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Platon

LE SYSTÈME d’hÉRACLIDE AU MOYEN AGE

qui se trouve auprès d’un navire peut être entraîné par ce navire, bien qu’il ne soit pas dans le navire ; de même le Soleil, qui est léger et de nature ignée, peut être entraîné par le firmament sans en faire partie. »

Nous venons d’entendre Guillaume de Conches citer le nom d’Helpéric. Ce nom, il le répète en une autre circonstance. « Si vous voulez, dit-il1 2, connaître les raisons des noms qui ont été donnés aux signes du Zodiaque, lisez Helpéric ».

Au temps de Guillaume de Conches, le traité sur le calendrier, composé par Helpéric, était certainement classique et propageait dans les écoles la théorie» stoïcienne du mouvement des planètes.

La théorie qu’Helpéric soutient au sujet du mouvement rétrograde des astres errants était également connue, nous l’avons vu, du Pseudo-Bède ; celui-ci l’attribuait « à Aristote et aux Péripatéticiens », attribution qui semble lui avoir été suggérée par un passage de Chalcidius ; c’est vraisemblablement aussi à Chalcidius qu’Helpéric avait emprunté cette théorie; il l'adoptait, d’ailleurs, tandis que le Pseudo-Bède la condamnait, tout comme nous venons de l’entendre condamner par Guillaume de Conches.

Les connaissances astronomiques de Guillaume de Conches offrent bien des confusions et des obscurités. Cet auteur sait, par exemple, que le Soleil et les autres astres errants décrivent des trajectoires excentriques à la Terre; mais il a les idées les plus fausses sur la position de leurs absides ; il croit, par exemple, que le Soleil passe au périgée tandis que nous sommes en été, et il attribue la chaleur plus grande qui règne en cette saison à la diminution de la distance entre le Soleil et la Terre : « Nous et nos antipodes », dit-il®, « nous avons en même temps l’été, l’hiver et les autres saisons de l’année, mais lorsque nous avons le jour, ils ont la nuit, et inversement. En effet, l’été est causé par la proximité du Soleil, l’hiver par son éloignement, le printemps et l’automne par une distance moyenne... ».

Voici maintenant une doctrine en laquelle l’auteur du traité De Philosophia Mundi montre une plus exacte intelligence des écrits dont il s’inspire ; cette doctrine sera l'occasion d’un intéressant rapprochement entre le traité du Philosophe de Conches et le

1 . Hirsaugiensis, lib. I ; De circulis cœlestibus, p. 3a. — Beda, lib. II, col. i i4a (Ici, ce texte n’a pas remplacé le nom d’Helpéric par quidam). — Honorius, lib. II, cap. XI : De zodiaco et unde dicatur;col. 6o.

2. Hirsaugibnsis, lib. III, pp. 66-67. — Beda, lib. IV, col. 1167. — Honorius, lib. IV, cap. III : De habitatoribus ejus ; coll. 85-86.

De constitntione mundi liber du Pseudo-Bèdc. Nous voulons parler de la théorie de Vénus et de Mercure.

Au premier de ces deux ouvrages, nous lisons le passage suivant1, où l'influence de Macrobe est manifeste :

« Il nous faut dire pourquoi les Ghaldéens affirment que le Soleil est la quatrième des planètes, tandis que les Egyptiens et Platon prétendent qu'il est la sixième... Les Ghaldéens ont pensé qu’il en était autrement, et cela pour la raison que nous allons dire : Le Soleil, Mercure et Vénus sont liés entre eux de telle manière qu’ils parfont leur cours presque dans le même temps, c’est-à-dire dans une année et une faible durée en plus ou en moins. Les cercles qu’ils parcourent doivent donc être sensiblement égaux, si le temps plus ou moins long qu’une planète emploie à parcourir le Zodiaque se mesure à la longueur du cercle qu elle décrit. Ges cercles étant presque égaux entre eux, l’un d’euX ne peut être en entier contenu par l'autre. Ils se coupent donc. Par sa partie inférieure, le cercle de Vénus coupe les parties supérieures du cercle du Soleil et du cercle de Mercure ; il comprend, d’ailleurs, plus du cercle de Mercure que du cercle du Soleil. Par sa partie supérieure, le cercle de Mercure coupe celui de Vénus ; il coupe celui du Soleil par sa partie inférieure. Enfin le cercle du Soleil par sa partie supérieure coupe les parties inférieures des cercles de Mercure et de Vénus ; mais il coupe davantage celui de Mercure et moins celui de Vénus 2. Puisque le cercle du Soleil est entouré par les parties supérieures 3 des cercles de ces planètes, il est juste de dire que le Soleil est inférieur à ces astres. Mais parfois aussi il arrive que le Soleil se trouve en la partie supérieure de son cercle, et que ces planètes sont en la partie inférieure de leurs cercles respectifs ; alors elles apparaissent plus aisément, car l’éclat du Soleil les fait moins pâlir lorsqu’elles se trouvent au-dessous de lui que lorsqu’elles sont au-dessus ; et voilà pourquoi le Soleil peut être regardé comme supérieur à ces deux astres. »

Dans cette hypothèse sur la position relative du Soleil, de Mer-

1. Hirsaugiensis, lib. I; De loco Solis et cur Luna debeat ei esse vicina ; pp. 39-40. — Beda, lib II, coll. 1 147-1 148- — Honorius, lib. II, cap. XXIII : De statu et retrogradatione prædictarum stellarum, et quod verum sit Solern esse sub Mercurio et Venere, et de circulis ipsorum — Cap XXI : Quando circuli Veoeris et Mercurii liberius appareant. Coll. 64-65.

