomes, les atomes des corps, ceux du temps, ceux des nombres, ceux de l’écriture.

« Soit un corps tel qu’une pierre ; divisez-le en morceaux, les morceaux en grains, comme ceux du sable ; les grains de sable, divisez-les en une fine poussière jusqu’à ce que vous parveniez, si possible, à des parcelles tellement petites que vous ne les puissiez plus couper ni diviser ; voilà ce qu’est l’atome dans les corps.

» Dans le temps, voici comment vous devez comprendre l’atome : Prenez, par exemple, l’année ; divisez-la en mois, les mois en semaines, les semaines en jours, les jours en heures ; les parties de l’heure souffriront encore d’être divisées jusqu’à ce que vous parveniez à un instant si petit ( tantum temporis punctum) qu’il soit comme une parcelle de moment, et qu’aucune durée ne puisse le produire ; il ne sera plus possible de le diviser ; voilà l’atome de temps.

» Prenez un nombre, huit par exemple ; en le partageant, vous obtenez quatre; quatre, partagé, donne deux; deux, partagé, donne un. Mais l’unité est l’atome, car elle est insécable.

» Il en est de même de l’écriture. Le discours se divise en mots, les mots en syllabes, les syllabes en lettres. Mais la lettre est la plus petite partie du discours ; elle est l'atome et ne peut être divisée.

» L’atome est donc ce qui ne peut être divisé, comme le point en Géométrie. En Grec, en effet, tomus signifie division, atomus, indivision. »

Ces considérations, Saint Isidore de Séville ne les a pas reprises en son De natura rerum.

Bède le Vénérable ne parle pas davantage de l’atome en son De natura rerum ; mais en son écrit De temporum ratione , il s’exprime2, au sujet de l’atome du temps et de l’atome du discours, à peu près dans les mêmes termes qu’Isidore.

1. B. Isidori 'Hispalensis episcopi Etymologiarum liber XIII, cap. Il : De atomis.

2. Bedæ Vénerabiljs De temporum ratione liber, cap. III : De minutissimis temporum spatiis [Bedæ Venerabilis Operum, accurante Migne, tomus I ( Patro logice latiriæ t. XC) coll. 3o4-3o7].

LE SYSTÈME tThÉRAEL'IUK AI! MOYEN AliE

Dans un écrit qu’on range parmi ceux de Bède, bien qu’il ne l’ait pas mis au catalogue de ses œuvres et que rien n’y porte sa marque, on trouve 1 une imitation plus servile encore de ce que l’Evêque de Séville avait dit des atomes ; cette imitation, d’ailleurs, se donne comme l'expression de l’opinion d’Isidore. Ce passage sur les atomes a été presque textuellement reproduit par Rhaban Maur2.

Ni Isidore, ni Bède, ni Rhaban Maur n’ont, dans leur Physique, attribué de rôle essentiel à ces atomes qu’ils se bornaient à définir. En attachant la notion d’élément non point à une masse divisible mais à un atome indivisible, en exigeant, par exemple, (pie la terre élémentaire fût une parcelle insécable à la fois sèche et froide, Constantin l’Africain faisait preuve d’une véritable originalité ; il s’efforçait de souder la Physique d’Aristote à la Physique de Démocrite et d’Epicure.

Guillaume de Conches adopte pleinement cette idée.

Les corps que nous nommons feu, air, eau, terre, et que nous pouvons voir et toucher, ne méritent pas le nom d’éléments, elementa ; on devrait plutôt dire qu’ils sont formés d’éléments, elementata. La terre que nous touchons, par exemple, n’est pas un élément, car elle n’est pas indivisible ; elle n’est pas un élément, car elle n’est pas simple en qualité ; le chaud s’y constate èn même temps que le froid, l'humide en même temps que le sec.

La terre que nous pouvons manier est une juxtaposition d’éléments indivisibles. Parmi ces éléments, la majorité est constituée d’atomes à la fois secs et froids ; ce sont eux qui communiquent à la ferre sensible ses qualités dominantes. Mais entre les éléments terrestres, subsistent des pores par lesquels les éléments de l’eau et de l’air peuvent pénétrer ; et c’est pourquoi, dans la terre qui tombe sous les sens, nous trouvons non seulement du froid et de la sécheresse, mais aussi de l’humidité et de la chaleur.

Cette doctrine voit en l’élément une substance dont les qualités sont seulement les attributs ; elle s’oppose par là à la Physique de Scot Érigène qui, dans les quatre qualités mêmes, faisait résider les quatre éléments rationnels dont les éléments catholiques dérivaient.

Contre une telle doctrine, Guillaume s’élève avec sa fougue habituelle. « Il y a des gens », dit-il, « qui n’ont lu ni les écrits

1. Bedæ Venerabilis De divisionibus temporum liber II : De atomis [Bedæ Venerabilis Operum tomus I, accurante Migne ( Patrologiœ latinœ t. XC) col. 654].

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