V. - LE CONTRE EXAMEN
En dehors des témoignages favorables, qu'il peut faire entendre, l'accusé a un moyen do défense bien autrement puissant, c'est celui du contre-examen (cross examination). Bien maniée par un habile avocat, cette arme est parfois terrible.
« Un procès criminel, dit Stephen, est un combat qui se livre, avec des épées, non avec des fleurets, et qui, par conséquent, peut amener des blessures. » C'est au magistrat qu'appartient le rôle de juge du camp et le soin d'empêcher les coups inutiles ou déloyaux. Dans l'interrogatoire, le seul point qu'il puisse être appelé à résoudre est celui de savoir si une question est pertinente {relevant) ; mais, dans le contre-examen, la difficulté est beaucoup plus grande, car il faut également décider si une preuve est admissible, ou non, pour démontrer la pertinence du fait, et aussi jusqu'à quel point il est possible de forcer un témoin à répondre aux questions n'ayant aucun rapport avec le procès, mais tendant à démontrer que son témoignage n'est pas digue de créance, ou, en d'autres termes, de l'obliger à faire des aveux pénibles et même dangereux.
Ici, point de règle absolue, c'est aux magistrats d'apprécier la latitude qu'ils peuvent laisser aux avocats et, sous ce rapport, ils sont extrêmement larges l. Tandis
1. — Voici un exemple, entre mille que l'on pourrait citer : une femme d'apparence distinguée et respectable est citée pour déposer en faveur d'un accusé qui invoqueun alibi.— L'avocat de la poursuitela contre-internée : Utes-vous sûre que c'était le même homme? — R. Oh oui! — D. Le 11. l>5
LES JUGE M E NTS C H I M I N ELS
qu'ils 80 montrent très stricts, dans l'application des lois ou dos usagos tendanl à restreindre les témoignages qui peuvent incriminer l'accusé, ils permettent souvent do poser aux déposants des questions d'une telle nature que l'on se demande parfois si le témoin n'est pas l'accusé. Il y a là un abus évident, et parfois absolument scandaleux. Il est naturel que l'accusé ou son conseil cherchent à établir que celui qui les charge se trompe oualtèrc la vérité, en ce qui concerne les faits de la cause: niais, sous le prétextede démontrer que la parole d'un lémoin n'est pas digne de créance, on fouille sa vie privée, el on le presse de questions qu'il est interdit de poser au plus grand criminel. S'il répond inexactement, il esl coupable de parjure; s'il dit la vérité, il peut ruiner sa réputation ou son crédit; s'il refuse de parler, le juge le menace d'emprisonnement, à discrétion, pour contempt.
Assurément, le contre-examen est souvent utile pour faire éclater la vérité1; assurément encore, beaucoup d'avocats s'en servent avec discrétion, mais trop souvent, aussi, la mesure est largement dépassée par des barristers sans scrupule et voici ce qui arrive. Un
connaissiez-vous auparavant? — R. Oui. — D.Lc connaissiez-vous bien? — 15. ( lui. bien. - I). Très bien, sans doute? — R.Oui. — D. Viviez-vous dans la même maison? — R. Oui. — D. Etes-vous sa femme?... — R. Non. — 0. Viviez-vous avec lui comme si vous étiez sa femme? — R. Oui.
\ . — Stephen cite, à ce propos, le cas suivant : Un clerc d'avoué était accusé de détournement. Sa défense était que son patron l'accusait faussement, pour dissimuler un faux commis par lui-même. L'accusé paraissail si peu intéressant et le soliciter si respectable que l'avocat rendil le brie/', pour n'avoirpas à soutenir une bistoire aussi invraisemblable. L'accusé se défendît lui-même et, après quelques questions posées en contre-examen, il [trouva irréfutablement, la complète exactitude de son dire. (Vol. I, eb. xn.)