2. Les deux textes de la Patrologia Intina insèrent ici une phrase destinée à annoncer une figure ; la Patrologia donne, en effet; une figure ; mais elle est absurde.

3. Hirsaugiensis et Honorius disent : inférieures, au lieu de : supérieures ; Beoa est, ici, seul correct

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cure et de Vénus, nous reconnaissons un corollaire de la théorie d’Héraclide du Pont.

Le Pseudo-Bède avait, lui aussi, admis cette théorie. Il avait, d ailleurs, remarqué qu on la pouvait présenter de diverses manières : « On en peut rendre compte, tout d’abord, disait-il, par des intersections de cercles ; on en peut rendre compte, ensuite, en admettant 1 existence d’épicycles ». L’équivalence des deux méthodes n’est pas douteuse si l’on représente la trajectoire d’une planète, comme Hipparque a représenté la trajectoire du Soleil, soit par un cercle excentrique au Monde, soit par un épicycle dont le centre décrit un cercle concentrique à la Terre. La méthode fondée sur l’emploi des épicycles rend peut-être plus immédiatement visibles les diverses particularités des mouvements de Vénus et de Mercure.

Les particularités, Guillaume les connaît ; sous l’influence plus ou moins heureuse de certaines doctrines rapportées par Pline et par Macrobe, il en donne1 d’assez singulières explications :

« Ils disent que le Soleil est de nature attractive. Si donc ces étoiles [Mercure et Vénus] précèdent le Soleil, et si elles en sont proches, il les attire vers lui; si, au contraire, elles sont éloignées, il les oblige à s’arrêter jusqu’à ce qu’il les ait dépassées ; ils expliquent cette action en la comparant à celle de l’aimant sur le fer. D’autres prétendent que sur le cercle de chacune de ces deux planètes, il existe une certaine région, et que, lorsque la planète parvient en cette région, le Soleil l'oblige à s’arrêter, puis à reculer; mais ils ne disent pas pourquoi il en est ainsi.

» Pour nous, nous prétendons que ces étoiles ne s’arrêtent jamais et qu'elles semblent seulement s’arrêter ; car, étant de nature ignée, il est nécessaire qu’elles soient sans cesse en mouvement. Parfois, elles paraissent s’arrêter jtar l'effet de Y amis ou de la thèsù, c’est-à-dire de l’élévation ou de la dépression. Tous les astronomes s’accordent, en effet, à dire qu’une étoile tantôt s’éloigne davantage de la Terre, et alors elle s’élève, tantôt descend davantage vers la Terre, et on dit alors qu’elle est déprimée. Lorsqu’une planète s’élève ou s’abaisse, si ce mouvement se fait en ligne droite [avec le centre du Monde], l’étoile est vue constamment sous le même signe, et l’on croit qu’elle s’arrête. Si

i . Hirsalgiensis, lib. I ; Sol atlraclivus ; pp. 3 8-3 y. — Beda, lib. 11, coll. i i/|ù- 11/47. — IIo.NOKius, lib. 111, cap. XXIII : Ile statu et rétrograda lione prauliclarum steilaruni, et quod verum sit Solem esse sub Mercurio et Venere, et de circulis ipsorum ; coll. 04-03. — Les deux derniers textes sont moins complets que le premier.

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ce mouvement se produit obliquement en arrière, elle semble reculer.

» C’est le Soleil qui est cause de cette élévation et de cette dépression. Source de toute chaleur, tantôt il dessèche davantage les régions supérieures, tantôt les espaces inférieurs. Lorsque le corps d’une planète est plus desséché que d usage, il s allège et monte. Ensuite si, pour se nourrir, il attire à lui plus d humidité que de coutume, il devient plus lourd qu’il n’est habituellement, et il descend davantage. Lorsqu'ils disent donc qu’une planète s’arrête, ils parlent en astrologues, parce qu’il semble qu’il en soit ainsi. »

Ainsi, grâce à Chalcidius et à Martianus Capella, grâce à Macrohe, la plupart des hommes qui, du ix0 siècle au xne siècle, ont écrit sur l’Astronomie, et dont les livres nous ont été conservés, ont connu et admis la théorie des planètes imaginée par Héraclide du Pont. Le Pseudo-Bède et Guillaume de Conches ont fait circuler Mercure et Vénus autour du Soleil ; Scot Érigène était allé plus loin ; il avait étendu la même supposition à Mars et à Jupiter ; s’il n’en eût exempté Saturne, il eût été pleinement le précurseur de Tycho Bralié.

