LES JURISCONSULTES DE LA COURONNE
directeur des poursuites publiques qu'il appartient d'agir dans les circonstances habituelles.
Pendant toute la durée de ses fonctions, Y attorney général est le représentant officiel du barreau, ce que l'on pourrait nommer, en France, le bâtonnier des avocats, avec cette différence, toutefois, que le barreau de Londres est, comme on l'a vu, l'unique barreau de l'Angleterre et du pays de Galles.
Lorsqu'il existait trois hautes cours de common law, l'attorney général en fonctions au moment où le siège de lord chef justicier des Plaids communs devenait vacant était considéré comme ayant le droit de l'obtenir ; il n'y a plus aujourd'hui de règle positive sur ce point, mais le premier jurisconsulte de la Couronne peut toujours être appelé aux plus hauts postes judiciaires et même nommé d'emblée lord haut Chancelier 4. Depuis longtemps, la situation des jurisconsultes de la Couronne donne lieu à des critiques. Il semble assez bizarre qu'un représentant delà Couronne paraisse comme avocat d'intérêts privés en matière civile; mais cela paraît encore bien autrement choquant dans les affaires criminelles. \J attorney général, qui a le droit non seulement d'intenter les poursuites, mais encore de les arrêter absolument par un nolle proseçui, peut se trouver le défenseur d'un accusé, auquel sa fortune permet d'avoir un tel avocat2, et il est difficile d'imaginer une position plus fausse.
1. — Dans la séance de la Chambre des communes du 19 février 1872, M. Gladstone, alors premier ministre, disait que, sur les 54 avocats ayant rempli, depuis la révolution, les fonctions 'à' attorney général, plus de la moitié étaient devenus directement lords Chanceliers, lords gardiens du Sceau, lords chefs justiciers ou lords chefs Barons.
2. — Le fait n'est pas sans exemple. Voir Select committee on public prosecutor, 9 mai 1856. Parl.pap., p. 206. Evidence 87.
538 LES AGENTS DES POURSUITES
Maintes et maintes fois, le Parlement a été saisi de plaintes sur ce point, et il se passo peu d'années sans que la question soit soulevée, au moment du vote du budget de la Justice. La discussion a même pris une acuité particulière lorsque l'on a vu l'attorney général du dernier Cabinet conservateur soutenir avec passion les accusations portées contre M. Parnell, par un journal qui s'était laisse duper par un faussaire.
Les attorneys généraux mis en cause ont toujours répondu par un argument de fait, à savoir : qu'aucun avocat ayant une grande clientèle ne consentirait à l'abandonner, pour exercer des fonctions précaires et dont la durée moyenne, grâce aux hasards de la politique, n'excède guère deux ans l. L'argument est sur" tout spécieux : le fait d'avoir occupé l'un des deux premiers postes de la profession met un avocat hors do pair et il est probable que la clientèle serait vite retrouvée, au jour de l'inévitable chute. On assure même que Yattorney général actuel a pris, au moment de sa nomination, des engagements en ce sens, ce qu'il a pu faire d'autant plus aisément qu'un homme de sa valeur est très certain d'avoir toujours plus de ôriefa qu'il n'en voudra recevoir -.