T 11 A I T E M E N T S DES JUGES
nombre des juges fut porte do douze à quinze, sous le règne de Guillaume IV, on décida que chacun des puisne aurait seulement 5.000 livres l.
Aujourd'hui, le traitement des juges est toujours paye sur le fonds consolidé, c'est-à-dire qu'il n'est pas annuellement voté par le Parlement. Celui du lord chef justicier est fixé à 202.000 francs; ceux des pairs jurisconsultes et du maître des rôles, à 151.500 francs; ceux des lords juges d'appel et de chacun des juges des trois divisions de la haute Cour, à 126.000 francs. En outre, les juges qui vont tenir les assises reçoivent une indemnité de 180 francs par jour. Enfin, la loi pourvoit très largement à l'avenir des magistrats; elle leur assure, après quinze années de service, une retraite de 76.000 francs.
La vie des juges anglais est laborieuse et elle est très monotone ; ils demeurent presque tous dans les quartiers de Baysvvater ou de Kensington, c'est-à-dire à une distance de cinq à six kilomètres du palais de justice. Chaque jour, sauf les dimanches et fêtes, ils doivent faire ce long trajet ; les uns vont en voiture, d'autres, plus robustes, ont l'habitude de faire la route à pied. Les magistrats arrivent vers dix heures un quart ; ils se rendent à leur cabinet et revêtent leur robe et leur perruque; ils doivent se trouver sur leur siège à dix heures et demie, L'audience se prolonge jusqu'à quatre heures; elle est interrompue, de une heure et demie à deux heures, ce qui donne cinq heures effectives, sauf le samedi, où les juges ne reviennent pas siéger après le lunch,
1» — Acte 1, Guillaume IV, ch. 70.
LA MAGISTRATURE
Pendant ce temps, l'esprit du magistrat est à peu près constamment tendu et il est très difficile de se laisser aller au sommeil. En effet, le rôle du juge est à la fois passif et actif : passif, en ce sens que l'interrogatoire des témoins, au civil comme au criminel, est fait par les avocats ; actif, en ce sens que le juge doit être toujours prêt à intervenir pour décider si une question peut être posée ou non et qu'il est forcé de prendre de longues notes, soit pour faire son résumé, soit pour rendre son jugement, soit pour renseigner la Cour d'appel, dans le cas où l'arrêt serait attaqué. L'attention des magistrats n'est pas moins nécessaire lorsque plusieurs d'entre eux siègent ensemble, car chacun doit donner publiquement et séparément son avis motivé, et il n'est pas permis d'opiner du bonnet.
S'agit-il d'une question de droit et non de fait, il s'établit fréquemment un dialogue entre le juge et l'avocat sans argumenter précisément, le premier pose des questions, soulève des objections, sollicite une réponse sur un point spécial, vérifie le texte des arrêts cités, etc., bref, son esprit doit demeurer constamment en éveil.
A l'audience, les rapports entre les juges et les avocats sont généralement cordiaux, sans aller jusqu'à La familiarité. Le barristera. un double sentiment : le juge a été son confrère, mais il a cessé de l'être ; on voit le gant de velours, mais on devine la griffe et on la sent quelquefois.
A quatre heures, l'audience est levée. Chaque magistrat regagne son cabinet, quitte sa robe, donne ses instructions à son secrétaire et se rend où l'appellent ses