Que la théorie du Pseudo Bède et de Guillaume de Conches ait été courante, aux époques où vécurent ces auteurs, on le devine à lire certaines allusions en des livres où cette théorie, cependant, n’est pas explicitement exposée.

Ün trouve, parmi les écrits d’Honoré d’Autun, un petit traité intitulé : Dr Salis aff'ectiombus. Rien ne prouve, d’ailleurs, que ce livre soit de l’auteur auquel les éditeurs l’ont attribué. 11 ne figure pas dans la liste des ouvrages d’Honoré qui termine le traité De luminwribus Ecclesiæ composé par le Scolastique d’Autun. Ce livre, toutefois, semble bien avoir été produit au temps où vivaient Guillaume de Conches et Honoré; l’influence de Macrobe s’y révèle par de nombreuses citations. Rien donc n’empêche qu’on l’attribue à Honoré d'Autun, pourvu que l’on ne continue pas à mettre au compte de celui-ci le traité De imagine Mundi ; ces deux livres ne sont assurément ni du même auteur ni de la même école.

L’auteur du De Solis affeclionibus ne veut pas1 que les sphères des différentes planètes et la sphère des signes soient distinctes, et séparées les unes des autres par des intervalles. « Comment.

i. Honokii Augustodunensis De Solis affectiunibus liber; Cap. XXII : De distinctis sphæris [Honohii Augustodlnensis Opéra , accurante Migne ( Patrologiœ latinœ t. CLXX1I) ; col. 107].

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en eflet, les sphères des planètes seraient-elles alors entratnées par la sphère du firmament qui est la dernière? L’éther tout entier lorrne donc un milieu continu ; il se meut d'un mouvement circulaire qui lui est naturel, en entraînant avec lui les planètes. Il faut, en effet, qu il se meuve ; et comme il ne peut se mouvoir [ni vers le bas] ni vers le haut ni suivant une ligne droite quelconque, il se meut nécessairement en cercle ».

« Deux avis s’opposent l’un à l’autre », poursuit notre Scolastique1, « 1 un selon lequel les planètes marchent en sens contraire du firmament, l’autre selon lequel elles vont dans le même sens que le firmament. Elles ne marchent pas avec 2 le firmament ; aucune chose, en eflet, qui est simplement entraînée par une autre, ne peut la précéder en se mouvant plus vite ; en outre, elle ne pourrait s en écarter suivant une ligne oblique, mais seule ment en droite ligne ; le Soleil sortirait ainsi du Zodiaque.

» Comme toutes les étoiles sont de nature ignée, il est nécessaire qu elles se meuvent, car le feu est toujours en mouvement. »

Comme le Pseucto-Bède et comme Guillaume de Conches, notre auteur connaît l’hypothèse qu’Helpéric soutenait; au lieu d’attribuer aux astres errants un mouvement propre en sens contraire du mouvement diurne, il sait que certains astronomes leur attribuent un seul mouvement orienté comme celui du firmament, mais plus lent que ce dernier ; comme le Pseudo-Bède et comme Guillaume de Conches, il rejette cette doctrine.

Honorius connaît 3 l’existence de l’abside du Soleil ; il sait que ce point se trouve dans les Gémeaux, qu’il ne partage pas en deux arcs égaux la partie du Zodiaque située dans l’hémisphèrehoréal ; il sait qu’il en est de même des absides des autres planètes ; il en résulte que l’abside du Soleil ne coïncide pas avec le point solstitial; notre auteur insiste avec minutie sur la distinction de ces deux points.

Hônorius se livre * à une discussion assez confuse sur les circonstances où Vénus peut apparaitre avant le lever ou disparaître après le coucher du Soleil ; il examine, en particulier, l’hypothèse où Vénus serait au-dessus du Soleil, bien qu’il ait déclaré que le

1. Honorii Augustodunensis Op. laud., Cap. XXVI : Planetæ quo vadunt ; éd. cit., coi. 108.

2. Le texte dit : contra Jirrnarnentum ; Je contexte exige cum Jirrnamento.

3. Honorii Augustodunensis Op. laud . , Cap. XXX11 : De Sole ascendente et quid el'ficiat. Cap. XXX111 : in Ariete Sol multiplient dies. Ed. cit., coll. ioq-J io.

4- Honorii Augustodunensis Op. laud., Cap. XXXVI : DeLucifero et Hespero. Éd. cit, coll. 1 1 i-i i2.

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Soleil occupait, parmi les planètes, le rang du milieu ; puis il ajoute : « Vénus est quelquefois, bien que rarement, au-dessus du Soleil ». Il est difficile, croyons-nous, de ne pas voir en cette phrase une allusion 2 à la théorie d Héraclide du Pont, si formellement admise par Scot Erigène, par le Pseudo-Bède et par Guillaume de Conchcs. Cette théorie garait avoir compté de nombreux partisans durant le temps qui s’est écoulé depuis le règne de Charles le Chauve jusqu’au milieu du xiic siècle.

LA THÉORIE DES MARÉES AU XIIe SIÈCLE. - L’INFLUENCE DE PAUL DIACRE.

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