Croko, Cvnosilies
L'INAMOVIBILITÉ
facilité avoc laquelle les plus considérables d'entre eux se prêtèrent à tous les caprices des Souverains1. «N'est-ce pas une chose faite pour étonner et pour chagriner un homme dont l'esprit est indépendant, disait Raleigh, de ne pas trouver d'autre différence entre le juge et le voleur que la manière d'accomplir leurs exploits... Ce que d'autres rois faisaient exécuter par des assassins qu'ils payaient, un Roi d'Angleterre pouvait toujours le faire accomplir par ses légistes 2.»
La situation ne changea guère, pendant le règne des Stuarts. Sous Jacques Ie*, un lord Chancelier fut convaincu d'actes de corruption et frappé d'une condamnation, dont le Roi le releva bientôt 3. Quant à la servilité des juges, elle était sans mesure ; « à l'exception de Coke, tous montraient, dit lord Brougham, la plus basse servilité et la plus honteuse infidélité aux principes ; ils permettaient au Roi d'entraver les procédures, aussi souvent qu'il y trouvait son intérêt, et leur langage avait un accent de bassesse et un sentiment d'abjection plus ignoble encore que leurs actes mêmes. »
1. — Il est humiliant de constater que lord Ellesmere condamna un gentleman catholique, âgé de plus de quatre-vingts ans, à 25.000 francs d'amende, à avoir les oreilles coupées, à être exposé au pilori, à Westminster et à Lancastre, et à être ensuite emprisonné à perpétuité, pour avoir présenté au Roi une pétition respectueuse, dans laquelle il se plaignait d'un juge qui avait condamné à mort un de ses voisins coupable d'avoir reçu un jésuite. (Lord Campbell, Lives of the lords Chancellors, vol. II, ch. l.)