Rabani Maori De universo liber IX, cap. I : De. atomis
l’astronomie LATINE AU MOYEN AGE
de Constantin, ni ceux d’aucun physicien ; leur orgueil est tel qu’ils s'indigneraient d’apprendre d’un autre quoi que ce fût; ils ont l’arrogance d’imaginer ce qu’ils ignorent, afin de paraître dire quelque chose ; ces gens-là disent que les éléments ne sont pas autre chose que les qualités des corps qui se voient, savoir le sec, le froid, l’humide, le chaud. »
A ces physiciens, Guillaume de Conches oppose les autorités du Time c, de Johannitius, de Macrobe ; toutes proclament que l’élément est le sujet qu’affectent les qualités, et non pas ces qualités mômes.
11 va sans dire que Guillaume n’admet, pour constituer les corps, rien d’autre que les quatre éléments ; de la cinquième essence péripatéticienne, il ne parle même pas. « Le feu remplit l’espace qui s’étend au-dessus de la Lune 1 ; c’est ce même feu qu’on nomme éther. L’ornement de ce corps qui se trouve au-dessus de la Lune est constitué par les étoiles, tant fixes qu’errantes. »
Les étoiles qui, comme les cieux eux-mêmes, sont formées par l’élément igné, sont-elles en mouvement? Telle est la première question proprement astronomique qu’examine Guillaume de Conciles2 : « Les uns prétendent qu elles ne se meuvent pas, mais qu’elles sont entraînées d’Orient en Occident par le firmament, au sein duquel elles sont fixées. D’autres disent qu elles se meuvent d’un mouvement propre, car elles sont de nature ignée, et rien ne saurait se soutenir sans mouvement au sein de l’éther ou du fluide céleste ; mais ils pensent qu’elles se meuvent sur place, en tournant sur elles-mêmes. Les troisièmes assurent qu’elles se meuvent en passant d’un lieu à un autre, mais que nos yeux ne peuvent aucunement percevoir leur mouvement ; elles emploient, en effet, un tel laps de temps à parcourir leurs divers cercles que la vie humaine, qui est courte, ne suffit pas à saisir même une brève portion de cette si lente circulation ».
Cette allusion au mouvement lent des étoiles fixes est textuellement empruntée à Macrobe ; mais la suite appartient en propre à Guillaume : « Nous partageons cet avis que les étoiles se meuvent en passant d’un lieu dans un autre ; mais que leur mouvement ne soit pas perceptible, nous en proposons une autre raison, qui
1. Hirsaugiënsis, liber!, Ignisqui æther dicitur; p 28 — Beda, lib. II, col. n3y. — Honorius, lib. II, cap. I : Quid sit æther et ornatus illius ; col. 07.
2. Hirsaugiënsis, lib. I, De stellarum inerraticarum motu et quiete, pp. 3o-3i. — Beda, lib. II, coll. 1 i/|i- 1 1 4^. — Honorius, lib. II, cap. VII : De infixis slellis, utruiii moveaiïtiir ; coll. 5<j-6o.
LE SYSTÈME DHÉRAULIDE AU MOYEN AGE
est telle : Tout mouvement se reconnaît au moyen d’un corps immobile on moins rapidement mobile. Lorsque quelque chose se meut, si nous voyons en même temps quelque objet immobile, et si nous constatons que le premier objet s’approche du second ou le dépasse, nous percevons le mouvement. Mais lorsque quelque objet se meut sans que nous voyions aucun objet immobile ou moins mobile, le mouvement n’est point senti ; on peut le prouver par la considération du navire qui s’avance en pleine mer. Le mouvement des étoiles ne se pourrait donc reconnaître qu’à l’aide de quelque objet immobile ou moins mobile qui fût placé au-dessus des étoiles, jamais par ce qui se trouverait placé au-dessous. Nous reconnaissons les mouvements des planètes au moyen des signes, parce qu'une planète est vue tantôt sous un signe, tantôt sous un autre. Mais au-dessus des étoiles, il n’existe rien de visible ; partant, il n’y a rien qui nous permette de discerner leur mouvement. Elles se meuvent donc, mais on les nomme fixes, parce que leur mouvement ne peut être senti, en vertu de la dite raison. »
Assurément Guillaume n’a pas compris la pensée que Macrobe exprimait, d’ailleurs, en termes trop concis pour être clairs ; il n’a pas compris comment les astronomes pouvaient, au-dessus de la sphère des étoiles fixes, concevoir une autre sphère, purement idéale, animée du seul mouvement diurne, et rapporter à cette sphère le mouvement lent des étoiles ; mais, en dépit de cette erreur, ses affirmations touchant le caractère relatif de tout mouvement observable valaient la peine d’être rapportées. On y trouve une remarquable analogie avec les pensées qu’au IVe livre des Physiques, Aristote exprime au sujet du lieu Elles nous fournissent une des preuves que l’on peut invoquer pour démontrer que les doctrines physiques d’Aristote, grâce aux traductions de Dominique Gundisalvi et de Jean Avendeafh de Luna, commençaient à pénétrer dans l’enseignement de la Scolastique latine. De cette pénétration, nous reparlerons au prochain chapitre.
