JUGES
l'église; si c'est une cathédrale ou une église de ville universitaire, ils prennent le grand manteau. Le jour de l'anniversaire de la naissance du Souverain, le jour du Lord-Maire, les jours où ils se rendent à Saint-Paul (1er dimanche après Pâques et à la Trinité), ils ont la grande rohe rouge, la pèlerine et le manteau douhlé d'hermine. Le chef justicier d'Angleterre seul porte le collier d'or : cet ornement est d'origine ancienne *, mais les auteurs sont loin d'être d'accord sur la signification de la lettre qui le compose 2.
La forme même de la robe des juges, qui se rapproche assez exactement de celle des chanoines des anciens chapitres, les variations de couleur, suivant les fêtes et les époques de l'année, rappellent le temps où la plus grande partie des magistrats étaient des ecclésiastiques. Deux autres traits conservent ce même souvenir : la coutume qu'ont tous les juges de se traiter de frères (brothers) et non de confrères (ôrethren), et celle de qualifier de laïque tout homme qui n'est pas magistrat.
Les juges de la section du Banc de la Reine sont les seuls qui suivent les anciennes traditions relatives au costume : ceux de la section de Chancellerie et de la
1. — En mettant son collier entre mes mains, lord Goleridge m'assurait que ce précieux objet avait été porté par Coke et par maint autre juge éminent. Le lord chef justicier des Plaids communs portait un collier semblable à celui du lord chef justicier d'Angleterre.
2. — On a tour à tour pensé que cet S était la première lettre du nom de Simplicius, sénateur romain et martyr; d'autres y voient celle de Salisbury, de Soissons (en l'honneur de saint Grespin et en souvenir de la bataille d'Azincourt) , de Signum, [de Sanctus, de Soverayne (devise de Henri IV), de Seneschallus, de Steward, mais ces deux derniers mots sont improbables, puisque le roi Richard II portait luimême le collier. D'après un document ancien, on pourrait croire que la signification est Souvenez. (Devon, Issues of Exchequer, 305 ; note payée à un joaillier comprenant 385 livres 6 shillings 8 pence, pour un collier portant la devise Soveignez, et la lettre S avec des joyaux.)
LA MAGISTRATURE
section des Testaments, aussi bien que les lords juges d'appel, portent simplement, à l'audience, le costume de conseil de la Reine, c'est-à-dire la robe de soie noire. Dans les cérémonies, ils revêtent une riche robe noire brodée d'or.
Mais si tous les magistrats n'ont pas le même costume, ils portent tous la même coiffure. À la Restauration, les juges cessèrent de porter la barbe et les moustaches et la plupart d'entre eux adoptèrent la mode française de la perruque non poudrée, dont l'usage devint bientôt général. Il y a deux sortes de perruques : celle à plusieurs marteaux (full bottomed wig) que l'on porte dans les occasions solennelles, et une autre plus courte et moins lourde [tye wig), qui est employée les jours ordinaires. Cet appendice, que les uns trouvent imposant et les autres un peu ridicule, sert, en fait, de coiffure. Cependant, depuis le milieu du dix-septième siècle, les juges ont adopté l'usage de la coiffe noire : c'est un morceau d'étoffe carré et mou, qui se jette sur la perruque, mais en deux occasions seulement : lorsqu'un juge prononce une condamnation à mort ou lorsqu'il accepte l'invitation à dîner du Lord-Maire de Londres, le 9 novembre.