Le firmament entraîne les astres errants dans son mouvement d’Orient en Occident; les astres errants ont, en outre, un mouvement propre d’Occident en Orient. « Tandis, en effet1, que le firmament tourne d’Orient en Occident, si les planètes se mouvaient de même, il en résulterait une si puissante impulsion que rien, sur la terre, ne pourrait être en repos ni en vie. Afin donc
i. IIirsaugiensis, lib I; De motibus stellarum ; pp. l\o-t\ t (numérotées, par erreur, 4°~35). — Beda, lib. II, col. ii^O- — Honorius, lib. Il, cap. XXV' : Utrum planetæ moveantur cum firmamento, vel contra ; col. CO.
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qu’ils s’opposassent au mouvement entraînant du firmament, afin qu’ils tempérassent son impulsion, les mouvements des planètes ont été dirigés dans le sens opposé. Mais bien que ces mouvements portent les planètes en sens contraire du firmament, le firmament les entraîne avec lui vers l’Occident pour les ramener ensuite vers l’Orient. De même, si une personne qui se trouve dans un vaisseau marche en sens contraire de la marche du navire, elle est entraînée cependant vers l’endroit où va le navire ; son mouvement en sens contraire ne la rend donc pas immobile ».
Guillaume de Couches continue en ces termes :
« Helpéric1 déclare qu’il n’en peut être ainsi. Le Soleil n’est point au nombre des étoiles qui sont fixement liées au firmament ; comment donc serait-il entraîné par le firmament ? Si une personne, en effet, se trouvait hors d’un navire, comment serait-elle emportée par ce navire ? Que le Soleil marche dans le sens des signes, vers l’Orient, Helpéric dit que ce n’est qu’une apparence et qu’il n’en est pas ainsi. Le firmament et le Soleil, par mouvement naturel, se dirigent tous deux de l’Orient vêts l’Occident... ; mais le firmament est un peu plus rapide que le Soleil et, [à chaque révolution], il le dépasse à peu près de la trentième partie d’un signe. Lors donc que le Soleil revient vers l’Orient, on ne voit plus, au-dessus du Soleil, cette partie du signe qu’on y voyait auparavant, mais une autre partie située en arrière de la première. Comme il en est de même chaque jour, il semble que le Soleil marche vers les signes postérieurs, bien qu’il ne se dirige nullement en se sens. La Lune peut donner à chacun une preuve de cet argument ; il est certain que la Lune ne court pas vers le Nord; mais si les nuages qui se trouvent au-dessous d’elle marchent vers le Sud, la Lune semble, en sens contraire des nuages, courir vers le Nord.
» Mais le plus savant de tous les philosophes2 accorde son consentement au premier de ces deux avis ; et il est conforme à la vérité que nous nous accordions avec lui. Contre le dernier avis, ce philosophe objecte que le Soleil ne peut être entraîné par le firmament, puisqu’il n’est pas dans ce firmament. On pourrait dire toutefois que, selon notre opinion, cette objection est faible, puisque nous avons dit que le nom de firmament désignait la substance éthérée. Nous disons, en outre, que le Soleil pourrait être entraîné par le firmament, bien qu’il ne fût pas au sein du firmament. Pour conserver notre exemple, en effet, un corps léger